jeudi 05 octobre 2006

Aeschlimann, le remake

La semaine dernière, en lisant L'Express daté 28 septembre-4 octobre 2006, (l'édition précédant celle que vous pouvez acheter en kiosque à partir d'aujourd'hui), je me suis demandé si mon kiosquier habituel ne m'avait pas vendu un vieux numéro de l'automne 2005...

L'édition nationale de l'hebdomadaire publiait en effet, sous la signature de Philippe Bidalon, une enquête de trois pages titrée Aeschlimann L'étrange croisade d'un Sarko-boy, dont l'essentiel des révélations remontait à plus d'un an. Quant à l'édition des Hauts-de-Seine, elle consacrait sa couverture et huit pages supplémentaires à Asnières Le système Aeschlimann (cliquez ici pour télécharger ce dossier en PDF).

Ce retard à l'allumage de plus d'un an surprend d'autant plus que plusieurs blogs, dont Carte de presse, avaient multiplié, durant l'automne-hiver 2005, les dénonciations et révélations dans cette affaire, sans vraiment éveiller l'intérêt de nos prestigieux confrères de papier sur les tribulations, avec une supposée secte, de Manuel Aeschlimann, maire d'Asnières et conseiller pour l'opinion publique de l'UMP, donc de Nicolas Sarkozy... Le journaliste de L'Express Philippe Bidalon ne fait évidemment aucunement référence au rôle premier d'information qu'a joué la blogosphère sur ce sujet.

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mercredi 29 mars 2006

Les mollahs de la haine

Depuis que Mahmoud Ahmadinejad a pris ses fonctions de président de la République islamique d'Iran, le 3 août 2005, le petit fürher de Téhéran a édifié le monde entier par ses déclarations antisémites et négationnistes. A plusieurs reprises, il a qualifié la Shoah de mythe créé par les Occidentaux et il a appelé à la destruction d'Israël (qu'il voudrait tout simplement rayer de la carte), ou - dans ses moments de bonté - au déplacement de l'Etat hébreu en Europe, en Amérique du Nord ou en Alaska...

Au-delà des outrances haineuses du nouveau président élu d'Iran, pour comprendre la nature profonde du régime des mollahs, il faut s'intéresser au sort qu'il réserve, depuis la révolution de 1979, à une discrète minorité religieuse : les baha'is. Née en Perse au XIXe siècle, la foi baha'ie (1) compterait quelque cinq millions de fidèles dans 235 pays et territoires de la planète, dont cinq mille en France. La Communauté internationale baha’ie a, depuis 1948, le statut d’organisation non gouvernementale (ONG) auprès de l’Organisation des Nations unies.

Pourquoi s'intéresser aujourd'hui aux fidèles de cette religion peu connue ? Parce que les mollahs de Téhéran seraient en plein préparatifs de ce qui pourrait bien être une Nuit de cristal à l'iranienne. Et que, jusqu'à présent, les gouvernements et les médias occidentaux ne s'en émeuvent guère, à l'exception d'une administration Bush qui fait actuellement feu de tout bois contre le régime islamique.

D'après l'expert des droits de l'Homme de l'ONU, Asma Jahangir, le chef de l'Etat iranien, Ali Khameneï, aurait adressé une lettre confidentielle au chef d'état major des armées pour lui demander de ficher les quelque 350.000 baha'is vivant dans le pays. Dans ce courrier daté du 29 octobre 2005, il lui ordonnerait que les services de renseignement, la police et les gardiens de la révolution recensent dans le plus grand secret les fidèles du bahaïsme et surveillent leurs faits et gestes. Dans son communiqué du 20 mars dernier, Asma Jahangir craint que ce fichage annonce davantage de persécutions et de discriminations envers les baha'is.

Dans un texte adressé ce lundi à la presse, les baha'is de France ajoute que Kayhan, quotidien proche du pouvoir, a accusé les baha'is, dans les dernières semaines, d'être des ennemis de Dieu, de l'islam, des traîtres à la nation, des espions d'Israël et des suppôts de l'Occident. Sans oublier les accusations classiques d'immoralité et de moeurs sexuelles débridées.

Pour les baha'is, l'établissement de ce fichier et le climat actuel rappellent les campagnes qui avaient annoncé les précédentes vagues de répression massive contre eux. En particulier, celle de 1955, sous le Shah, puis celle de 1979, au lendemain de la révolution islamique : arrestations, tortures, exécutions, maisons et fermes détruites, biens confisqués, commerces et entreprises brûlés et saccagés, cimetières profanés et rasés, cercueils exhumés, monuments historiques et lieux saints confisqués ou détruits, fonctionnaires licenciés, retraités contraints de rembourser leurs pensions, enfants et jeunes renvoyés des écoles et universités.

Le 16 décembre dernier, le quotidien Le Monde avait publié un appel lancé par une quinzaine de scientifiques et d’intellectuels français en faveur des étudiants baha’is d'Iran qui n'ont pas le droit de s'inscrire à l'université en raison de leur confession. La Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH) avait lancé une pétition pour les soutenir.

Serait-ce parce que les baha'is, ces croyants profondément humanistes, resteraient par trop courtois, tolérants et pacifiques dans leurs protestations que la communauté internationale - les médias en particulier - resterait indifférente à leur sort ? Il serait temps que les gouvernements démocratiques, la France en tête, les défendent un peu plus énergiquement.

(1) Sans clergé, le bahaïsme s'organise sous la forme de conseils élus. Pour les baha'is, il n'y a qu'un seul Dieu, inaccessible, mais source d'inspiration ; les religions du monde sont des chapitres de l'éternelle révélation de Dieu aux hommes, et l'humanité, une seule race vouée à apprendre à vivre en paix. "La Terre n'est qu'un seul pays et tous les hommes en sont citoyens", selon leur fondateur. Source : les baha'is de France.

samedi 04 mars 2006

Ego, mon frère... :o)

Amis commentateurs, vous avez du talent et, surtout, de l'humour. C'est ce qui nous sauvera tous ! De quoi ? C'est une autre question, un peu secondaire... :o))) Alain

"Carte de Presse", Café de la Presse
Tous les matins j'y viens
M'accouder au comptoir, prendre un petit noir,
Hertoghe est le patron, tous les jours que les Dieux font,
Hertoghe est le patron, Hertoghe sert des canons,
Des liqueurs douce-amères ou des histoires de guerres
A des clients bougons qui lui disent oui ou non,
Le café n'est pas grand, il se remplit très vite
Le ton monte souvent...
Vous voulez savoir la suite...
De boxe chaussez vos gants
Chers amis pugilistes
Car sur "Carte de Presse" c'est Hertoghe le patron,
Cachez donc vos faiblesses et...
N'ayez pas peur des gnons.

Francois Chicoree

Le grand soleil, suspendu dans l’abîme,
Guette anxieux derrière les cimes,
Jaloux, l’éveil matinal, flamboyant,
De l’astre qui dans un instant
Sortant du sommeil tout illuminé
Ternira sa splendeur pendant toute la journée.

Le ciel voit paraître enfin ce demi-dieu,
puis contemple ses traits, clairs et argentés
et admire ce reflet au fond de ses yeux bleus
éclater tout l’azur de sa divinité.

L’Etna dort, et ainsi cette puissance
Attends calme et sereine, patiente
Que son déluge fécond et d’abondance

Coule et se déverse en lave bouillonnante ;

Voici ! Les premiers mots arrivent, inouïs !
Ainsi le premier post jaillit, en gerbes,
En éclairs, en étoiles, en comètes éblouies,
Laissant sur le monde ses traces superbes ;

Oui ! ses posts que nul Verbe ne dépasse,
D’ironie impitoyable, de vérité profonde,
Sont la marque des Génies, des Tasse,
Venus et destinés pour apostropher le monde ;

Il aime le vol indépendant, les hauteurs,
Et malgré ces temps de grippe aviaire,
Où il n’est pas bon de s’élever dans les airs,
Il ne redoute ni ne craint le plomb du chasseur ;

Pourtant il à connu son chemin de Croix,
Qu’importe ! Cet exil bien qu’il fut amer
Jamais ne put tarir la clameur de sa voix,
Jamais rien, ni personne, ne put le faire taire ;

Jetant son dévolu sur la misère du Web
Sur ces lieux asservis, continuellement soldés
Sur ceux qui n’ont fait que se donner des rides
En tentant vainement d’avoir une pensée ;

Il a magistralement donné une leçon
A tous ces insipides et médiocres blogueurs
A ces ridicules et comiques avortons
Sur la facile beauté d’un travail sans sueur ;

Il a déclamé sur les écrans et toutes les ondes
De tels trésors de culture et de cogitation
Qu’on a pu voir frémir à la première seconde
Les savants et les érudits de toutes les nations ;

Effaçant d’une simple phrase mille banalités,
Montrant le vrai là où il n’y a que du délire,
Répondant à la bêtise par un joli sourire,
Bref ! déjà sur le socle de la Postérité ;

Oui ! mes amis ! il en a fait une puissante drogue
De cet espace habité, de son merveilleux blog,
Ce journaliste, écrivain, essayiste, humanologue,
Cet enfant chéri des nymphes et de l’Elysée : ALAIN HERTOGHE.

Sito

C’est quoi un blogue ?
Ce blogue où je débarque ?
Les journaleux d’Europe 1
Ont interviewé notre Alain
Qui dit qu’ici c’est vraiment bien,
On y serait libre d’y échanger ?!
Ici les dés s’raient pas pipés !
C'est un espace de liberté !

N’y a t-il que nous dans l’univers
A déclamer à l’unisson,
Nos doutes et nos passions ?
Et pas toujours avec raison
Sur le blog de ce garçon.

Où es tu Dieu ?
Allah pêche, mais Yahvé pas de poisson !?
Tu joues aux cartes avec tes potes ?
Tu joues au craps, à la belote ?
Sur ce blog on t’oublie souvent,
Car certains pensent que tu es néant !
D’autres veulent te rappeler,
Et à nous souhaitent t’imposer.
Voudraient-ils juste nous baiser ?
On n’est pas dupe, ni méchant,
On n’achète pas not’ consentement.
Chicoree lui veux prendre une cuite,
Et nous on ne prend pas la fuite,
Nous sommes le dernier rempart
Devant notre verre de Ricard.
On s’engueule, on hurle, on rie,
Parfois le soir jusqu’à pas d’heure,
Ensuite on mange un jambon beurre,
En buvant un verre de Brouilly,
Puis c’est l’heure d’aller s’coucher,
Et not’ cerveau de reposer.

On n’parle pas d’sexe, de cul, de boules,
Mais parfois partent des coups de boule,
Il manque souvent « Quelqu’un » de bien,
Pour naviguer sur ce machin.
On s’en fout on est beau on est laid on est con,
Cette liberté c’est notre raison,
Causes toujours tu m’intéresses
Avec tes mots comme des flèches.

Certains de nous font d’l’acid jazz
Et d’autres simplement des phrases,
Des hussards du vocabulaire,
Quand pour d’autres c’est juste l’enfer,
Ils ne font pas du Baudelaire !
Des mots des maux, parfois c’est beau,
Ça hurle ça crie ça vocifère,
Impossible de nous faire taire !
Des fois c’est trop c’est d’la philo,
Mais des fois c’est tellement idiot,
Qu’on dirait bien, d’un peu plus près,
Des supporteurs du PSG.

Merci Alain pour cet espace
Où quelques uns certes se prélassent,
Dégueulent leur haine ou leur amour,
D’un monde qu’ils n’comprennent pas toujours.

Vas y vas y, fait le poète,
D’aucuns diront que tu t’la pètes,
Mais j’te défie avec mon nom,
De faire une rime à la con.

GremlinZ64

Devant tant de talents que notre Maître inspire,
Je ne pouvais qu’offrir mon plus beau bêêêêlement.
Pas n’importe lequel, un bêlement d’Empire,
Car pour notre Héros, il n’est rien d’assez grand !

"Sito" que l’aube pointe, c’est l’ami "Chicorée"
Qui réveille "Lilas" "Matéo" et "Personne",
"Gremlin" et "Leonard", "Pierre" "Bala" et "Fradet",
Tous ceux qui à l’appel du Grand Gourou frissonnent !

A la carte on se presse pour lire le menu :
Un coup de chaud un coup de froid et on s’y colle,
La porte est grande ouverte, il n’y a pas d’intrus,
Le Roi seul peut soudain vous couper la parole.

Quand viennent les vacances il nous laisse la clé,
Et aussitôt parti, on craque, on se déchire,
Comme des garnements qu’on a abandonnés,
On ne reconnaît plus les bornes du délire.

Mais sans lui que le temps est long, et qu’il nous tarde
De retrouver son art, son humour, son génie !

Son absence nous pèse et l’humeur se lézarde,
Son retour est un astre à nos yeux éblouis !

Kanza

jeudi 02 mars 2006

Votre gouvernement idéal

J'ai trouvé assez amusante la proposition de GremlinZ64, postée mardi, de lancer un grand jeu sur le thème :

Ami électeur, compose ton gouvernement idéal !

Allons-y...

samedi 18 février 2006

Libérez l'expression ! (suite)

Reporters sans frontières (RSF) a lancé, vendredi 17 février, un appel et une pétition en faveur des journalistes emprisonnés et poursuivis dans l'affaire des caricatures de Mahomet.

"Quoique l’on pense des caricatures du prophète et de l’opportunité de les publier, il est absolument injustifiable que des journalistes soient actuellement détenus, poursuivis en justice ou menacés de mort, et que des publications soient fermées pour avoir reproduit ces dessins", dénonce le communiqué de l'association de défense de la liberté de la presse.

Rendez-vous sur le site de RSF pour lire le texte et signer la pétition.

Jeudi 16 février, "Carte de presse" avait déjà lancé un appel similaire à diffuser sur la blogosphère et à adresser aux autorités concernées :

Libérez l'expression !

Ce texte a été relayé par plusieurs blogs. Mais ce n'est pas suffisant ! L'écho rencontré tant par l'appel de "Carte de presse" que par celui de Reporters sans frontières reste pour l'instant trop faible. Or l'urgence aujourd'hui consiste à soutenir les plumes et les voix musulmanes indépendantes. Car elles ne risquent pas seulement des critiques ou des menaces. Leur liberté et leur sécurité sont en jeux.

Diffusons donc ces appels le plus largement possible sur Internet, et dans toutes les langues, à travers les blogs, les sites, les forums, etc., et appelons par ailleurs les médias classiques à les reproduire également.

jeudi 16 février 2006

Libérez l'expression !

Une actualité chasse l'autre. Déjà, les médias traditionnels parlent moins de l'affaire des caricatures de Mahomet. Nous, nous ne zappons pas. Montrons les vertus citoyennes de la blogosphère. Répandons l'appel qui suit, chacun en son nom propre, en l'amendant éventuellement.

A qui de droit :

Internaute et citoyen du monde, j'ai la conviction que le respect dû aux croyances religieuses des uns doit s'arrêter là où commence la liberté d'expression, de critique et d'humour des autres.

Je vous demande de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour faire cesser les menaces, les actes violents et les poursuites judiciaires à l'égard des auteurs des caricatures de Mahomet, publiées le 30 septembre 2005 par le Jyllands-Posten, ainsi qu'à l'égard des journalistes de ce quotidien danois et de tous les médias qui les ont ensuite reproduites.

Je vous demande précisément de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour mettre fin aux poursuites judiciaires, en France, contre le quotidien France Soir et l'hebdomadaire Charlie Hebdo.

Je vous demande plus particulièrement de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour obtenir la libération des personnes suivantes et/ou la fin des poursuites judiciaires engagées contre elles et/ou la levée de sanctions professionnelles prises contre elles :

Berkane Bouderbala et Damel Boussad (Algérie), respectivement directeurs d'Essafir et d'Errisala ;

Abdel Halim Akram Sabra, Yahya Al Aabed, Mohammed Al Asaadi, Kamal al Aalafi (Yémen), respectivement rédacteur en chef d'Al-Hourriya, journaliste et rédacteur en chef du Yemen Observer, rédacteur en chef d'Al-Raï Al-Aam ;

Djihad Momani, Hicham al Khalidi (Jordanie), respectivement rédacteurs en chef de Chihane et d'Al-Mahwar ;

Et de tous les autres qui, dans l'avenir, seront inquiétés pour avoir publiés des caricatures de Mahomet.

Je vous demande enfin de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour le droit de publication et de libre circulation de par le monde des périodiques ayant reproduit ces dessins.

Merci d'avance pour vos démarches. Librement vôtre,

Alain Hertoghe

mardi 14 février 2006

Si Cuba m'était conté...

Une fois n'est pas coutume, je vous propose le bouleversant témoignage de Sito, un des plus fidèles commentateurs de "Carte de presse", sur son expérience de plusieurs années dans l'île du bon Dr Castro

*****

Je suis arrivé à Cuba en mai 2001. Je vais y passer trois ans, jusqu'en 2004. Je suis arrivé de nuit et, en entrant à La Havane, avec le taxi qui me conduisait à l’hôtel, ma première impression fut d’entrer dans une ville récemment bombardée. Une ruine (...)

L’immobilité, la paralysie, la stagnation, c’était cela qui avait détruit cette ville, c’est cela que j’ai pensé dès les premières minutes. Pas besoin de démolir une maison pour la détruire, il suffit de l’abandonner à son sort, lentement, mais sûrement, elle s’écroulera. On peut faire exactement la même chose avec les humains. Et des mois après, c’est cela qui m’apparut dans toute son horreur, ce système n’avait pas besoin de tuer en masse ces opposants, il suffisait de les abandonner, de les écarter de la vie, de les rejeter dans une non-vie pour qu’ils meurent bien lentement, bien sûrement et bien à l’abri des regards réprobateurs.

Une maison qui tombe en ruine, abandonnée, et un être qui tombe à petit feu, abandonné, meurent tous deux de leur belle mort, sans que rien ni personne ne puisse être accusé ou en porter la responsabilité. Voilà un crime qui passe inaperçu. Un crime parfait. Supprimez à un individu toute vie sociale, travail, maison, amitiés, relations, éloignez de lui jusqu’à sa propre famille, maintenez-le dans un isolement complet, avec interdiction de sortir de ce trou qu’on a creusé pour lui, même de se déplacer sans autorisation jusqu’à la ville voisine, avec les pires difficultés pour qu’il puisse se faire soigner ou pour donner à ses enfants une éducation scolaire ou universitaire, enlevez-lui jusqu’à sa maison sous prétexte que tout appartient à l’Etat, et vous aurez réussi à tuer un être humain au compte-gouttes mais aussi efficacement que si vous lui aviez mis une balle dans la tête, avec cet avantage que personne ne saura que vous l’avez tué. Il sera mort tout seul (...)

Je suis là seulement depuis quatre ou cinq jours, je me trouve dans une sorte de bar et une jeune fille de 15, 16 ans vient s’asseoir avec moi. En parlant avec elle, je comprends qu’elle a faim (...) Je commande un poulet frit (...) Elle mange, heureuse, elle me dit qu’il y a très longtemps qu’elle ne mangeait plus de poulet. Elle aimerait quelque chose qu’elle n’a jamais goûté, elle voudrait savoir comment c’est. Je lui demande "Quoi ?". Des pommes, elle a vu des pommes dans une boutique à côté, on n’en voit jamais, elle voudrait en goûter une. On va en acheter, elle n’a pas mangé tout le poulet, elle en emmène pour sa famille. C’est la première fois que cette jeune fille cubaine mange une pomme dans sa vie. Je ne peux pas vous parler de ce que j’ai ressenti, ni elle non plus. Ce jour-là, cette minute-là, j’ai juste compris (...)

J’ai honte. J’écoute le discours d’Ignacio Ramonet à la télévision cubaine… Honte qu’un vulgaire dictateur, propriétaire de onze millions d’êtres humains, se glorifie de la venue du directeur du Monde Diplomatique à Cuba, et que celui-ci lui cède les droits d’auteur de son livre Propagandes silencieuses. Un livre où l’auteur nous parle d’endoctrinement, de réduction de liberté, de manipulation, de propagandes insidieuses et qu’il vient présenter dans une des dernières dictatures totalitaires, qui justement se gave de tout ce qu’il dénonce (...)

Arrivé sur l’île, après un court séjour à Paris, j’attends de rencontrer un de mes amis, artiste-peintre. On m’annonce qu’il est mort d’une crise cardiaque. A 34 ans. Jamais souffert de la moindre pathologie. Les amis me précisent d’un air entendu qu’il venait d’être arrêté par la police et qu’il est mort en prison. Mort de mort naturelle, crise cardiaque.

Je me rappelle alors qu’avant que je parte, il était venu me voir pour que je l’aide à obtenir le papier officiel lui permettant de quitter l’île. Il savait comme moi que c’était pratiquement impossible, mais il voulait voyager, voir autre chose, me disait-il, il espérait (...) il se savait traqué. Arrêté pour avoir soi-disant détourné l’argent de la société de décoration qu’il gérait depuis des années. En fait parce qu’il avait des activités dissidentes (...)

Et mon ami A., interrogé pendant des semaines dans la prison de la sécurité d’Etat de La Havane, à Villa Maristas. Membre d’organisations clandestines et interdites, il fut systématiquement torturé. Aucune trace de sévices, les méthodes sont bien au point. Il n’a pas pu ni voulu tout me dire de ce qu’il avait vécu là-bas. Quand je le vis, il était anéanti. Il pleurait sur mes épaules en se rappelant ce qui lui avait été fait (...) Il arrivait chez lui certains jours et sa porte d’entrée était fracassée. Ils étaient venus tout fouiller. Il ne mettait plus de serrure à sa porte, la laissait ouverte (...)

Il devait constamment se rendre à La Havane pour des contrôles et lui était interdit de quitter, non pas la ville, mais son quartier. Pour tout déplacement en dehors, il devait demander une autorisation. Les vacances avec ses enfants à Guantanamo, où sa femme avait de la famille, impossible, autorisation refusée. Je parle de la ville de Guantanamo, non de la base américaine, je parle d’un lieu misérable, abandonné du monde, où survit une population indigente. Car, à côté des détenus de la base américaine, il y a des détenus beaucoup plus nombreux et totalement innocents, dont le seul crime est de demander la liberté (...)

J’ai envie de pleurer (...)

Par Sito

Cliquez sur ce lien pour lire le témoignage complet

jeudi 19 janvier 2006

Censure à l'AFP (suite 2)

Nouvel épisode dans l'affaire Elahi, du nom de cette fondation accusée d'être une secte par le député-maire UMP d'Asnières (Hauts-de-Seine), Manuel Aeschlimann (lire Censure à l'AFP, 20 décembre 2005).

Mardi dernier, la liquidation judiciaire de la société Mayetic, spécialiste français du travail collaboratif, a été prononcée. Son président-fondateur, Bruno de Beauregard estime que son entreprise a été victime d'une campagne de diffamation initiée par Manuel Aeschlimann et associant Mayetic à la Fondation Ostad Elahi. Bruno de Beauregard anime aussi une association de quartier d'Asnières en conflit avec la mairie...

Sur son blog, Miguel Membrado, cofondateur et directeur général de Mayetic, revient sur cette liquidation. Sidérante affaire...

dimanche 08 janvier 2006

Liberté chérie !

Bernard Planche, 52 ans, pris en otage en Irak depuis le 5 décembre, est libre depuis samedi. C'est à un poste de contrôle tenus par des soldats américains et irakiens que s'est terminée son épreuve. Il rejoindra bientôt la France, son frère Gilles, sa fille Isabelle...

Le président de la République, Jacques Chirac, "remercie les forces de la coalition qui ont permis cette libération" et "exprime sa reconnaissance à tous ceux qui se sont mobilisés".

mercredi 04 janvier 2006

Bernard Planche (suite)

Le cyber-appel à libérer Bernard Planche, otage français en Irak, se répand sur la blogosphère. Voici une première liste, non exhaustive, des sites et des blogs (avec lien cliquable) sur lesquels il a déjà été relayé :

Agoravox (le média citoyen), Yahoo! Actualités (avec annonce en page d'accueil), LeMonde.fr (dans la Check-list de son Edition abonnés du 4 janvier), NouvelObs.com (avec un lien sur une page spéciale), A l'heure américaine (le blog de Pascal Riché et Laurent Mauriac, correspondants de Libération aux Etats-Unis), et...

... L'autre monde, The Benito Report, Us in USA, Journal d'un écolo du 93, Captain Rocket, Carnets critiques, Le journal d'une Cantilienne, adrenaline.addict, Forum Politique Actualité, La Nanosphère, Nypleusement votre, rebelle, Chroniques de l'extrême-centre, Comme chien et chat, Le blog irrévérencieux mais réaliste..., Le Blog-notes de Jérôme Charré, Sarkozynews, Reviens Jospin, Les Jeunes Populaires de la 7° circonscription de Paris Nadine Jeanne, élue socialiste de Puteaux, Interparlementaire OutreMer Française, in-nocence, Subversiv, Liberté Chérie (Nancy), erictouati, UDF Aulnay-sous-Bois, Utopies, Eric Mielke élu local, Zataz, Danslevif, Le blogtimiste, L'étoile de Normandie, Trasimarque, Le Blog de Christophe Dansette...

D'autre part, le quotidien Metro signale l'appel en page 2 (rubrique On the blog) de son édition du 5 janvier.

Par ailleurs, de nombreux internautes ont déjà signalé à l'adresse liberation.planche@yahoo.fr qu'ils avaient envoyé cet appel par e-mail à leurs listes de contacts...

Merci à tous ceux qui se sont déjà mobilisés, c'est encourageant ! Mais il faut continuer, car la blogosphère est vaste et, surtout, Bernard Planche passe, ce 5 janvier, son premier mois en captivité...

PS : Bien que posté le 4 janvier, ce bilan sera actualisé au fur et à mesure dans les jours suivants.

mardi 03 janvier 2006

نداء للإفراج عن بيرنار بلانش

Photo_b_planche_arabe_1

نداء للإفراج عن بيرنار بلانش

نحن المواطنون ومستعملو شبكة الإنترنت، ندعو إلى الإفراج الفوري عن بيرنار بلانش المحتجز ظلما في العراق منذ 5 ديسمبر 2005.

نعبر لعائلته وأصدقائه عن تعاطفنا الصادق أمام هذه المحنة.

ندعو الجميع (سلطات عمومية ودينية، سياسيون، مؤسسات تعليمية، وسائل إعلامية، فنانون وغيرهم) إلى التنديد باختطاف بيرنار بلانش، والمطالبة بإخلاء سبيله واتخاذ مبادرات ملموسة تضامنا معه ومع عائلته.

ندعو رئيس بلدية باريس بيرتران دولانويه إلى إلصاق صورة كبيرة لبيرنار بلانش على واجهة مبنى البلدية كما حدث ذلك مع الصحفيين كريستيان شينو، وجورج مالبرونو وفلورانس أوبيناس.

نشجع كل المواطنين ومستعملي شبكة الإنترنت على إيصال هذا النداء إلى العالم كله وبكل اللغات وتكثيف مبادرات التضامن العلنية.

وإلى الذين يحتجون بيرنار بلانش والذين سيقرؤون هذا النداء باللغة العربية آجلا أم عاجلا نقول: باسم الإنسانية التي تنتمون إليها، أعيدوا ذلك الإنسان الذي أخذتم منه حريته إلى أهله.

Nous, citoyens et internautes, appelons à la libération immédiate de Bernard Planche, détenu injustement en Irak depuis le 5 décembre 2005.

Nous exprimons à sa famille et à ses amis notre sincère sympathie dans cette épreuve.

Nous prions chacun (autorités publiques et religieuses, hommes politiques, établissements scolaires, médias, artistes, etc.) de condamner l'enlèvement de Bernard Planche, d'appeler à sa libération et de prendre des initiatives concrètes de solidarité avec lui et avec sa famille.

Nous demandons tout particulièrement à Bertrand Delanoë, maire de Paris, d'afficher au plus vite un portrait géant de Bernard Planche sur la façade de l'Hôtel de ville, comme cela avait été fait pour les journalistes Christian Chesnot, Georges Malbrunot et Florence Aubenas.

Nous encourageons tous les citoyens et tous les internautes à relayer, grâce à Internet, cette appel dans le monde entier et dans toutes les langues, ainsi qu'à multiplier les démarches publiques solidaires.

Quant à ceux qui détiennent Bernard Planche, et qui liront tôt ou tard cet appel en langue arabe, nous en appelons à leur humanité pour qu'ils rendent à sa famille l'être humain qu'ils privent injustement de sa liberté.

Appel lancé le 2 janvier 2006 (cliquez ici pour plus d'informations)

lundi 02 janvier 2006

Appel pour Bernard Planche

Amis blogueurs, commentateurs de "Carte de presse" et internautes en général, je vous propose, pour la toute première fois, de démontrer la puissance citoyenne de la blogosphère pour la libération d'un otage.

Comme je vous l'expliquais dans mon post "Otage de seconde zone" (pour le relire, cliquez ici), Bernard Planche, 52 ans, employé d'une ONG peu connue du grand public et père de famille, a été enlevé à Bagdad le 5 décembre dernier. Sa vie a été ouvertement menacée par ses geôliers. Sa fille et son frère ont lancé un appel à sa libération.

Presque un mois après cet enlèvement, Bernard Planche ne bénéficie nullement d'un mouvement de solidarité comparable à ceux qui s'étaient magnifiquement manifestés pour les journalistes français Christian Chesnot (RFI), Georges Malbrunot (Le Figaro) et Florence Aubenas (Libération) quand ils étaient eux-mêmes otages. Ni à celui qui se manifeste encore pour la femme politique franco-colombienne, Ingrid Betancourt.

Ni ami des puissants ni représentant d'un média connu, Bernard Planche n'a droit qu'au minimum syndical de la solidarité. C'est affligeant. Mais nous pouvons faire quelque chose.

Aussi je vous propose, chers blogueurs et internautes, de nous bouger, de montrer nos muscles citoyens, de prouver notre utilité démocratique !

Comment ? En faisant vôtre et en diffusant en France, dans le monde entier et dans toutes les langues possibles, l'appel ci-dessous par blog, forum, chat, e-mail, etc. interposés :

" Liberté pour Bernard Planche !

" Nous, citoyens et internautes, appelons à la libération immédiate de Bernard Planche, détenu injustement en Irak depuis le 5 décembre 2005.

" Nous exprimons à sa famille et à ses amis notre sincère sympathie dans cette épreuve.

" Nous prions chacun (autorités publiques et religieuses, hommes politiques, établissements scolaires, médias, artistes, etc.) de condamner l'enlèvement de Bernard Planche, d'appeler à sa libération et de prendre des initiatives concrètes de solidarité avec lui et avec sa famille.

" Nous demandons tout particulièrement à Bertrand Delanoë, maire de Paris, d'afficher au plus vite un portrait géant de Bernard Planche sur la façade de l'Hôtel de ville, comme cela avait été fait pour les journalistes Christian Chesnot, Georges Malbrunot et Florence Aubenas.

" Nous encourageons tous les citoyens et tous les internautes à relayer, grâce à Internet, cette appel dans le monde entier et dans toutes les langues, ainsi qu'à multiplier les démarches publiques solidaires.

" Quant à ceux qui détiennent Bernard Planche, et qui liront tôt ou tard cet appel en langue arabe, nous en appelons à leur humanité pour qu'ils rendent à sa famille l'être humain qu'ils privent injustement de sa liberté. "

Quelques suggestions : Au-delà des blogs et de leurs commentaires, des forums, des chats et des e-mails aux médias, aux maires et aux députés entre autres, voici quelque adresses web où envoyer par exemple cet appel (via les formulaires de contact habituels) :

L'Elysée : http://www.elysee.fr/

Matignon : http://www.premier-ministre.gouv.fr/

Le ministère des affaires étrangères : http://www.diplomatie.gouv.fr/

La mairie de Paris : http://www.paris.fr/

Libération : http://www.liberation.com/

Le Figaro : http://www.lefigaro.fr/

RFI : http://www.rfi.fr/

mercredi 28 décembre 2005

Censure à l'AFP (suite)

Dans Libération, Renaud Lecadre revient sur le conflit qui oppose le député-maire d'Asnières, Manuel Aeschlimann, à la Fondation Ostad Elahi que l'élu UMP accuse en substance d'être une secte (pour lire cet article, cliquez ici). Mais, curieusement, le quotidien de Serge July ne souffle mot du sort réservé par la direction de l'Agence France-Presse à une dépêche de son correspondant dans les Hauts-de-Seine accablante pour le maire d'Asnières. Une censure révélée la semaine dernière par "Carte de presse".

Pour lire l'article "Exclusif : Censure à l'AFP", cliquez ici ; pour lire la réponse de Manuel Aeschlimmann à "Carte de Presse", cliquez ici.

mardi 20 décembre 2005

Manuel Aeschlimann réagit

Le député-maire UMP d'Asnières-sur-Seine, Manuel Aeschlimann, a désiré réagir à l'enquête "Censure à l'AFP" le mettant en cause et mise en ligne ce matin sur "Carte de presse". Voici l'intégralité du texte qu'il nous a adressé :

" Mise au point de Manuel Aeschlimann

Monsieur,

J'ai pris bonne note de votre article intitulé "Censure à l'AFP". Vous y exprimez un point de vue personnel, qui, je le sais, est partagé par la Fondation Elahi. L'avenir nous dira si vous aviez raison ou tort.

En attendant, concernant la fameuse dépêche AFP dont vous supposez qu'elle a été censurée, je ne peux que vous confirmer ce que je vous ai bien volontiers dit au téléphone :

Tout d'abord, la dépêche que vous évoquez daterait du 29 octobre selon vos écrits. Je n'ai aucune raison de mettre cela en doute. Le 9  novembre dernier, j'apprends par l'intermédiaire de notre avocat, que des responsables de la Fondation Elahi ont montré un projet de dépêche AFP au Président de la Cour d'Appel de Versailles dans le cadre d'un conflit opposant ladite fondation à l'un de mes Maires-adjoints. Dès lors, je contacte le Président de l'AFP, puis Monsieur Taillefer, le directeur de l'information, afin de leur demander s'ils ont connaissance d'une dépêche signée Marc Bastian et datée de fin octobre, car moi je n'en ai pas connaissance. Après vérification de leur part, on m'informe qu'il s'agit d'un projet de dépêche, jamais paru. Je demande alors pour quelle raison ce projet est entre les mains des dirigeants de la Fondation Elahi. On me rapporte que celui-ci leur a été transmis par Monsieur Bastian « pour avis ». Je demande si cela est une pratique courante de faire valider ainsi un projet de dépêche par une des parties concernées. On me répond que non, bien évidemment. Je demande pourquoi ce projet - dont je ne connais pas le contenu - n'a pas été validé par l'AFP ? On me répond qu'il a été retoqué pour des raisons de fond. Je m'étonne en tout cas que sur un sujet si sensible - la mise sous surveillance d'un groupe par la Mission de Vigilance sur les Dérives Sectaires -  un projet de dépêche ait été soumis avant parution aux dirigeants dudit groupe. Il serait intéressant, cher Monsieur Hertoghe, que vous vous posiez aussi cette question.

Je sais que dans des affaires complexes telles que nous la vivons au sujet de la Fondation Elahi, des tentations existent de considérer que les hommes politiques sont par nature méchants, fourbes et manipulateurs. Mais la vérité n'est pas toujours à sens unique. Veuillez simplement considérer que l'action de ces personnes ne se limite pas à Asnières et à des questions d'urbanisme. Je sais qu'ils se retranchent depuis longtemps derrière cette soi-disant opposition locale pour donner à penser que nous avons des comptes politiques à régler avec eux. Cet écran de fumée ne tient pas.  Et que dire alors de leur action aux USA, en Grande-Bretagne, en Italie et en Iran ? Que dire du Mausolée qu'ils ont construit dans le Loir et Cher ? Suis-je Maire de New York, Londres ou Rome ? Comprenez que le sujet va bien au-delà d'Asnières et que des questions se posent au-delà de nos frontières. Sans réponses pour l'heure. Mais pourquoi ne pas les poser librement ?

Enfin, concernant M. Samali, ancien membre dont vous semblez douter de la franchise, je vous invite à attendre les suites judiciaires de ses plaintes avant de vous prononcer ainsi. Là encore, nous verrons bien, sans préjuger de rien. Libre à vous de considérer que cet homme est « providentiel ». Il existe, il témoigne. Ecoutons ce qu'il exprime. La justice fera le reste.

La suite des événements vous amènera à constater - et j'espère que vous le ferez avec la même détermination - qu'il n'y a eu ni censure, ni manipulation. Il n'y a eu qu'une volonté, de la part d'élus, de demander aux pouvoirs publics de faire toute la transparence sur l'action d'un groupe de personnes aux multiples facettes.

Je m'en remets aux instances compétentes pour traiter ce problème.

Bien à vous.

Manuel Aeschlimann "

PS : Je ne désire pas polémiquer avec Monsieur Aeschlimann. Mais je n'accepte évidemment pas que mon enquête de journaliste indépendant et l'article qui en a résulté soient qualifiés de simple "point de vue personnel". Et je tiens à rassurer le député-maire d'Asnières: je n'ai ignoré durant mon enquête aucune des questions qu'il m'invite à me poser. Les réponses qui m'ont été apportées ne remettent toutefois pas en cause, à mes yeux, la conclusion de mon article. Alain Hertoghe

Exclusif : Censure à l'AFP

Nicolas Sarkozy a-t-il eu la main heureuse en nommant le fringuant député-maire d'Asnières-sur-Seine, Manuel Aeschlimann, "Monsieur opinion publique" de l'UMP ? Au vu de son brillant curriculum vitae de météorite politique et du rythme auquel il envoie au patron du parti majoritaire des notes affûtées sur les attentes des Français pour 2007, certainement.

Mais l'actuel ministre de l'intérieur et futur candidat présidentiel sera peut-être surpris d'apprendre que sa nouvelle recrue ne se limiterait pas à étudier l'opinion publique. L'élu d'Asnières (Hauts-de-Seine) aurait aussi tendance à la manipuler quand il ressent le besoin de mettre au pas une opposition locale trop remuante à son goût.

"Carte de presse" a en effet appris qu'une dépêche de l'Agence France-Presse (AFP), au contenu très contrariant pour Manuel Aeschlimann, avait été victime de ce qui ressemble furieusement à une censure. Et le député-maire d'Asnières, sa réputation de Sarko boy, ainsi que sa manie des plaintes en diffamation ne seraient pas pour rien dans la "courageuse" décision de la hiérarchie de l'AFP de garder sous le coude la désobligeante enquête.

Interrogé par "Carte de presse", l'auteur de l'article en question, Marc Bastian, correspondant de l'AFP pour les Hauts-de-Seine, s'est limité à un simple et bref "pas de commentaire". Manuel Aeschlimann, pour sa part, nous a confirmé avoir évoqué la dépêche préparée par Marc Bastian avec Pierre Taillefer, le directeur de l'information de l'AFP. Ce que reconnaît ce dernier. Mais le numéro deux de l'agence, également interrogé par "Carte de presse", dément par contre toute censure. Et il rejette tout lien entre sa discussion avec le maire d'Asnières et la décision de "passer à la trappe", selon sa propre expression, l'enquête prête à être diffusée sur le fil de l'AFP dès le 29 octobre dernier.

Mais revenons d'abord un peu en arrière pour tenter de comprendre le funeste sort réservé à cette dépêche.

Le 22 octobre dernier, le quotidien Le Monde publiait deux articles sur ce qui allait rapidement devenir "l'affaire Elahi" dans les médias. Le journaliste Gérard Davet y révélait que la Direction centrale des renseignements généraux (DCRG) et la Direction de la surveillance du territoire (DST) avaient dans leur ligne de mire une "organisation Elahi". Dans une note datée du 7 septembre, la DCRG qualifiait en substance de secte cette nébuleuse mystico-religieuse d'origine iranienne, basée à Asnières, qui essayerait d'infiltrer les institutions municipales. Rien que cela ! Voilà une note des RG tombant comme pain béni pour Manuel Aeschlimann qui dénonçait justement depuis un moment les agissements du supposé gourou Bahram Elahi, un de ses administrés, et de sa supposée secte. (Pour plus de détails, lire les articles du Monde en cliquant ici)

Mais le journaliste du Monde a négligé d'informer ses lecteurs du fait que le maire d'Asnières avait un ancien et lourd contentieux, sur des questions d'urbanisme, avec des associations de quartier dont certains animateurs étaient également membres de la Fondation Ostad Elahi, sise à Paris et présidée par son fils, le "gourou" Bahram Elahi. De là à imaginer que Manuel Aeschlimann pourrait avoir eu intérêt à intimider des associations locales flirtant de plus en plus avec son opposition municipale, il n'y a qu'un pas franchi sans hésitation par Luc Bérard de Malavas. "La polémique récente autour de la Fondation Ostad Elahi est une machination politique venant de l'UMP", a déclaré à l'AFP le président du groupe socialiste au conseil municipal d'Asnières. Ambiance !

L'histoire de la menaçante "organisation Elahi" révélée par Le Monde allait en tout cas rapidement connaître un franc succès dans les médias (AFP, FR3 Île-de-France, Canal Plus, 20 minutes, Marianne...). Parfois agrémentée du terrifiant témoignage d'un supposé ex-adepte, Mohammad Farshid Samali, affirmant avoir les tueurs d'Elahi aux trousses. Aux journalistes qui s'informent à la mairie d'Asnières sur cette affaire, Manuel Aeschlimann ou son directeur de cabinet, Francis Pourbagher, propose en effet, outre un volumineux dossier à charge contre la "secte", une rencontre avec ce témoin providentiel...

Alors que contient donc de si dérangeant, pour l'élu d'Asnières, l'article qui n'est pas devenu jusqu'à ce jour une dépêche officielle de l'AFP ? Selon les informations de "Carte de presse", cette enquête nous apprend, sources de haut niveau à l'appui, que la communauté française du renseignement n'a mené en réalité aucune investigation sur ladite "organisation Elahi". Plus étonnant encore : les auteurs de la note des RG citée par Le Monde assurent que son inspirateur ne serait autre que... Manuel Aeschlimann lui-même.

Susciter une note des RG, manipuler Le Monde et obtenir la censure de la contre-enquête de l'AFP : franchement, si tout cela est vrai, même pour un "Monsieur opinion publique", chapeau !

Le député-maire d'Asnières dément évidemment cette présentation des faits. Il jure ses grands dieux qu'il a appris l'existence de la note des RG en lisant Le Monde. D'autre part, selon lui, il a appelé Pierre Taillefer, le directeur de l'information de l'AFP, le 9 novembre dernier, parce que ses avocats venaient de lui apprendre que les conseils de la Fondation Ostad Elahi avaient utilisé la dépêche non publiée de l'AFP dans une procédure de justice les opposant. Toujours d'après Manuel Aeschlimann, le directeur de l'information lui a déclaré que la fameuse dépêche ne serait pas mise sur le fil AFP parce qu'elle n'était "pas équilibrée".

Pierre Taillefer ne veut ni confirmer ni démentir cette version de l'élu UMP. Mais il précise que l'article de Marc Bastian avait été "bloqué par son chef de service", avant l'appel de Manuel Aeschlimann, pour un "problème d'écriture" car il était "un peu ésotérique" et "compliqué à comprendre".

En l'état de ses informations, "Carte de presse" maintient toutefois sa conclusion qui contredit les versions du député-maire d'Asnières et du directeur de l'information de l'AFP : la dépêche, rédigée on ne peut plus clairement, a bien été victime d'une censure pour son contenu, suite à une intervention directe de celui qui aime à rappeler à ses interlocuteurs qu'il est proche de Nicolas Sarkozy et qu'il a d'excellents avocats experts ès diffamations...