dimanche 29 mai 2005

Indécence politique

Un homme autiste occupe l'Elysée. Jacques Chirac n'envisage ni de démissionner ni même de dissoudre l'Assemblée nationale. En dépit de la claque retentissante adressée par les Français au traité européen qu'il a signé, à son propre bilan et à son gouvernement. En 2004, trois gifles électorales n'avaient pas suffi à convaincre le président de changer de premier ministre. L'ouragan politique du 29 mai le décide enfin. Trop tard, trop peu… Et il ne manquerait plus qu'il remplace Jean-Pierre Raffarin, le chantre de la France d'en bas, par Dominique de Villepin, le poète des cimes. Le verbe arrogant gouvernerait alors plus que jamais l'Hexagone, mais les envolées lyriques ne suffiraient ni à répondre au ras-le-bol des citoyens français ni à l'agacement des partenaires européens. Il y avait quelque chose de surréaliste à voir, dimanche soir, les ministres défiler en service commandé sur les plateaux de télévision pour répéter à l'envi que les Français devaient serrer les rangs derrière le président de la République. Un appel au rassemblement derrière Jacques Chirac ? Est-ce réellement le message que croient pouvoir entendre les chiraquiens derrière le résultat du référendum ? Quand le peuple impose un tel camouflet aux quatre principaux partis de gouvernement (UMP, UDF, PS et Verts), n'y a-t-il pas d'autre leçon à en tirer ? Dans la crise nationale et européenne qui s'ouvre, la France aura besoin d'un président et d'une majorité parlementaire pleinement légitimes. Allons, monsieur le président, un peu de courage, un peu de bon sens, un peu de décence ! Il faut partir…

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Noooooooooon !

Un blackboulage politique. Une émeute électorale. Une baffe populaire. A 54-56% pour le "non", si les estimations données par les instituts de sondage se confirment, les Français auront renversé la table européenne à la stupeur générale des vingt-quatre autres convives. Les électeurs se sont défoulés dans les urnes contre l'establishment français et européen. Ils ont lancé un tonitruant "merde" à la face des élites politiques, économiques, culturelles et médiatiques. Et ce bras d'honneur aux bien-pensants a été brandi par un électorat aussi mobilisé que pour un scrutin présidentiel. C'est le grand soir pour l'improbable Axe du Non : Fabius (seul), Buffet (avec Besancenot, etc.) et Le Pen (avec de Villiers, etc.). Adieu Chirac, Raffarin, Hollande ! Et maintenant ? Une triple crise s'ouvre pour l'Europe, la France et la social-démocratie européenne. Que faire de ce "non" pluriel qui va de la gauche de la gauche à la droite de la droite, en passant par Laurent Fabius ? Les porte-parole du "non" obtiendront-ils, comme ils l'ont promis à leurs électeurs aujourd'hui majoritaires, l'enterrement ou la renégociation du projet de Constitution ? Ou redemandera-t-on aux Français, comme le pense le camp du "oui", de revoter dans quelques mois ? L'aventure commence ! Mais attendons le référendum néerlandais du 1er juin. Après neuf pays qui ont dit "oui", la France a répondu "non". Quinze pays doivent encore se prononcer. Leurs décisions pèseront aussi. Pour l'heure, laissons donc d'abord les vainqueurs savourer leur triomphe et les vaincus tirer les conséquences politiques de leur déroute…

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samedi 28 mai 2005

Suspense démocratique

Depuis vendredi, minuit, c'est la trêve des sondages et des déclarations politiques. Un repos mérité de 48 heures. Un moment de silence pour laisser reposer le soufflé de la campagne référendaire. Tout a été écrit et dit. Tout a été lu et entendu. La parenthèse, bienvenue, va permettre à chacun de faire son ultime tri intime, de dialoguer avec sa conscience, d'écouter sa voix intérieure. Avant de valider ou de modifier son intuition ou son choix antérieur. Certains, indécis, vont enfin se décider. Les plus incertains trancheront dans l'isoloir. Et ces millions de verdicts personnels, près de 42 millions potentiellement, donneront, ce dimanche à 22 heures, la réponse du peuple de France au projet de Constitution européenne. Vendredi, les derniers relevés autorisés des intentions de vote donnaient toujours le "non" gagnant, mais avec le "oui" en soudaine progression. Pour la camarilla paranoïaque de la théorie du complot, ce suspense de dernière minute relevait de la manœuvre de dernière heure de la "caste médiatique" qui gouvernerait nos opinions. Pathologie mentale vieille comme le monde, la complotite aigue a pris un coup de jeune avec les nouvelles technologies de communication. Mais les esprits sereins rendront plutôt hommage à l'impressionnant et équilibré travail d'information et d'explication réalisé par les médias français dans leur ensemble. En dépit de la complexité du sujet et des passions qu'il suscite. Le débat démocratique sur la construction européenne, et sur la place que doit y tenir la France, a été sans précédent. Porte-parole du "oui" comme du "non" ont pu largement se faire entendre. Dire le contraire relève de la malhonnêteté. Le résultat qui sortira des urnes sera donc non seulement légitime, mais respectable. Et devra être respecté.

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vendredi 27 mai 2005

Vrai ou faux ?

Jacques Chirac a jeté ses dernières tripes dans la bataille pour tenter de sauver le projet de Constitution européenne. Nicolas Sarkozy a sorti les siennes pour ne pas perdre Cécilia, sa femme, que la rumeur parisienne disait partante. Jeudi soir, à la télévision, les Français fascinés ont vu deux hommes lutter désespérément. Sur le coup de 20 heures, quand la petite musique élyséenne a annoncé l'allocution présidentielle, ceux qui avaient écouté Sarkozy au journal de France 3 étaient encore sous le coup de l'émotion. Après l'intervention de Chirac, et sa dramatique supplique pour la France et l'Europe, le téléspectateur était doublement sonné. Mais on devinait que, pour les présentateurs des journaux de TF1 et France 2, l'actualité du jour, c'était moins le président que le couple Sarkozy et la déclaration d'amour déguisée de Nicolas à Cécilia. Ils se sont empressés de la rediffuser. Quel début de soirée… Et puis, lentement, l'odieux doute s'est frayé un chemin dans les esprits : étaient-ils vraiment sincères ces deux-là ? On voudrait le croire, par esprit romanesque, par égard pour l'Europe et pour Cécilia. Mais n'était-il pas d'abord question, une fois de plus, de lutte triviale pour le pouvoir ? Pour le garder ou le conquérir ? L'insupportable interrogation qui, face aux arguments contradictoires assénés par les pro et anti-Constitution, a dominé toute la campagne référendaire, s'imposait à nouveau aux honnêtes gens : vrai ou faux ? De la réponse que chaque électeur donnera sincèrement à cette question dépendra, dimanche, l'avenir de la construction européenne.

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jeudi 26 mai 2005

Avec des si...

Et si les Français créaient une immense surprise, dimanche, en votant "oui" à la Constitution européenne ? Je sais, à l'heure qu'il est, cela paraît abracadabrantesque ! Non seulement le "non" domine largement dans les intentions de vote, mais les partisans du traité constitutionnel, de Paris à Bruxelles, semblent totalement résignés à leur défaite. Pourtant, nous savons tous d'expérience que les instituts de sondages, devenus des acteurs à part entière de la vie politique, peuvent énormément tromper. Personne en France n'a oublié le résultat renversant du premier tour du scrutin présidentiel de 2002. Au final, aujourd'hui comme hier, une élection se joue dans l'isoloir. Et seulement dans l'isoloir. A l'heure de mettre le bulletin dans l'urne, chaque citoyen réfléchit une dernière fois en conscience à la responsabilité qu'il prend. Et si un certain nombre d'électeurs décidaient que, leur message étant passé, il ne vont pas prendre le risque d'un "non" aux conséquences imprévisibles ? Si, après avoir transformé les sondages en armes de déstabilisation massive de leurs élites, ils choisissaient, finalement, l'avertissement sans frais. Car l'intention est une chose, et le vote, une autre. A la dernière minute, tout peut changer. Et si, par ailleurs, les plus tièdes des électeurs potentiels du "non" décidaient, eux, de rester à la maison ? Et si les indécis, encore nombreux, faisaient pencher la balance pour le "oui" au dernier moment ? Et si ? et si ? et si ? Seul comptera le résultat proclamé officiellement dimanche soir…

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mercredi 25 mai 2005

On remet ça ?

Si le son était coupé dans cette dernière semaine de campagne, avec Lionel Jospin et Jacques Chirac en vedette à la télévision, celle-ci aurait un furieux air de déjà vu. Mais la politique hexagonale n'a pas fini de bégayer : il est fort probable que les Français aient droit à un second référendum sur la Constitution européenne fin 2006, début 2007. Et c'est sans doute le scénario le plus favorable à la France et à l'Europe. Car, en cas de victoire du "non", le plan B comme Blair pourrait aussi s'appliquer. Les gouvernants des pays qui trouvent la Constitution trop franco-allemande et trop sociale pourraient la déclarer morte-née et se contenter du traité de Nice. Mais une majorité d'Européens estiment sans doute que les nations naissent libres et égales en dignité et en droit. Des refus français et néerlandais n'aboliraient donc pas les décisions souveraines des pays qui ont déjà dit "oui" et ne devraient pas interrompre le processus de ratification prévu pour durer jusqu'à l'automne 2006. A la fin, les chefs d'Etat et de gouvernement compteraient sur les doigts d'une main les membres de l'Union qui ont dit "non" (France, Pays-Bas, etc.) et leur demanderaient de revoter. C'est le plan B, comme bis repetita. L'Union avait déjà recouru à cette solution avec le Danemark (traité de Maastricht) et avec l'Irlande (traité de Nice). Et la France n'étant pas sortie de la cuisse de Jupiter, il serait logique de lui demander à son tour si elle désire réellement s'écarter de la construction européenne dans cette nouvelle étape voulue par la majorité des citoyens de l'Union.

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mardi 24 mai 2005

D'abord Non, et puis Nee...

Dans cinq jours, les Français votent. Dans huit, les Néerlandais. Les sondages annoncent un rejet de la Constitution européenne dans les deux pays. Contre l'avis des élites politiques et économiques, ainsi que des grands médias. A Bruxelles et à Strasbourg, l'establishment européen n'a rien vu venir non plus. Les révoltes gauloise et batave ont, certes, des causes locales. Les deux peuples craignent pour leur identité, leur modèle social, et chacun a connu une poussée de fièvre xénophobe dans les dernières années. La France reste un cas particulier, avec un président et un premier ministre qui ont pris trois gifles électorales en 2004 sans en tirer aucune conséquence (contrairement à un Gerhard Schröder qui convoque des élections générales anticipées en Allemagne, après une cuisante défaite régionale). Un tel manque de décence politique agace… Toujours est-il que deux pays fondateurs de l'Union européenne sur six, un grand et un petit, devraient voter "non" et "nee". Les quatre autres, eux, ont pris la voie parlementaire. De Bruxelles à Paris, en passant par Berlin et Londres, le téléphone doit beaucoup sonner. Les dirigeants européens se consultent sur les après 29 mai et 1er juin. Tony Blair, qui prendra pour six mois la présidence du Conseil européen le 1er juillet, doit trouver la situation cocasse. Fort de sa réélection, il aura beaucoup de cartes en main. Ses "amis" Chirac et Schröder seront sur le flanc. Il pourrait même faire l'économie d'un référendum britannique et d'un "no" potentiel à une Constitution perçue outre-Manche comme trop française et trop sociale…

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lundi 23 mai 2005

Un Non de petites vertus

Le refus de plus en plus probable du projet de Constitution européenne aurait plusieurs mérites. Alors que son approbation ric-rac maintiendrait le couvercle sur la casserole France en pleine ébullition névrotique. D'abord, les Français auront démontré par le "non" qu'ils se sont emparés de la construction européenne comme jamais auparavant. Ensuite, vu l'impopularité actuelle du traité constitutionnel dans l'Hexagone, autant qu'il soit rejeté. Car une majorité courte pour le "oui" ne le rendrait pas légitime. Et puis, la crise ouverte dès le 30 mai par une victoire du "non" va enfin mettre la France et les Français au pied du mur des réalités. Comment réagiront les dirigeants des grandes formations démocratiques des 24 autres pays membres de l'Union, après la fin de non-recevoir des Français à leur plaidoyer quasi unanime pour la Constitution ? Les Français pourraient être surpris de la facture à payer pour leur arrogance historique. Par ailleurs, ils ne pourront plus éluder les défis contemporains par des envolées lyriques à la Villepin. Veulent-ils s'adapter, à l'européenne, à la mondialisation libérale ? Ou préfèrent-ils continuer de regarder passer le train en vantant la supériorité universelle d'une France en déclin ? Enfin, une claque à Jacques Chirac, après celle reçue par Gerhard Schröder lors de l'élection régionale capitale de ce dimanche, devrait permettre l'émergence d'une alternative au moteur franco-allemand. On n'entend que lui, mais il tourne carré. D'autres grands pays européens, plus dynamiques et porteurs d'avenir, pourraient prendre la relève.

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samedi 21 mai 2005

C'est plié de chez plié !

Huit jours avant le référendum, la dynamique victorieuse du "non" apparaît irrésistible. Un 6e sondage consécutif en une semaine prouve que la force est à nouveau avec les opposants à la Constitution européenne (52%, d'après l'Ifop). Après une série de 23 sondages rejetant ce texte en mars-avril, puis une brève remontée du "oui" début mai, la "niet attitude" caracole en tête dans toutes les catégories d'âge, de revenus et socioprofessionnelles (sauf les plus de 60 ans, les hauts revenus et les cadres supérieurs), selon l'Ipsos. La résignation gagne le camp du "oui", paradoxalement perçu comme celui du changement par la majorité des potentiels électeurs du "non", favorable au statu quo… La vague d'intention de vote en faveur du "non", où le "non de gauche" est majoritaire, doit beaucoup à l'énergie médiatique dépensée par Laurent Fabius, et bien peu aux forces néocommunistes et néogauchistes. A cet égard, le "grand rassemblement pour le non de gauche", samedi à Paris, a été démonstratif. L'ancien premier ministre socialiste a été bien inspiré de ne pas s'y rendre, car la présence de toutes les têtes d'affiche françaises de la vieille gauche de la Vieille Europe n'a attiré que quelques milliers de personnes. Les rares jeunes paraissaient un peu perdus au milieu d'une foule de militants grisonnants de toutes les causes révolutionnaires de la deuxième partie du siècle passé. Il y avait quelque chose d'émouvant et de désuet dans ce barbecue organisé, place de la République, par Attac, le PCF et la LCR. Mais ces papys qui font toujours bruyamment de la résistance pèseront moins dans les urnes que les extrémistes (discrets) et les souverainistes (moins discrets) de droite… Ce sera toute l'ambiguïté de la victoire annoncée du "non" !

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vendredi 20 mai 2005

Liberal Pride

Adeptes du libéralisme ni "néo", ni "ultra", ni "excessif", je vous écris cette lettre ouverte pour vous demander de sortir du placard, de faire votre "outing", de révéler votre identité profonde ! Osez dire la vérité à vos proches, ne vous laissez plus intimidez par la libérophobie ambiante, n'acceptez plus les discriminations dont vous êtes victimes ! Vous avez le droit de vivre votre amour de la liberté au grand jour ! D'ailleurs, la Constitution européenne interdit, en son article II-81, "toute discrimination fondée notamment sur (…) les convictions, les opinions politiques ou tout autre opinion (…)". Après tout, en dépit du déni névrotique collectif, nous vivons bien dans une démocratie et une économie libérales… Non, vous n'êtes pas responsables de tous les malheurs du monde, comme le matraquage politiquement correct voudraient le faire croire. Des néo-fascistes aux néo-gauchistes, en passant par l'Elysée, les libérophobes vous montrent du doigt. Avec l'incohérent Jacques Chirac qui a été, dans les années 70, le premier ministre de la "société libérale avancée" de Valéry Giscard d'Estaing, et, dans les années 80, l'admirateur du néo-libéralisme de Reagan et Thatcher. Voilà qu'il dénonce le libéralisme, "idéologie aussi nocive" que le communisme… Relisez Tocqueville et Montesquieu, Adam Smith et Jean-Baptiste Say. Relisez surtout Raymond Aron, pour qui, "notre civilisation, dans la mesure où elle est libérale, c'est aussi une civilisation du citoyen, et pas seulement du consommateur, pas seulement du producteur". L'heure de la fierté libérale a sonné !

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jeudi 19 mai 2005

Longue vie au plan B !

En cas de victoire du "non", le 29 mai, il y aurait un plan secret que les pouvoirs occultes de l'Europe nous cacheraient. Mais les honnêtes hommes, ceux qui appellent à rejeter la Constitution européenne, ont découvert le pot aux roses. Avec l'aide bien involontaire de Jacques Delors… Donc, c'est sûr, il existe un plan B ! Ce que les néo-gauchistes traduisent par une renégociation du traité dans un sens ultrasocial. N'est-ce pas aller un peu vite en besogne ? Répétons que les citoyens consultés par référendum ont le droit de refuser de ratifier la Constitution. Mais ils auront aussi le droit d'en assumer les conséquences. Y sont-ils préparés par les prestidigitateurs du "non" ? Pas du tout, car cela irait à l'encontre de leur tactique. D'abord, ils ont voulu faire peur : la Constitution, ce sont les Anglo-Saxons aux commandes, les Turcs à nos portes, les Polonais dans nos salles de bain, les Chinois dans nos placards, mais aussi la chute de nos salaires et de nos pensions, etc. Ensuite, ils ont voulu décomplexer : mais non l'Europe ne tombera pas en panne, la Commission et les gouvernements ont tout prévu. Le 30 mai, après une nuit festive, on renégocie tout ! En fait, malgré tout le respect que portent les 24 autres peuples membres à la France, il faudra attendre fin 2006 qu'ils se soient tous prononcés. Et, si d'autres disent "non", ce sera pour des raisons diamétralement opposées à celles des Français. Mais Bernard Cassen, qui évoquait le plan alternatif dans son dernier édito sur Yahoo!, va sûrement accepter de nous expliquer en quoi il va concrètement consister. Bon vent, en tout cas, au plan B, comme beurre et argent du beurre…

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mercredi 18 mai 2005

Mauvaises fréquentations

N'accablons pas ce pauvre Jean-Pierre Raffarin. Le "non" avait repris du poil de la bête dans les sondages, bien avant son intervention télévisée de mardi soir. Depuis la dernière prestation de Jacques Chirac ? Cela voudrait alors dire que, même quand il est plutôt bon, le président de la République dessert la cause qu'il défend… En tout cas, si le projet de Constitution européenne était une personne, vous entendriez monter de ses pages cette supplique attribuée à Mgr Dupanloup, évêque d'Orléans et membre de l'Académie française au 19e siècle : "Seigneur, gardez-moi de mes amis, mes ennemis, je m'en charge !". Car elle n'est pas aidée, la cause de la construction européenne. Ni par les très impopulaires Chirac, Raffarin et gouvernement. Ni par Supermou, j'ai nommé François Hollande, impuissant devant la transformation du Parti socialiste en souk anarchiste (Achetez mon socialisme ! Mon socialisme est plus social que celui du camarade voisin !). Ni par Nicolas Sarkozy, qui pense autant que Laurent Fabius à la présidentielle 2007. Ni par le tristounet patron des Verts, dont vous êtes sans doute incapable de donner le nom. Ni par Lionel Jospin, qui s'en va et qui revient comme si la vie politique française était un hall de gare. Ni par Jaques Delors, l'homme qui a convaincu les électeurs de l'existence d'un plan B, ou Simone Veil, qui prend ses aises avec le Conseil constitutionnel. Seuls Daniel Cohn-Bendit, François Bayrou et Valéry Giscard d'Estaing tirent leur épingle du jeu. Mais sans doute pas au point de convaincre des Français très énervés de renoncer à la tentation d'un gigantesque "Nan !"…

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mardi 17 mai 2005

La nostalgie, camarades...

Si je comprends bien Bernard Cassen, qui m'interpelle dans son éditorial de lundi sur Yahoo!, la Constitution européenne ne propose que des "libertés formelles" comme on disait chez les communistes durant la guerre froide. A l'époque, face à ces libertés supposées factices des démocraties bourgeoises, les démocraties dites populaires offraient, elles, des lendemains qui chanteraient ! Mais revenons au XXIe siècle. Les électeurs français vont devoir voter sur un texte n'ayant rien avoir avec la double morale des auteurs des Constitutions de feus les républiques socialistes. Je remercie Bernard Cassen de reconnaître que ce que j'avançais était "formellement exact". Par contre, il a tort de s'appuyer sur les arguments parfois spécieux des partisans du "oui" pour en faire autant en faveur du "non". Qui fait preuve de démagogie en ne reconnaissant de qualité authentiquement démocratique qu'au Parlement français ? Soit dit en passant, celui-ci aurait ratifié la Constitution européenne à une écrasante majorité. A l'exception des communistes et de quelques francs-tireurs de droite et de gauche. Mais Bernard Cassen veut-il vraiment que, demain, le Parlement irlandais soit, par exemple, en mesure de mettre son veto, contre l'avis d'une majorité européenne, à une grande avancée sociale ? Je note toutefois avec plaisir son souci de renforcer la souveraineté populaire du prochain Parlement européen. En mobilisant l'influent "Monde diplomatique" qu'il dirige et ses amis d'Attac pour convaincre les électeurs français d'aller aux urnes, cela devrait être possible…

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lundi 16 mai 2005

Outrances non grata

Si vous avez définitivement décidé de voter "oui" ou "non", surtout ne lisez plus rien sur la Constitution européenne d'ici le référendum. Mais si vous faites partie des indécis, je vous conseille deux auteurs éclairés, Olivier Duhamel et Gilbert Wasserman. Le premier défend la ratification du traité constitutionnel, le second s'y oppose. Mais il s'agit de deux hommes tranquilles. Dans "Pour l'Europe" (Seuil), Duhamel, professeur à Sciences Po (Paris), revient sur son expérience de membre de la Convention qui a participé à la rédaction du texte en tant que député socialiste européen. Dans la première partie de l'ouvrage, il propose le journal qu'il a tenu du 26 janvier 2002 au 3 décembre 2004. A sa lecture, en suivant les débats des conventionnels, on comprend que la France et la gauche n'ont pas obtenu tout ce qu'elles voulaient. Pour Duhamel, la Constitution, qu'il commente article par article, représente toutefois un bon compromis. Dans "Les conséquences du non" (Editions d'Organisation), Gilbert Wasserman, rédacteur en chef de la revue "Mouvements", relativise les conséquences du "non" anti-libéral et pro-européen qu'il appelle de ses vœux. Il ne croit ni au lendemain obligatoirement apocalyptique ni à la crise automatiquement salutaire. Il a même le courage d'écrire qu'il ne sera pas aisé d'en sortir par le haut. Pour les partisans du "non de gauche", le principal défi serait de trouver des alliés dans le reste de l'Europe. Au moment où les sondages annoncent un jour le "oui" vainqueur et, le lendemain, le "non", voilà deux lectures bienvenues pour réfléchir avant de voter.

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