Souvenez-vous : c'était au printemps 2003. Les États-Unis et la Grande-Bretagne envahissaient l'Irak pour chasser Saddam Hussein du pouvoir. Nos quotidiens prédisaient un enlisement inéluctable, une résistance farouche des " Gardes républicains ", un désastre humanitaire sans précédent. Les morts américains se compteraient par milliers, les Irakiens par dizaines de milliers.
Quand, déjouant tous ces sombres pronostics, l'armée américaine se trouva aux portes de Bagdad en moins de quinze jours, la presse quotidienne française annonça de concert l'imminence d'un nouveau Stalingrad… qui, comme chacun sait, n'eut jamais lieu.
(...) Ayant couvert sur le terrain la guerre du Golfe de 1991 et la campagne présidentielle américaine de 2000 qui a amené George W. Bush à la Maison-Blanche, la crise irakienne m'intéressait tout particulièrement. Avec la petite équipe de la-croix.com (dont j'étais le rédacteur en chef adjoint) (1), je l'ai évidemment suivie dès les premières escarmouches diplomatiques, puis pendant les opérations militaires elles-mêmes jusqu'à la chute de Bagdad. Certes, je n'étais pas sur place, mais suivre un conflit de loin présente un gros avantage pour le journaliste : cela permet d'avoir accès aux informations d'une multitude de médias, notamment à un grand nombre de reportages d'envoyés spéciaux.
La fascinante (més)aventure que je vis depuis la publication le 15 octobre dernier de mon livre La guerre à outrances. Comment la presse nous a désinformés sur l'Irak ? me laisse perplexe. Comment interpréter le "silence collectif spontané" quasi total par lequel les médias français ont accueilli ma critique de la couverture par Le Monde, Le Figaro, Libération, La Croix et Ouest-France de la guerre d'Irak du printemps dernier ?
Springtime in Paris, 2003. Pretend you're a French journalist during the opening weeks of the war in Iraq. Every day, your paper, like all the papers in France, blossoms with the grim news of American and British defeats, sorry stories of a quagmire the size of Vietnam, rising hatred of Americans by the Iraqis, the heroic struggle of the Arab leader — who, after all, is an old friend and business partner of France. But then, suddenly, Baghdad falls, no armies are lost in the sand, the war has been fought, leaving only the peace to be won. Could it be a miracle?
A French journalist fired for accusing the country's press of blinkered anti-Americanism during the Iraq war said yesterday he had realised the extent of French bias by reading The Telegraph.
In his book, La Guerre a Outrances - Comment la presse nous a desinformé sur l'Irak (The War of Outrages - How the press disinformed us on Iraq), M Hertoghe attacked French reporters for continually predicting that the war would end in disaster for American and British forces.