mardi 15 mai 2007

Fin de saison 2

Comme l'an dernier à la même époque, je m'arrête de bloguer pour l'été après une saison 2 consacrée à 2007, élections, Web 2.0 et blogosphère. Le temps de réfléchir à l'orientation que je veux donner à Carte de presse pour sa saison 3.

vendredi 09 février 2007

Rire antiterroriste

Mahomet_caricature Qu'est-ce qu'il reste au citoyen si on ne peut plus rire des terroristes ? Si on ne peut pas en rire, on est foutu !

Philippe Val, directeur de Charlie Hebdo, 7 février 2007

jeudi 08 février 2007

Relax, Charlie

Mahomet_par_cabu_1 Le procureur de la République de Paris a demandé aujourd'hui la relaxe de Charlie Hebdo, poursuivi, notamment par la Grande mosquée de Paris et l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), pour avoir publié des caricatures du prophète Mahomet. Le jugement a été mis en délibéré au 15 mars.

La République, à travers la procureure Anne de Fontette, a parlé d'or :

Il faut rappeler que Charlie Hebdo est un journal d'une nature particulière dont la tradition anarcho-libertaire est profondément anticléricale, la religion catholique étant la première à en subir les conséquences. La caricature ne prétend pas informer ou décrire la réalité, mais donner une opinion. Une presse démocratique doit-elle s'interdire ou être interdite de critiquer une religion ? Il est temps de faire du droit. La Cour européenne des droits de l'homme a statué dans une autre affaire que la critique certes acide n'insulte pas l'ensemble des croyants, même si ces derniers peuvent se sentir offusqués.

Les éléments constitutifs des poursuites ne sont pas réunis.

mercredi 07 février 2007

Mahomet et Charlie

Charlie_hebdo_une Le procès engagé par des organisations musulmanes contre l'hebdomadaire Charlie Hebdo pour avoir publié en 2006 trois dessins représentant le prophète Mahomet s'est ouvert  aujourd'hui à Paris.

J'en profite pour vous inviter à relire les billets que j'avais consacré à l'affaire des caricatures de Mahomet il y a un an  :

Droit à la caricature (18 janvier 2006)

Et hop ! Je blasphème... (31 janvier)

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dimanche 29 octobre 2006

Criminels à capuche

Dimanche matin. Heure d'hiver. Café et croissant. Les nouvelles à la radio.

Marseille... samedi soir... une jeune femme de 26 ans... entre la vie et la mort... grièvement brûlée... incendie d'un bus... tombé dans un vrai guet-apens... des jeunes gens au visage dissimulé dans leur capuche... essence... mettent le feu... grièvement atteinte... ses jours sont en danger... brûlée à près de 60% de la surface du corps... état gravissime... enquête confiée à la brigade criminelle...

Qui est cette jeune femme de 26 ans dont la vie a tragiquement basculé alors qu'elle se déplaçait simplement en autobus dans une ville de France un samedi soir ? Quels étaient ses projets pour ce week-end ? Qui l'attendait au bout de son trajet ? Un mari ? Un fiancé ? Un amoureux ? Des parents ? Des amis ? Des enfants ? Survivra-t-elle ? Quelle sera sa vie si elle survit ? Combien de proches seront affectés par le drame qui la frappe ?

Peut-on parler, cette fois, de sauvageons, de racailles, de barbares ? Ou doit-on encore et toujours pratiquer le politiquement correct pour ne pas désespérer La Courneuve et la rive gauche ? Pour ne pas mettre de l'huile sur feu ? Pour ne pas être accusé de faire le jeu de Le Pen ? Faut-il évoquer pudiquement des jeunes en difficulté psychologique, voire socio-économique ? Cette femme de 26 ans n'a-t-elle été victime que d'une question de société, d'un énième incident de banlieue ?

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dimanche 15 octobre 2006

Le "Diplo" renie Attac

Après l'hebdomadaire Politis, c'est au tour du mensuel Le Monde diplomatique de lâcher Attac, l'organisation phare de l'altermondialisme minée par les luttes de pouvoir.

Vous seriez-vous attendu, pour l'occasion, à un éditorial d'Ignacio Ramonet, le directeur du Diplo, en première page ? Après tout, Attac, né suite a un édito du Monde diplomatique de décembre 1997, était l'enfant prodige du mensuel d'extrême gauche.

Ramonet, par ailleurs président d'honneur d'Attac, devait une explication à ses lecteurs sur la décision des salariés de son journal, suivie par celle de son directoire, de prendre ses distances avec l'organisation altermondialiste éclaboussée par le scandale d'une fraude électorale organisée en son sein.

Mais les lecteurs du Diplo n'auront eu droit qu'à un discret encadré en page 2 de l'édition du mois d'octobre rendant sèchement public les communiqués de l'association des salariés et du directoire du mensuel. Circulez, il n'y a rien a voir !

samedi 30 septembre 2006

En hommage à Voltaire

Robert Redeker, philosophe, membre du comité de rédaction de la revue Les Temps modernes, professeur au lycée Pierre-Paul-Riquet à Saint-Orens de Gammeville, vit actuellement caché sous protection policière après avoir été menacé de mort en raison de la publication, dans Le Figaro du 19 septembre 2006, d'une tribune titrée Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ?

Une polémique est en cours sur la question de savoir si Robert Redeker aurait dû ou non publier ce texte, mais aussi si ce dernier constitue une provocation de la part de l'enseignant, si l'opinion qu'il exprime est prudente, excessive, etc.

Quand un intellectuel rend public un texte, c'est avant tout pour ouvrir ou alimenter un débat. Il attend des réactions sur l'opinion qu'il exprime, les arguments qu'il avance et les conclusions auxquelles il aboutit. Reproduire le texte de Robert Redeker relève donc de la défense de sa liberté de penser et de s'exprimer. Le voici :

Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ?

Par Robert Redeker

Les réactions suscitées par l'analyse de Benoît XVI sur l'islam et la violence s'inscrivent dans la tentative menée par cet islam d'étouffer ce que l'Occident a de plus précieux qui n'existe dans aucun pays musulman : la liberté de penser et de s'exprimer.

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lundi 10 juillet 2006

Pause et réflexion

Juin 2005 - juin 2006 : pendant un an, sur Carte de presse, j'ai tenu mon journal de bord de l'actualité, un carnet de route polémique, mais grand ouvert au débat et à la contradiction.

Cette nouvelle expérience journalistique - le blog - m'a apporté satisfactions et... frustrations. Il est temps pour moi - 346 billets et 23.096 commentaires plus loin - de prendre le recul d'un été pour en faire un bilan approfondi. Et pour en tirer les leçons. Dans la tranquillité. C'est pourquoi je ferme pour deux mois l'accès aux commentaires.

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jeudi 29 juin 2006

L'arroseur arrosé

Qui sème le vent récolte la tempête...

La direction du Hamas peut tenter de faire croire au monde entier l'absurde fable de sa tête politique qui ne sait pas ce que fait son bras militaire. Mais, en attaquant, dimanche dernier, une position israélienne, en tuant deux soldats de Tsahal avant d'en enlever un, l'organisation islamiste a mené une opération de guerre. Qu'elle ne pousse pas ensuite des cris de vierge effarouchée quand, sous le nom de code de Pluie d'été, Israël répond par des actions militaires dans les territoires palestiniens.

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mercredi 28 juin 2006

Des parents en enfer

Il y avait un petit air de fête au réveil de Paris, en ce beau matin de juin. La victoire des Bleus et le début des soldes encourageaient à l'insouciance. Les malheurs du monde et les souffrances des autres attendraient des jours pires pour nous distraire des joies simples de la vie...

Et puis... l'horrible nouvelle est tombée : à Liège, en Belgique, le corps de Stacy, 7 ans, puis celui de Nathalie, 11 ans, ont été retrouvés à quelques centaines de mètres du lieu de leur disparition, le 10 juin dernier, et du domicile du principal suspect. Ce dernier, qui nie toute implication dans le drame, a été inculpé d'enlèvement et de séquestration de mineures et mis en détention préventive le 14 juin, mais il reste présumé innocent.

Aujourd'hui, les parents de Nathalie et Stacy sont entrés en enfer...

Il y a presque dix ans, d'autres parents, ceux de Julie et Mélissa, victimes de Marc Dutroux, entamaient cet effroyable chemin de croix. J'étais dans la basilique de Liège, le jour de la cérémonie d'adieu à ces deux petits anges. Mon article de l'époque suit.

mardi 27 juin 2006

Dans le rétroviseur

Entre la victoire des Bleus face au Togo, vendredi dernier, et leur huitième de finale, ce soir, face à l'Espagne, une légère brise d'enthousiasme a soufflé sur la France. C'est la petite fenêtre de tir qu'ont choisi Jacques Chirac et Lionel Jospin, l'un sur France 2, l'autre dans Le Monde, pour prendre la parole et la plume. Sans doute dans l'espoir que leurs concitoyens verraient en eux les Zidane de la droite et de la gauche, les vieux grognards diponibles pour sauver la nation...

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lundi 26 juin 2006

Au bon plaisir de Sarko

Exit Alain Genestar, le patron de la rédaction de Paris Match qui a fâché Nicolas Sarkozy. L'industriel Arnaud Lagardère, propriétaire du titre, a offert la tête du journaliste à son ami ministre de l'intérieur. En août 2005, l'impertinent avait en effet osé publier en couverture de l'hebdomadaire une photo de Cécilia, l'épouse de Sarko, avec son amant, le publicitaire Richard Attias. Sans prévenir Arnaud Lagardère. Ce numéro de Paris Match s'était vendu à 900.000 exemplaires...

Depuis, Cécilia est revenue au bercail, juste à temps pour participer avec son époux à la course à l'Elysée 2007. Et le petit Nicolas peut à nouveau mettre en scène son bonheur conjugal pour les médias, comme le confirme la dernière une de... Paris Match.

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jeudi 22 juin 2006

Un peu de tendresse...

... dans ce monde de brutes...

91% des musulmans vivant en France ont une bonne opinion des chrétiens ; 71% d'entre eux, une vue positive des juifs. Une nouvelle réconfortante, c'est toujours à prendre dans le monde dans lequel nous vivons. Celle-ci est issue d'un sondage sur le fossé entre Occident et monde musulman, réalisé dans quinze pays par le Pew Research Center de Washington.

mercredi 21 juin 2006

Tentation indépendantiste

Un Etat membre de l'Union européenne gouverné par un parti d'extrême droite xénophobe n'ayant jamais renié son passé de collaboration avec le nazisme ? La perspective n'est certainement pas pour demain, mais ne peut être exclue pour après-demain...

Selon le dernier baromètre trimestriel du quotidien La Libre Belgique, le Vlaams Belang (Intérêt flamand), ex-Vlaams Blok, est devenu le premier parti d'une Flandre qui aspire de plus en plus ouvertement à l'indépendance. Avec 26,6% des intentions de vote, il devance le parti chrétien-démocrate (CD&V) qui ne doit qu'à son alliance avec une petite formation nationaliste, son théorique avantage de 0,1% dans ce sondage. Le vote en faveur de l'extrême droite étant traditionnellement sous-estimé, car ses électeurs potentiels se méfient des sondeurs, le Vlaams Belang n'est sans doute pas loin des 30%. Les partis libéral et socialiste,eux, n'atteignent pas la barre des 20% d'intentions de vote.

Comment expliquer ce choix d'une majorité des électeurs de la région nord de la Belgique fédérale pour un parti frère du Front national (FN) français, condamné par la justice pour racisme sous son ancienne appelation et dénoncé par la classe politique et médiatique comme inspirateur d'un double crime raciste en mai dernier ?

La Flandre, prospère et proche du plein emploi, ne présente pourtant pas les caractéristiques auxquelles on attribue généralement l'émergence de l'extrême droite. Sa plus grande ville, Anvers, bastion du Vlaams Belang, fait figure de capitale virtuelle de la Belgique, avec son dynamisme artistique, économique et financier. Ce port cosmopolite est, comme Barcelone, Istanbul ou Milan, une étape du circuit des touristes aisés et branchés.

L'attraction du Vlaams Belang sur le peuple flamand s'explique donc par ses messages séparatiste et anti-establishment, l'un renforçant l'autre. Dotés de leur propre gouvernement et parlement dans l'Etat fédéral belge, les Flamands estiment à juste titre que leur avenir serait meilleur sans les régions francophones de Bruxelles et de Wallonie. La séparation tranquille du Monténégro d'avec la Serbie a été observée avec intérêt en Flandre.

D'après les calculs récents d'un groupe de réflexion favorable à l'indépendance, chaque Flamand transfère annuellement 1.734 euros aux Bruxellois et aux Wallons au titre des dépenses sociales et des intérêts de la dette publique fédérales. La réticence des francophones belges à réaliser les réformes drastiques nécessaires pour assainir leur économie et les récents scandales financiers touchant des dirigeants socialistes wallons encouragent logiquement les Flamands à rêver à leur autodétermination.

La préférence grandissante de l'électorat flamand pour le Vlaams Belang va certainement accélérer la mutation nationaliste et séparatiste des partis politiques classiques du nord de la Belgique, observables depuis plusieurs années. Car le parti d'extrême droite accuse l'establishment flamand de trahir les intérêts de son peuple.

La bourgeoisie flamande, récente mais puissante, est sensible à ce discours : elle n'a pas oublié que la Flandre a été dominée, jusqu'à la dernière guerre mondiale, par une bourgeoisie francophone qui méprisait - et méprise encore - sa culture et sa langue. Du temps où les soldats flamands de l'armée d'une Belgique unitaire devaient s'adresser en français à leurs officiers francophones et ne pouvaient même pas parler leur propre langue entre eux car il fallait que leur hiérarchie puisse comprendre ce qu'ils se disaient... La revanche flamande ne sera définitivement assouvie que dans l'indépendance.

En fait, le seul obstacle réel à la proclamation de l'indépendance par la Flandre est l'obsession de cette dernière de reconquérir Bruxelles, ancienne ville flamande francisée, pour en faire la capitale de leur nouvel Etat. Combien de temps faudra-t-il pour que cet obstacle soit levé... ou contourné en choisissant Anvers, par exemple, comme capitale ?

mardi 20 juin 2006

Le treizième mois

Victoire du non au référendum sur la Constitution européenne, échec de la candidature de Paris aux Jeux olympiques, émeutes des banlieues, grèves et manifestations contre le Contrat première embauche (CPE)... Si les Bleus ne se qualifiaient pas, vendredi, pour les huitièmes de finale du Mondial de football, la France aurait connu, vu de l'étranger en tout cas, une annus horribilis longue de treize mois, de mai 2005 à juin 2006. C'est long, très long... Et ce n'est peut-être pas fini...

Si les quatre premiers événements n'ont évidemment, stricto sensu, rien à voir l'un avec l'autre, ils ont en effet attiré, chacun, l'attention du monde entier sur l'Hexagone, parfois pendant des semaines. Les médias étrangers s'en sont fait largement l'écho, plutôt sur une tonalité négative pour l'image collective des Français.

Mais qu'ont-ils exprimé, ces épisodes, sur l'état réel de la France ? Ont-ils trahi un mal français et, si oui, est-il unique ou multifacettes ? Est-ce seulement une mauvaise passe ou le déclin d'une nation qui aurait besoin d'une rupture ou, à tout le moins, de lourdes réformes ? Je lance le débat...

lundi 19 juin 2006

Galouzeau, numéro 10 ?

Je crois que nous avons une bonne équipe de France (..) et cette équipe, elle sera évidemment encore meilleure si nous sommes tous derrière elle (...) je serai derrière cette équipe dans la victoire comme dans la défaite. Dominique de Villepin, Paris, 19 juin 2006

Voilà ce qui manquait aux Bleus pour retrouver confiance en eux : le soutien de l'homme à la légendaire lucidité qui avait déjà promis de l'insuffler aux Français - la confiance - en cent jours... il y a un an. Ah ! L'ami Galouzeau aimerait que le onze tricolore fasse rêver l'hexagone. Il peut effectivement craindre qu'un retour anticipé de l'équipe de France entraîne son départ précipité de Matignon pour cause d'aggravation de la déprime nationale. Et, comme ce premier ministre d'exception incompris doit tout faire lui-même dans ce fichu pays, il a décidé de prendre la tête du dernier carré des supporteurs optimistes des Bleus...

Au point où nous en sommes, puisque Zinédine Zidane ne pourra pas jouer le match de vendredi prochain contre le Togo, pourquoi ne pas confier le maillot de numéro 10 et le brassard de capitaine à Dominique Galouzeau de Villepin ? Pour le remercier de son brillant discours de l'ONU qui empêcha la guerre en Irak, la communauté internationale pourrait lui donner une autorisation spéciale juste le temps de le laisser sauver la France. Imaginez-le un instant, chargeant l'ennemi balle au pied, chevelure au vent et sabre au clair ! Qu'ils prennent peur ou qu'ils pleurent de rire, les Togolais le laisseront peut-être passer...

Bon, pitrerie villepinesque mise à part, il faut bien constater que la France est, avec l'Italie, la seule grande nation du football mondial qui, après deux matches joués, n'a pas encore son billet pour les huitième de finale. Pour l'Allemagne, l'Angleterre, l'Argentine, le Brésil, l'Espagne, les Pays-Bas, c'est déjà dans la poche. Et les Italiens ont remporté un match et marqué trois buts. Les sangliers ont dû manger des cochonneries, comme dirait Obélix. En tout cas, si les Suisses se qualifient alors que les Français échouent, faites confiance aux Belges, restés à la maison, pour ricaner...

Mais cela ne nous dit pas quels seront les candidats sérieux pour devenir champion du monde et quelles petites équipes nous auront séduites pendant ce Mondial. Dans la première catégorie, j'ai trouvé l'Argentine bien fringante ; dans la seconde, l'Angola a droit à toute ma sympathie...

jeudi 15 juin 2006

Nathalie et Stacy

Nathalie_et_stacyAujourd'hui, je n'ai pas envie de commenter l'actualité comme un autre jour...

Depuis l'annonce, le week-end dernier, de la disparition de Nathalie et Stacy, deux petites Belges âgées de 11 et 7 ans, j'ai espéré, chaque jour, la bonne nouvelle de leur réapparition. Je l'espère toujours, mais avec une petite boule au ventre qui grandit tandis que la course contre la montre des enquêteurs s'éternise à Liège. Car le souvenir de deux autres fillettes de la même région, Julie et Mélissa, les plus jeunes victimes du tueur en série Marc Dutroux condamné en 2004, ne me quitte plus.

De la célébration d'adieu à Julie et Mélissa dans la basilique Saint-Martin de Liège, où j'étais présent en août 1996 pour le quotidien La Croix, au procès Dutroux à Arlon, que j'ai suivi de mars à juin 2004 afin de réaliser un documentaire sur L'avocat du diable, diffusé par RTL Belgique et France 2, en passant par la semaine passée en septembre 1998 avec les parents des victimes de Dutroux, toujours pour La Croix, j'ai été profondément marqué par le calvaire des parents de Julie et Mélissa, 8 ans, à peine plus âgées que mon fils quand elles ont été enlevées à deux pas de leur maison.

Des débats déchirants vont se rouvrir - et sont déjà rouverts - sur la remise en liberté des prédateurs sexuels récidivistes - comme le principal suspect actuel de l'enlèvement de Nathalie et Stacy que nous devons toutefois présumer innocent - ou sur la responsabilité parentale. Mais, en ce qui me concerne, c'est un peu tôt pour commenter et débattre...

Pour l'heure, pensons au parents de Nathalie et Stacy et prions pour que ces dernières leur reviennent vivantes et en bonne santé...

mercredi 14 juin 2006

Bové, l'OGM 2007

Je suis candidat à rassembler, à la gauche du PS, une gauche antilibérale, écologique, antiproductiviste et altermondialiste. Et je suis prêt à assumer la responsabilité d'aller à l'Elysée. José Bové, in Libération, 14 juin 2006

Enfin ! L'ami José se lance ! Ce qui prouve qui lit Carte de presse et suit ses conseils : Lancer de nains, L'unité, camarades ! et Astérix président... :o)

L'Organisateur de la Gauche Modifiée a 100% raison quand il affirme que le futur candidat du PS sera social-libéral et qu'il est le seul à pouvoir rassembler les Français antilibéraux. B & B, Besancenot et Buffet, vont râler ferme, mais la réalité est la seule maladie pour laquelle il n'y a pas de remède, comme le disait lucidement le poète. Et, même à l'extrême gauche, la réalité, cela compte parfois un tout petit peu...

Au moins, ainsi, les choix démocratiques seraient clairs : à l'heure qu'il est, ce serait Vous êtes gauche tendance Ségo ou tendance José ?

Les autres dirigeants de la gôche-de-la-gôche ont maintenant le choix d'offrir à leur camp l'occasion historique de prétendre au second tour de la présidentielle avec Bové à l'affiche ou... de prendre le risque de faire passer Le Pen pour la deuxième fois consécutive en cultivant leurs différences idéologiques incompréhensibles au commun des mortels.

Allez, communistes, trotskystes, maoïstes, écologistes, altermondialistes, antilibéraux en général, tous derrière José !

mardi 13 juin 2006

Abbas à pile ou face

Mahmoud Abbas a du courage. Politique et physique. Car en décidant d'organiser, le 26 juillet prochain dans les territoires palestiniens, un référendum sur un texte reconnaissant le droit à l'existence de l'Etat d'Israël, il défie ouvertement le mouvement politico-terroriste islamiste Hamas. Mais le président de l'Autorité palestinienne sait que c'est la seule voie à prendre pour laisser entrouverte la porte de la négociation sur l'avenir de son peuple avec le gouvernement israélien.

La montée de la violence entre les troupes du Fatah et celles du Hamas, spectaculaire ce lundi, laisse craindre le pire. Le parti islamiste, vainqueur démocratique des dernières élections législatives palestiniennes, n'entend pas se laisser dépouiller de sa légitimité populaire récemment acquise. Mais, même s'il contrôle le gouvernement et le Parlement, son pouvoir s'effrite : les fonctionnaires ne sont plus payés, suite à l'interruption de l'aide américaine et européenne, et les services de sécurité lui échappent.

Mahmoud Abbas a d'autant plus de courage que si le Hamas lui est hostile et si le Fatah fait monter les enchères, Israël ne lui facilité pas la tâche. Ce n'est que du bout des lèvres et quand il voyage en Europe, que le premier ministre Ehoud Olmert dit souhaiter une négociation avec les Palestiniens. Son objectif prioritaire, approuvé majoritairement par les Israéliens, est de tracer unilatéralement les futures frontières de l'Etat hébreu. Il a d'ailleurs qualifié de futile le référendum d'Abbas...

Ehoud Olmert est certes dans son bon droit en frappant sans relâche les groupes terroristes palestiniens. Ces derniers, après tout, font des civils israéliens leurs cibles prioritaires, contrairement à Tsahal qui, visant des terroristes en milieu urbain, fait involontairement des victimes civiles. Mais le premier ministre israélien n'est évidemment pas à l'abri d'une poussée de réprobation internationale et d'émotion nationale quand son armée est accusée d'une bavure, comme celle de la plage de Gaza vendredi dernier. Ce qui fait le jeu des extrémistes palestiniens.

S'il s'avérait toutefois, comme devrait l'affirmer ce mardi l'armée israélienne après enquête, que le drame de la plage de Gaza a été causé par une mine posée par le Hamas, l'organisation terroriste devra alors s'expliquer devant les Palestiniens sur cette bavure ou provocation dont elle a pris prétexte pour rompre sa trêve avec Israël. Cela signifierait que les islamistes palestiniens sont prêts à tout pour empêcher le référendum d'Abbas et des négociations avec le gouvernement Olmert. Y compris à une escalade militaire aux conséquences imprévisibles avec Tsahal et le Fatah.

P. S. : Mardi, le ministre israélien de la défense a officiellement dégagé la responsabilité de son armée dans la tragédie de la plage de gaza : cliquez sur ce lien pour lire ses explications.

lundi 12 juin 2006

Bayrou centre-avant

Temps estival, finales de Rolland-Garros, épreuves du bac, entrée en scène des Bleus au Mondial : seul François Bayrou pouvait choisir ce moment-là pour mettre en scène son Big Bang politique et appeler de ses voeux, pour 2007, un gouvernement de l'UMP au PS. Avec, bien sûr, son UDF au centre du dispositif et lui... à l'Elysée...

Faire sauter le mur de Berlin de la politique française, se débarrasser de la connerie de l'apartheid droite-gauche et même donner un coup de pied au cul du système, tout cela est éminemment sympathique. Mais il serait surprenant que ces voeux pieux transforment Bayrou en sérieux outstider pour la présidentielle 2007. D'autant que Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal affichent déjà leur mixité idéologique avec succès.

L'heure est de toute manière à la pause dans la précampagne électorale. Sauf événement imprévu distrayant soudain les Français d'une trêve estivale et sportive bienvenue. Et ce jusqu'aux universités d'été des partis politiques, fin août. Le gouvernement l'a bien compris qui a attendu cette semaine pour dévoiler son budget de rigueur 2007. En croisant les doigts pour que les Bleus redonnent le moral à ses administrés...

Et si la France remportait la Coupe du Monde - qui sait ? - Dominique Galouzeau de Villepin pourrait même se rêver à nouveau à l'Elysée, non ?

jeudi 08 juin 2006

Les fronts du djihad

Le combat contre le terrorisme mondial diffère de toute autre guerre dans notre histoire. Elle sera livrée sur de nombreux fronts contre une ennemi particulièrement insaisissable durant une période de temps prolongée. Conseil national de sécurité des Etats-Unis, septembre 2002

La prise de Mogadiscio par des milices islamistes un jour. L'élimination de  Zarkaoui, chef d'Al-Qaïda en Irak, par un raid aérien américain un autre jour. La guerre contre le djihadisme combattant, déclenchée suite aux attaques terroristes du 11 septembre 2001 contre New York et Washington, passe de revers en succès. Elle durera des décennies.

Il s'agit en effet d'un conflit de longue haleine, qui débuta en réalité début 1993, lors d'un premier attentat contre le World Trade Center de Manhattan attribué à Al-Qaïda. Il fut suivi d'autres contre la garde nationale et l'armée américaine en Arabie saoudite en 1995 et 1996, contre les ambassades des Etats-Unis au Kenya et en Tanzanie en 1998, contre un destroyer américain au Yemen en 2000. Depuis 2001, les attentats djihadistes les plus sanglants ont été perpétrés au Pakistan, en Indonésie, au Kenya et en Arabie saoudite à nouveau, au Maroc, en Irak, en Turquie, en Espagne, en Angleterre...

L'Internationale djihadiste ne dépend pas d'une direction centrale unique, même si Al-Qaïda, l'organisation d'Oussama ben Laden, constitue la matrice originelle de la mouvance islamiste combattante. Mais elle trouve son inspiration idéologique dans une lecture fondamentaliste, expansionniste et guerrière du Coran. Elle mène son combat par un grand nombre d'attaques terroristes contre des populations civiles. Mais pas exclusivement. Les djihadistes adoptent aussi la guerre de guérillas pour conquérir des territoires, comme la Somalie, ou déstabiliser des Etats, comme l'Afghanistan et l'Irak. Ils s'inscrivent alors dans des conflits locaux qui ont leurs logiques propres dont ils tirent profit.

La poursuite de la violence en Irak, les offensives islamistes actuellement en cours dans le sud de l'Afghanistan et en Somalie démontrent que l'adversaire djihadiste ne sera pas défait par quelques offensives militaires ou opérations de police. Le nouveau défi totalitaire lancé à l'Occident démocratique en particulier, à la communauté des nations en général, sera l'affaire d'une ou de plusieurs générations.

mercredi 07 juin 2006

Partie de poker atomique

Il y a une semaine, Condoleezza Rice, chef de la diplomatie américaine, proposait que les Etats-Unis participent directement aux négociations des Européens avec le régime des mollahs, à condition que les Iraniens suspendent leurs activités nucléaires suspectes. Ce qui avait permis d'aboutir à un accord du groupe des Six (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU et l'Allemagne) sur des mesures incitatives et des menaces de sanctions à l'égard de l'Iran

Dans une tribune publié par Le Monde de ce lundi, Thérèse Delpech, auteur de L'Iran, la bombe et la démission des nations, estime qu'ou bien l'Iran fait enfin ce qui lui était demandé depuis des mois et revient à la suspension de toutes ses activités d'enrichissement et de retraitement, et c'est une incontestable victoire [de l'administration Bush], ou bien Téhéran maintient sa position intransigeante, et l'accord sur les sanctions [des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU et de l'Allemagne] permet désormais d'exercer une vraie pression.

La main tendue de Washington, par Thérèse Delpech

mardi 06 juin 2006

Le crépuscule du libertaire

Dans La Croix daté 6 juin, l'éclairante analyse de Jacques Duquesne :

Sarkozy, Royal ou l'après-Mai 68

Une fois encore, ceux que l'on appelle les éléphants du PS se trompent et démontrent combien ils sont loin des réalités et englués dans leurs querelles tactiques. Ils qualifient, comme nombre de journalistes d'ailleurs, le succès actuel de Ségolène Royal dans les sondages et chez leurs propres militants de phénomène médiatique. Or c'est d'un phénomène sociologique qu'il s'agit. Ce succès de la présidente de la région Poitou-Charentes, tout comme celui de Nicolas Sarkozy, traduit un mouvement profond de la société française. Ils n'apprécieraient certes ni l'un ni l'autre d'être mis ainsi dans le même sac, mais ce n'est pas par hasard, ni grâce à leur habileté stratégique (certes réelle), qu'ils sont, pour l'instant, les favoris de l'opinion.

La première raison est évidente. Il s'agit d'un changement de génération. Qui n'est pas seulement une question d'âge. Les Français ont vu, depuis des décennies, les mêmes têtes de droite ou de gauche se succéder aux affaires et les rendent donc indistinctement responsables de la crise actuelle dont ils mesurent chaque jour la gravité. Quelles que soient leurs qualités, nombre d'anciens dirigeants sont usés jusqu'à la corde.

Une partie des électeurs est donc tentée d'aller vers ceux qu'on a jamais vu aux affaires, et qui se situent aux extrêmes. Mais l'extrême droite est déchirée entre Jean-Marie Le Pen et Philippe de Villiers, l'avantage étant au premier homme qui a su récupérer une bonne partie de l'électorat populaire des communistes. L'extrême gauche, elle, n'a ni projet connu ni crédible ni leader capable de la rassembler. Ces extrêmes bénéficieront donc d'un vote protestataire, peut-être plus important que par le passé dans cette situation de crise sociétale autant que politique, mais certes pas majoritaire.

Si la majorité des électeurs s'intéressent à Ségolène Royal et à Nicolas Sarkozy, c'est qu'elle souhaite une France apaisée qui ne se trouve pas seulement sur les stades des raisons d'être fière d'elle-même.

Ces Français savent que le sentiment d'insécurité n'est pas seulement nourri par les images de voitures brûlées que l'on montre à la télévision, parce qu'ils peuvent conter chacun, sur ce sujet, une agression verbale ou physique, un incident ou un vol qui les a touchés, eux ou un de leurs proches.

Ils savent que l'immigration pose un vrai problème dont on n'ose pas leur montrer l'étendue et que, bien souvent, quand les médias parlent de dépradations diverses en les attribuant pudiquement à des jeunes, il s'agit de garçons d'origine maghrébine ou africaine. Ils en ont assez d'entendre célébrer la mémoire uniquement lorsqu'il s'agit de mettre en lumière les pages les plus sombres de l'histoire de leur pays. Et ils en ont également assez du prêt-à-penser libertaire que leur distillent régulièrement des journalistes, des pseudo-philosophes ou des apprenties starlettes qui répètent comme des perroquets ce qui se dit dans les bistrots branchés, dans les milieux dit abusivement culturels ou chez les Guignols de Canal+.

J'évoquais, quelques lignes plus haut, les voitures brûlées. C'est en 1968, on le sait, que des étudiants bourgeois, dont certains sont devenus ministres, patrons de presse, voire chefs d'entreprise, ont inauguré en France cette pratique. Et surtout instillé dans le pays un esprit libertaire résumé par le slogan Il est interdit d'interdire.

Ces baby-boomers avaient certes des raisons de vouloir secouer alors une société quelque peu sclérosée et pressentaient les dégâts que produirait le primat accordé - d'abord par les élites - à l'argent et à la consommation.

Mais l'esprit libertaire a puissamment contribué à la naissance d'un monde individualiste, sans repères et sans valeurs, à l'éclatement des familles, à la faiblesse des syndicats et de nombre d'associations et à la quasi-disparition, presque partout, d'une vertu toute simple qui s'appelle l'honnêteté. L'évoquer vous fait d'ailleurs passer, chez certains, pour un attardé ou un réactionnaire.

Ce n'est pas par hasard que Ségolène Royal a commencé à attirer l'attention et la sympathie, lors de son passage au gouvernement, lorsqu'elle a manifesté sa compréhension des problèmes de la famille. Et Nicolas Sarkozy n'a pas commencé à rassurer quand il était ministre du budget d'un gouvernement Balladur, mais quand il a commencé à dire qu'il ne fallait pas craindre d'appeler voyous les voyous. Le succès actuel de ces deux-là marque la volonté d'en finir, après quarante ans, avec l'épisode 68.

Jacques DUQUESNE

© La Croix, 5-6 juin 2006

lundi 05 juin 2006

La solitude du caudillo

Hugo Chavez, l'ami du dictateur Castro et du terroriste Carlos, doit se sentir soudain bien isolé, après l'élection d'Alan Garcia à la présidence du Pérou qui succède à la réélection d'Alvaro Uribe à la tête de la Colombie.

Le gourou révolutionnaire de Caracas avait pourtant mis dans la balance péruvienne toute sa supposée popularité auprès des peuples latino-américains. Je demande à Dieu que ne soit pas président du Pérou l'irresponsable, le démagogue, le menteur et le voleur qu'est Alan Garcia, avait lancé, le 28 mai dernier, Hugo Chavez, dans son intervention télévisée hebdomadaire Alo Presidente. Mais, pas plus que les Colombiens, les Péruviens ne l'ont écouté... Ces derniers ont même sans doute plus voté contre Ollanta Humala, le candidat de l'agité du Venezuela, que pour le Come-Back Kid de Lima.

Alan Garcia, président du Pérou une première fois entre 1985 et 1990, n'a en effet pas laissé un souvenir idyllique à ses compatriotes qu'il mena au bord de la faillite économique et de la guerre civile...

Les nostalgiques des fièvres révolutionnaires catristes et guévaristes peuvent toujours peindre le ciel latino-américain en rouge vif, son bleu naturel n'affiche que des tonalités roses sociale-démocrates, voire même sociale-libérales. De Lula au Brésil à Garcia au Pérou, en passant par Bachelet au Chili, Kirchner en Argentine, Vazquez en Uruguay et Arias au Costa Rica, les présidents de gauche récemment élus croient tous dans l'économie de marché et le libre-échange.

Il n'y a guère que le Bolivien Evo Morales pour accrocher son wagon à la révolution bolivarienne et prêter allégeance, avec Chavez, au vieux despote de La Havane. Ils seront peut-être rejoints par un autre idéologue has been, le sandiniste Daniel Ortega, si celui-ci réussissait à l'automne prochain à reprendre la présidence de son pays, le Nicaragua, perdue en 1990.

Mais tout le pétrole du Venezuela ne pourra transformer le pittoresque attelage formé avec un îlot communiste exsangue - Cuba - et deux des pays les plus pauvres du continent - la Bolivie et le Nicaragua - en locomotive pour l'Amérique latine du XXème siècle.

samedi 03 juin 2006

L'infirmière socialiste

Qui dira aux socialistes que nous sommes en guerre économique ? Que notre croissance s'effondre ? Que nos finances sont vides ? Que l'Amérique nous distance, que la Chine et l'Inde nous rattrapent ? Et que les guerres ne se gagnent pas dans les infirmeries ? Le projet socialiste dont on a eu une première mouture cette semaine nous promet du social, du social et encore du social. De gentilles infirmières, plein. Des guerriers hargneux, aucun.

Ainsi débute la chronique hebdomadaire d'Eric Le Boucher, Une reprise en main lourde de l'économie, dans l'édition du week-end du Monde.

Une pièce à verser au débat présidentiel 2007.

jeudi 01 juin 2006

Demandez le programme !

Ses adversaires raillaient Ségolène Royal parce qu'elle se limitait à mener une campagne à la candidature présidentielle sur son image et non sur ses idées. Certains prétendaient même qu'elle en manquait. Mais, depuis son discours de Bondy sur la sécurité, ce mercredi, la plus populaire des socialistes n'est plus critiquée pour son absence de programme...

Ses rivaux de gauche se bousculent pour la traiter en substance de Sarkozy, voir de Villiers ou de Le Pen en jupons, depuis qu'elle a annoncé son intention de recadrer les jeunes voyous et de remettre au carré leurs familles. La Royal n'a pas parlé de racaille, comme le petit Nicolas à l'automne dernier, mais l'effet est le même.

Il est vrai que la générale Ségo y est allé au canon en prononçant la faillite absolue du bilan sécuritaire de Nicolas Sarkozy et en proposant une politique beaucoup plus ferme que celle du ministre de l'intérieur actuel. Elle veut instaurer une République du respect et un ordre juste à coups d'internat-relais, d'établissements à encadrement militaire, d'écoles de parents, de mise sous tutelle des allocations familiales, etc.

Ségolène Royal n'a pas dérapé, mercredi à Bondy. Et Sarko ne s'y est pas trompé qui, sentant le danger d'être débordé sur sa droite par la candidate de gauche, a riposté en ironisant sur le thème M. Blair est enfoncé. La dame de fer du Poitou a parfaitement réussi son effet de manche.

Première scène : le coup de tonnerre de la Royal sur l'école, la famille et les voyoux, triptyque très sensible dans l'opinion publique. Deuxième scène : ses propos sont amplifiés par les réactions de la classe politique, de l'extrême-gauche à l'extrême-droite, en passant par l'UMP et le PS. Troisième scène : Ségo arrondit les angles en répondant aux critiques et en martelant une nouvelle fois son message destiné aux gens qui souffrent de l'insécurité et des violences, mais aussi du chômage et de la précarité...

La décision de Ségolène Royal de sortir du bois pour afficher ses idées et provoquer la polémique signifie qu'elle est convaincue de deux choses : sa candidature est suffisamment assise dans l'opinion et à la base du PS pour passer à l'offensive contre ses seuls vrais rivaux pour 2007, Nicolas Sarkozy et Jean-Marie Le Pen ; avec le chômage et la précarité, la sécurité à l'école et dans la rue sera un des thèmes cruciaux pour gagner l'Elysée.

La Royal tourne ainsi la page de l'angélisme sécuritaire de Lionel Jospin qui le disqualifia pour le second tour de la présidentielle 2002. Mais pense-t-elle pouvoir réunir la gauche réformiste derrière elle en affrontant Sarko et Le Pen sur leur terrain ou envisage-t-elle l'hypothèse audacieuse d'une candidature de centre-gauche indépendante des partis ?

mercredi 31 mai 2006

Plan B comme... belge

Il y a un peu plus d'un an, les partisans français du Non au projet de Constitution européenne, le socialiste Laurent Fabius en tête, affirmaient que la Commission de Bruxelles disposait d'un plan B en cas de rejet de cette première mouture par les électeurs. Les Européens attendent toujours et les nonistes n'ont offert aucun projet alternatif pour l'UE.

A deux semaines du sommet de Bruxelles qui fera le point sur le devenir institutionnel de l'Union, les parlementaires européens auditionnent des chefs de gouvernement des Vingt-Cinq. Ce mercredi, leur premier invité était le Belge Guy Verhofstadt.

Cinquante ans après le lancement de l'Union, le temps est venu d'opérer un choix définitif  : dans son discours au Parlement, le premier ministre d'un des six pays initiateurs de la construction européenne n'y a pas été par quatre chemins pour dénoncer l'immobilisme actuel des dirigeants du Vieux continent qui ne leur permet pas de répondre aux formidables défis mondiaux de l'époque.

Pour Guy Verhofstadt, le processus de ratification de la Constitution, déjà approuvé par quinze Etats membres, doit se poursuivre, en dépit des refus français et néerlandais. Une fois le quorum de vingt ratifications atteint, les vrais Européens se compteront et aviseront, estime-t-il.

Le chef du gouvernement belge plaide aussi pour la poursuite de l'élargissement et pour la transformation rapide de l'actuelle Union en véritable fédération européenne où la règle de l'unanimité serait abolie ou au moins limitée au strict minimum. Selon lui, il faut d'urgence renforcer la coordination des politiques économiques et sociales pour assurer l'avenir de la prospérité européenne dans le contexte de la mondialisation.

Le discours du dirigeant libéral belge a été chaudement accueilli par les parlementaires européens, et tout spécialement par le chef du groupe socialiste, l'Allemand Martin Schultz. Ce qui démontre que le débat européen n'oppose pas les libéraux aux sociaux, mais les fédéralistes et les nationalistes, nostalgiques de leur splendeur passée.

A l'adresse de ces derniers, Guy Verhoftadt a rappelé ce commentaire cruel de son prédécesseur, le socialiste Paul Henri Spaak, signataire pour la Belgique du traité de Rome de 1957, ratifié par l'Allemagne, la France, l'Italie et les pays du Benelux :

L'Europe n'est encore composée que de petits pays. La seule distinction pertinente qui demeure réside dans le fait que certains pays le comprennent et que d'autres refusent encore toujours de le reconnaître.

Cinquante ans plus tard, l'heure de la lucidité sonnera-t-elle ?

Cliquez sur ce lien pour lire le discours intégral de Guy Verhofstadt

mardi 30 mai 2006

Lancer de nains

Le quotidien Le Monde ne fait pas dans l'humour tous les jours. Aussi faut-il attirer l'attention sur le titre, style Libération de la belle époque, qu'il a donné à l'article consacré par Sylvia Zappi au feuilleton sur la recherche, par la gauche de la gauche, d'un candidat présidentiel unique pour 2007 (édition datée 31 mai 2006, page 11) :

Lancer de noms à la gauche du PS pour 2007

Comme vous le savez peut-être, le lancer de nains est un jeu cruel et dégradant dont la pratique est interdite en France, et cela même si les dits nains sont volontaires...

Dans le cas du lancer de noms au sein de la gauche radicale, les candidats sont tous très très volontaires, à condition bien sûr d'être choisi, à l'exclusion de tous les autres, pour la représenter dans la course à l'Elysée. Et si c'était un autre, chacun préfère se porter candidat pour son compte. Un jeu cruel et dégradant pour les déçus du PS qui aimeraient pouvoir voter l'an prochain pour un candidat antilibéral...

Pour le commun des mortels, il est évident que le seul pouvant créer une dynamique et une surprise à gauche serait José Bové. En plus, il est prêt à... se lancer ; il n'arrête pas de le répéter. Mais, évidemment, cela agace au plus haut point les deux autres B, Marie-George Buffet (PCF) et Olivier Besancenot (LCR). Les trois se neutralisant, d'autres se prennent à rêver d'être en haut de l'affiche. D'où le lancer de noms qui, dans les sondages, sont des nains encore plus petits que Buffet et Besancenot. Connaissez-vous Malika Zediri, Annick Coupé, Yves Salesse, Clémentine Autain ?

Allons, restons sérieux, quand on veut présenter la candidature d'un homme de petite taille, on prend notre Astérix national, alias Bové. Lui, au moins, il a une gourde de potion magique...

La gôche-de-la-gôche 2007 ? Ce sera José ou ce ne sera rien...

lundi 29 mai 2006

Deuxième mort du Che

La popularité ne dépend pas toujours du charisme. Même dans notre société de l'image omniprésente. Alvaro Uribe, président sortant de la Colombie, l'a prouvé dimanche, en étant réélu triomphalement, avec plus de 60% des suffrages. Un score à peine assombri par un taux d'abstention de 56%, devenu traditionnel dans un pays où le vote n'est pas obligatoire et où les paysans se rendent peu aux urnes.

Les Colombiens n'ont pas plébiscité Alvaro Uribe pour son allure de bureaucrate austère. Mais pour sa détermination à mettre fin à la violence politico-criminelle qui dure depuis plus de quarante ans dans ce pays andin. Ce que le président le mieux élu de l'histoire de la Colombie appelle rétablir la sécurité démocratique de ses concitoyens. Durant son premier mandat, le nombre de meurtres et d'enlèvements a baissé considérablement.

En Europe, et tout spécialement en France, la Colombie n'est connue qu'à travers le prisme de la tragique séquestration d'Ingrid Betancourt par la gangsta guérilla des FARC. Très médiatisée, la famille de l'otage franco-colombienne, amie de Dominique de Villepin, renvoie dos-à-dos les preneurs d'otages et les autorités, accablant tout particulièrement le président Uribe pour son refus de procéder à un échange humanitaire des otages des FARC contre des guérilleros emprisonnés.

De manière révélatrice, en Colombie même, la question des otages n'a pas été abordée pendant la campagne électorale. Les Colombiens n'ont qu'une obsession : la disparition des groupes armés. Et ils ne croient plus qu'en une seule méthode : la mano dura promise et appliquée par leur actuel président. Car toutes les tentatives de conciliation de ses prédécesseurs à la tête de l'Etat ont buté sur l'intransigeance et la duplicité des FARC.

Plus vieille guérilla d'Amérique latine, née en 1964, les Forces armées révolutionnaires de Colombie sont aussi la dernière sérieusement en activité sur le continent. Durant son second mandat, Alvaro Uribe a l'ambition de présider à la disparition des FARC, ces rejetons dépravés de la geste révolutionnaire latino-américaine, inspirée dans les années 60 par la révolution cubaine de Fidel Castro et d'Ernesto Che Guevara. Les dernières guérillas dignes de ce nom ont déposé les armes et intégré la vie politique démocratique dans les années 90, en Amérique centrale.

Son compagnon d'armes dictateur à Cuba ; ses derniers émules terroristes dans la jungle colombienne : El Che n'est plus qu'une îcone désincarnée pour amateurs d'images d'Epinal imprimées sur tee-shirts et posters...

jeudi 25 mai 2006

L'Irak aux Irakiens

Le verre est-il à moitié plein ou à moitié vide ?

Trois ans après le renversement par les forces armées américano-britanniques du régime de Saddam Hussein, l'Irak écrit une nouvelle page de son histoire. Une Constitution républicaine faisant référence à l'islam, un Parlement multi-ethnique et multiconfessionnel élu avec un large appui populaire, un gouvernement d'union nationale composé des chiites majoritaires, mais aussi de sunnites et de kurdes : une démocratie fédérale, voulue par les Irakiens, fait ses premiers pas, dans la douleur et le sang certes, mais avec l'irremplaçable mérite d'exister et de ne pas insulter l'avenir de l'ancienne Mésopotamie et du monde arabe.

Voilà pour le verre à moitié plein.

Trois ans après la chute de la dictature baasiste, l'épée de Damoclès de la guerre civile pèse toujours sur les têtes des Irakiens. A la violence sunnite entretenue par les groupes armés nostalgiques de Saddam Hussein et par les djihadistes émules d'Oussama ben Laden, répond maintenant celle des milices chiites autonomes ou enkystées dans les nouvelles forces de sécurité. Depuis l'attentat contre la Mosquée d'or de Samarra, en février dernier, les tueries confessionnelles et ethniques se multiplient, échappant au contrôle des armées occupantes de la coalition américano-britannique. Du coup, la reconstruction du pays piétine.

Et voilà pour le verre à moitié vide.

Le nouveau premier ministre irakien, le chiite Nouri al Maliki,  a annoncé qu'il appliquerait la force maximale pour vaincre la rébellion. Il peut compter, pour la première fois depuis avril 2003, sur l'appui d'un gouvernement et d'une majorité intégrant la communauté sunnite minoritaire. Il s'est fixé comme objectif prioritaire de rétablir l'ordre à Bagdad, où opèrent, outre les groupes terroristes sunnites, des escadrons de la mort issus des forces de sécurité et des milices chiites qui pratiquent le nettoyage confessionnel. Le premier ministre espère que son gouvernement pourra assurer la sécurité sur le territoire irakien pour fin 2007.

Rien n'est encore définitivement joué en Irak. Mais, jusqu'à présent, la plupart des Irakiens, tout particulièrement les chiites majoritaires, refusent la logique de guerre civile et privilégient la réconciliation nationale. Les establishments américains et britanniques ont passé depuis longtemps l'épreuve du feu et se montrent décidés à assumer jusqu'au bout les conséquences de leur démarche volontariste tant critiquée.

Les six prochains mois seront décisifs pour savoir si le verre était à moitié plein ou à moitié vide. Les Irakiens ont leur destin en main...

mercredi 24 mai 2006

Camarade Galouzeau

Superbolcho est de retour ! Dominique de Villepin, notre social-patriote en chef, a fait une descente surprise à Mérignac, ce mardi, pour défendre les aspirations des salariés de la Sogerma. Le premier ministre n'accepte pas que cette filiale de maintenance du groupe franco-allemand d'aéronautique et de défense EADS soit supprimée et son personnel reclassé chez Airbus ou Eurocopter. Un rôle qu'il avait répété face à la multinationale yankee Hewlett-Packard, en septembre dernier.

Le polytraumatisé de Matignon n'est jamais à court d'idées de rechange quand il s'agit de son ambition personnelle. La crise du CPE et l'affaire Clearstream lui ont fermé la voie d'une candidature à l'Elysée dans son propre camp. Qu'à cela ne tienne : il changera de camp. Le camarade Galouzeau a décidé de tenter sa chance au Parti socialiste et Ségolène Royal n'a qu'à bien se tenir. Et, si cela ne marchait pas, il pourrait toujours mettre ensuite sa personne au service de la gôche-de-la-gôche qui rame pour se trouver un candidat unitaire.

Ce mercredi matin, Noël Forgeard, coprésident d'EADS, a confirmé que trois cents emplois seraient finalement maintenus à Mérignac grâce à la Bolcho Attitude de Villepin. Mais ce dernier en veut plus. Cet après-midi, les deux hommes doivent se rencontrer à Matignon. Si Noël Forgeard n'obtempère pas, le camarade Galouzeau le gardera-t-il en otage dans son bureau ?

mardi 23 mai 2006

Sarko et Ségo

La campagne présidentielle 2007, c'est parti ! Et pas seulement parce que les candidats à la candidature, les journalistes, les politologues et les sondeurs s'emballent... A onze mois du scrutin, 63% des Français se déclarent intéressés par la présidentielle, d'après un sondage TNS-Sofres publié par Le Figaro ce lundi. Un score qui n'est en général atteint que dans les dernières semaines d'une campagne, commente Guillaume Tabard.

A ce jour, deux prétendants écrasent tous les autres : Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Rappelons toutefois que les sondages ne prédisent pas l'avenir, mais donnent un cliché instantané. Pour rester dans le langage photographique, l'enquête d'opinion joue le rôle du révélateur. Mais seul le scrutin - donc les électeurs - sera le fixateur. Toujours est-il que Sarko et Ségo dominent la scène politique nationale.

Le même sondage publié par Le Figaro montre en effet que, si l'élection avait lieu aujourd'hui, les Français mettraient Sarkozy et Royal en tête au premier tour s'ils étaient tous les deux candidats. Et face à Sarko, seule Ségo ferait le poids côté socialiste.

Pourquoi ces deux-là ? Une partie de la réponse se trouve sans doute dans le sondage Ifop pour Acteurs publics, rendu public ce mardi. Les deux jeunes quinquas incarneraient, mieux que quiconque, la réforme. Or, toujours d'après cette enquête, neuf Français sur dix estiment les réformes urgentes. D'autant plus décoiffant qu'ils mettent en avant la réforme du droit du travail comme la plus urgente à réaliser...

Sarko et Ségo peuvent en tout cas se féliciter de mettre la pagaille dans leurs camps respectifs, où leurs rivaux potentiels ne savent plus à quels saints se vouer. Dans la majorité, les amis de Galouzeau sont en train de créer un petit club pour tenter de ranimer la candidature Villepin. Dans l'opposition, les éléphants du Parti socialiste et son premier secrétaire, le mari de Ségo, échangent des amabilités. Les favoris sèment la zizanie sur leur passage...

Et vous, vous seriez plutôt Sarko ou plutôt Ségo ?

lundi 22 mai 2006

Vive la Serbie libre !

En votant pour retrouver leur souveraineté nationale perdue depuis 1918, lors du référendum de dimanche dernier, les Monténégrins ont donné de facto son indépendance à la Serbie.

Faut-il faire le bonheur des peuples contre leur gré ? C'est toujours mieux que de leur imposer le malheur, comme on l'a vu durant les conflits des Balkans des année 90, tout particulièrement la guerre de Bosnie. Dans le cas des Serbes, la fin de leur empire balkanique devrait, à terme, leur permettre de consolider leur démocratie, développer leur économie et rejoindre le concert des nations européennes.

L'indépendance du Monténégro et de ses 650.000 habitants semble annoncer celle, apparemment tout aussi inéluctable, de la province du Kosovo. Cette dernière sera un peu plus douloureuse pour l'âme serbe, mais, une fois réalisée, elle tournera définitivement la page du Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes devenu, après la seconde guerre mondiale, la Yougoslavie ou le pays des Slaves du Sud.

Slobodan Milosevic et son rêve sanglant de Grande Serbie enterrés, qui ne souhaiterait aux nations des Balkans un avenir de paix et de prospérité ? La première à y contribuer devrait être l'Union européenne, quasi paralysée actuellement par une crise de croissance et la lassitude de ses populations devant la perspective de nouvelles vagues d'élargissement. Les Vingt-Cinq devront toutefois trouver des réponses à la demande d'intégration européenne de peuples qui ont vocation à rejoindre leur Union.

mercredi 17 mai 2006

Au pied de la bombe

Le forcené de Téhéran a balayé ironiquement la nouvelle offre européenne sur le nucléaire iranien, et cela avant même qu'elle ne lui soit concrètement présentée. Le président Mahmoud Ahmadinejad confirme, dans un language de tyranneau, toutes les craintes que son élection a fait naître sur la direction prise par le régime des mollahs.

La situation a ainsi le mérite d'être claire : l'Iran, qui prépare sa bombe atomique depuis vingt ans, a pris la décision stratégique de l'avoir coûte que coûte et en dépit de toutes les mesures incitatives qui lui ont été ou lui sont offertes, hier par la Russie, avant-hier et aujourd'hui par l'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne. Seules des sanctions fermes et graduées du Conseil de sécurité de l'ONU pourront donc éviter à terme une action militaire américaine ou israélienne pour écarter la menace iranienne.

Puissent les partisans du multilatéralisme et les adversaires de l'option militaire prendre conscience de l'urgente nécessité de sanctions avant qu'il ne soit trop tard pour pouvoir rappeler les bombardiers et les missiles de croisière. Car, à ce stade, le régime iranien fait la même erreur de calcul que celle faite par Saddam Hussein avant la guerre d'Irak : refuser d'appliquer de manière transparente le droit international et compter exclusivement, pour passer en force, sur les divergences entre les Etats-Unis d'un côté, les Européens au milieu, la Russie et la Chine de l'autre côté. Voir parier sur l'absence de volonté américaine d'agir militairement.

Les membres du Conseil de sécurité ne partagent certes pas le même diagnostic sur la manière de ramener les Iraniens à la raison. Mais, actuellement, plus aucune chancellerie n'a de doute réel sur la finalité du programme d'enrichissement d'uranium du régime des mollahs.

L'histoire de la bombe iranienne, les tenants et aboutissants de la crise actuelle, ainsi que les motivations de chaque acteur face à celle-ci sont très pédagogiquement expliqués en 140 pages, dans le livre L'Iran, la bombe et la démission des nations (Ceri/Autrement, avril 2006), par Thérèse Delpech, directeur des affaires stratégiques au Commissariat de l'énergie atomique (CEA)  et chercheur associé au Centre d'études et de recherches internationales (Ceri).

Que veut l'Iran ? Malgré tous les discours de Téhéran  sur le caractère pacifique du programme nucléaire, la réponse à cette question est simple. L'Iran veut la bombe, avertit en conclusion de son ouvrage cette spécialiste de la géostratégie nucléaire. Il est en vérité difficile, sauf à attendre un essai nucléaire du type de ceux qui ont été faits par l'Inde et le Pakistan en 1998, de disposer d'un nombre plus important d'indices d'un programme nucléaire militaire que dans le cas iranien (...) L'Iran pourrait être beaucoup plus proche de la production d'une arme qu'on ne le pense souvent. Après avoir surestimé les capacités irakiennes, on sous-estime peut-être celles de l'Iran.

Dès l'introduction de son livre très factuel, Thérèse Delpech souligne que si la preuve de l'impuissance des nations est faite, chacun devra reconnaître ses responsabilités : les Européens qui ont toujours agi trop peu et trop tard, les Américains qui n'ont pas défini de politique claire à l'égard de l'Iran, les Russes qui ont constamment favorisé la carte de l'ambiguïté, et les Chinois qui se sont cachés derrière les Russes.

La chercheuse estime que l'option militaire n'a pas la faveur de Washington en raison de la capacité de nuisance des Iraniens en Afghanistan, en Irak, voisins de l'Iran, ainsi qu'en Israël et au Liban. Mais elle rappelle que la crédibilité de la dissuasion des Etats-Unis serait en cause si l'Iran continuait son programme en toute impunité. Par ailleurs, les alliés de l'Amérique ne peuvent ignorer que la portée des missiles iraniens, qui ne cesse de croître, leur permet d'ores et déjà d'atteindre le territoire européen. Ni oublier les liens de Téhéran avec des organisations terroristes. Vu de Tel Aviv, l'Iran est même devenu une menace susceptible de mettre en cause l'existence de l'Etat d'Israël.

Aux yeux de l'administration américaine, une arme nucléaire iranienne pourrait avoir un coût bien supérieur encore à celui d'un opération militaire en remettant en cause toute la politique américaine du Grand Moyen-Orient. Notamment parce que l'Arabie saoudite et l'Egypte, rivaux sunnites de l'Iran chiite, ne tarderait pas à suivre son exemple nucléaire. Les Etats-Unis et Israël pourraient donc arriver à la conclusion que le point de non-retour approche et que l'avenir ne peut être sacrifié au présent...

Les négociations n'ont pour l'instant profité qu'aux mollahs. La fenêtre d'opportunité pour user des sanctions ne sera pas éternelle...

mardi 16 mai 2006

Apocalypse Now

Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad appartient-il ou a-t-il partie liée avec une secte chiite occulte, la société hojjatieh, dont les adeptes sont persuadés qu'en provoquant le chaos sur terre, ils précipiteront le retour du douzième imam, le Mahdi, et l'avènement de la société islamique mondiale ? Cette question, qui agite et divise les milieux diplomatiques et les observateurs de la scène politique iranienne, n'est évidemment pas anecdotique à l'heure où l'Amérique et l'Europe tentent de convaincre l'Iran de renoncer à son programme d'enrichissement de l'uranium.

La crainte qu'Ahmadinejad fasse le jeu des hojjatieh a pour origine un article du Asia Times, publié en septembre 2005, qui se faisait l'écho d'un discours alarmiste du président iranien précédent, le réformiste Mohammad Khatami. Auparavant, un ancien chef de cabinet de l'ayatollah Khomeini, guide spirituel de la révolution de 1979 à 1989, avait dénoncé la prise de contrôle rampante du pouvoir exécutif et, plus grave encore, des gardiens de la Révolution islamique, les pasdarans, par les hojjatieh. Trois membres du gouvernement d'Ahmadinejad, dont le ministre de l'intérieur, pourraient faire partie de la secte.

L'actuel chef de l'Etat iranien, ancien officier des pasdarans et des paramilitaires bassidji, ex-membre des services secrets iraniens, adopte-t-il une logique de confrontation avec l'Occident, tant sur le nucléaire que sur Israël, à partir de cette vision apocalyptique et relativement peu connue du chiisme ? Si c'était effectivement le cas, toute tentative d'apaisement et de conciliation avec le président iranien actuel serait évidemment vouée à l'échec. Et les tergiversations diplomatiques du régime des mollahs auraient comme seul but de gagner du temps pour fabriquer la bombe...

lundi 15 mai 2006

Lettre à Galouzeau

Vous auriez dû venir avec nous, on a fait une belle balade. Vous êtes là comme des fonctionnaires, comme des moules accrochées au rocher. Dominique de Villepin, premier ministre, aux photographes, dans la cour de Matignon, le 12 mai 2006

Monsieur le futur ex-Premier Ministre, Votre Suffisance,

Vous n'avez donc que mépris pour les photographes, les fonctionnaires et les moules. Sans oublier, bien sûr, les journalistes, les élus et leurs électeurs, les Anglo-Saxons, les dirigeants des partis politiques et leurs militants, les syndicalistes. Et, récemment, les agents secrets et les juges. Bref, l'humanité dans son ensemble, sauf Bonaparte et Votre Excellence...

Et comme Vous avez raison, et comme nous Vous comprenons, nous, qui Vous regardons d'en bas. Vous n'avez, Votre Altitude, certainement rien à faire de l'admiration de quelques manants. Mais rien que de Vous déclarez notre vénération, nous nous sentons déjà réhaussés dans nos existences roturières. Et nous mesurons le sacrifice de Votre Personne que Vous devez consentir pour daigner nous gouverner. Un sens du service à nos insignifiances d'autant plus remarquable que Vous seriez même disposé, faisant fi de votre noble tranquillité, à nous présider pendant cinq ans. Nous en sommes profondément émus.

Sachez, Votre Altesse Sérénissime, qu'en Vous attaquant, vos ennemis nous attaquent. Quand Vous êtes blessé, nous sommes blessés. Oh ! Très-Haut (fonctionnaire), la bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe et le fiel des envieux ne salira pas votre illustre patronyme.

Quoi ! Ils allèrent jusqu'à mettre en doute votre origine aristocrate. Vous ne seriez que Galouzeau - le rigolo du village - et pas du tout Villepin - simple nom d'une propriété d'un de vos ancêtres - précédé d'un petit de... Les outrecuidants ! La jalousie est un bien vilain péché et, quoi qu'il en soit, la noblesse de coeur et d'esprit habite Votre Simplicité qui irait jusqu'à s'abaisser, comme elle le confia à un journaleu, à baiser cette France de petite vertu qui Vous attend, les jambes écartées.

Mais nous ne pouvons consentir à cet abaissement, Votre Bonté. D'autant qu'il priverait la littérature française en général, et la poésie en particulier, de votre talentueuse plume. Aussi bernons-nous les sondeurs pour qu'ils Vous croient impopulaire. Les sots ! Et, si cela ne suffisait pas, notre tour viendrait de Vous offrir le sacrifice suprême : nous voterions pour vos adversaires à l'élection présidentielle.

Ainsi, Votre Divinité, Vous seriez enfin libérés de nous...

Saluez pour nous votre dame et votre descendance,

La France d'en bas

dimanche 14 mai 2006

In Memoriam

Il y a presqu'un an, le 1er juin 2005, voici comment j'accueillais, par un édito sur Yahoo! Actualités, la nomination de Villepin à Matignon :

L'hexagonale du fou

Il fallait oser ! Mais défier les lois de la gravité politique n'a jamais effrayé Jacques Chirac… Dominique Galouzeau de Villepin, flamboyant représentant de la France d'en haut, a été nommé premier ministre de l'après-29 mai. Un aristocrate qui n'a jamais daigné affronter le suffrage universel pour calmer une jacquerie électorale… Un énarque qui symbolise jusqu'à la caricature les élites françaises pour répondre à un ras-le-bol populaire… Un diplomate de carrière qui méprise les lois de l'économie pour sauver le modèle social français… Un poète de l'arrogance gauloise pour convaincre les autres Européens qu'un avenir commun est encore possible… Le Verbe s'était fait homme par volonté divine, le voilà chef de gouvernement par volonté chiraquienne. Don Quichotte s'installe à Matignon et les moulins à vent tremblent ! Certains de ceux qui l'ont approché le décrivent comme un doux illuminé ou un dangereux exalté. En tout cas, Super-éloquent, qui n'avait pas donné une nouvelle majorité parlementaire à Jacques Chirac avec la dissolution de 1997, pas empêché la guerre d'Irak, pas rétabli la paix civile en Côte d'Ivoire ni libéré l'otage franco-colombienne Ingrid Betancourt, etc., ne peut pas faillir dans sa nouvelle mission : terrasser le chômage et relever le pouvoir d'achat. En politique, il suffit de vouloir et d'agir, clame Dominique Galouzeau de Villepin. La France d'en bas s'excuse, mais elle croira surtout ce qu'elle verra. Et elle a l'humeur explosive. En donnant la boîte d'allumettes à un intellectuel, Chirac prend le risque que la fin de son mandat fasse boum !

samedi 13 mai 2006

Le coq autiste

Ah ! L'exception française... La lecture, ce vendredi, de la chronique de Mario Monti, ex-commissaire européen à la concurrence, dans Le Figaro, me fait découvrir avec un peu de retard les résultats d'un sondage qui fait des Français le peuple le plus réfractaire au monde au capitalisme. Extrait :

L'opinion publique française, de toutes celles des vingt pays sondés par GlobeScan, est la plus hostile à l'idée que «le système de libre entreprise et d'économie de marché est le meilleur pour l'avenir» (36% pour, 50% contre), alors que les opinions favorables sont largement supérieures en Russie (43%), en Italie (59%), en Allemagne (65%) en Grande-Bretagne (67%), aux Etats-Unis (71%) et en Chine (74%).

Résultats complets du sondage GlobeScan sur l'économie de marché