lundi 05 septembre 2005

La faute à Bush

Le malheur (réel) des uns fait le bonheur (virtuel) des autres. Depuis l'arrivée du républicain texan George W. Bush à la Maison Blanche en 2000, à chaque nouvelle épreuve rencontrée par son administration, comme le passage du dévastateur cyclone Katrina, la "Schadenfreude" réapparaît chez ses détracteurs. Cette "réjouissance méchante" à l'égard des infortunes d'autrui, décrite par Arthur Schopenhauer, trahit l'espoir récurrent que l'insolent "cow-boy" morde enfin un jour la poussière. Mais si certains reproches adressés à Bush sont graves et justifiés, comme la fragilité prévisible des digues protégeant La Nouvelle-Orléans ou la lenteur et l'inefficacité de la réponse initiale du gouvernement fédéral, d'autres sont fantaisistes et mal intentionnés. Notamment le prétendu manque de moyens militaires disponibles en raison de la guerre d'Irak ou le racisme supposé de l'administration républicaine à l'égard de la population noire de Louisiane. Des accusations lancées par exemple par le cinéaste Michael Moore, l'Américain préféré des Français anti-américains. Par contre, n'est-il pas étonnant que le président Bush ait prêté si facilement le flanc à la critique en ne se précipitant pas, l'émotion en bandoulière, auprès des victimes de Katrina (en tout cas jusqu'à ce lundi) ? Il lui avait d'ailleurs déjà été reproché cet été de ne pas ouvrir la porte de son ranch à Cindy Sheehan, cette mère d'un soldat tué en Irak qui demandait à le rencontrer. Insensibilité ou pudeur ? En tout cas entorse aux règles du marketing politique moderne qui veut que les gouvernants réagissent à chaque drame humain en étalant, avant toute chose, leur compassion devant les caméras.

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lundi 29 août 2005

Abracadabra !

Soyons beau joueur ! Le premier ministre en a surpris plus d'un. Qui se serait attendu à autant de sobriété dans le discours, autant de modestie dans la méthode ? Pas l'auteur de ces lignes. En entrant à Matignon, Dominique Galouzeau de Villepin a sagement laissé le poète à la maison. Si l'Assurancetourix de la chiraquie pouvait durablement réprimer son penchant lyrique, tous les espoirs présidentiels lui seraient permis. Tout aussi surprenante a été la montée estivale de sa cote de popularité. Certes, les Français étaient heureux d'être en vacances, et plus heureux encore que les hommes politiques le soient. Mais qui aurait pensé, il y a trois mois, que près d'un Français sur deux se déclarerait, fin août, satisfait de l'action de Villepin ? Toujours pas l'auteur de ces lignes. Reste maintenant l'épineuse question des 100 jours et de la confiance retrouvée. L'échéance tombe le 8 septembre. Là, évidemment, cela va coincer… Quelle drôle d'idée a eu l'ami Galouzeau en se lançant un tel défi ! Mais, après tout, c'était son choix. Or, d'après le baromètre Ifop sur l'état d'esprit de l'opinion publique, publié ce dimanche par Ouest-France, la déprime est totale. A peine 30% des Français se déclarent optimistes pour l'avenir, deux fois moins qu'en janvier dernier. Et seulement 25% d'entre eux font confiance au gouvernement pour la lutte contre le chômage, son cheval de bataille. Plus que quelques jours à attendre pour découvrir les formules abracadabrantesques inventées par le premier ministre et ses griots pour prétendre que le contrat de confiance Villepin a été respecté...

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jeudi 21 juillet 2005

Au nom de l'Union

Ne pas céder. Rien. Jamais. Car, face au crime terroriste, le moindre signe de faiblesse prépare le crime suivant. Les nouvelles attaques contre Londres, ce jeudi, sont intervenues quinze jours après les attentats qui avaient fait 56 morts, le 7 juillet, dans la capitale britannique. Cette fois, heureusement, il n’y a pas de victime à déplorer. La réplique terroriste intervient deux jours après un ultimatum attribué à Al-Qaïda. Par ce communiqué, l’organisation djihadiste somme les gouvernements européens qui ont envoyé des troupes en Irak, mais aussi en Afghanistan, de les retirer d’ici un mois. Sous peine de nouveaux carnages dans des villes européennes. Le Danemark et l’Italie sont explicitement visés. Mais des soldats français participent à la guerre contre le terrorisme sur le sol afghan. L’heure n'est donc plus aux lâches petites spéculations sur les risques potentiels de voir son pays endeuillé. L’Union européenne se grandirait en honorant son nom. Les gouvernements d’Europe doivent faire preuve d’une unité sans faille. Egale à leur détermination. En reculant devant les assassins djihadistes et en retirant son armée d’Irak, suite aux sanglants attentats de Madrid de mars 2004, le peuple espagnol et le nouveau gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero avaient  implicitement encouragé les terroristes à frapper ailleurs. Une erreur tragique à ne pas répéter. Les 25 pays membres de l’Union devraient avoir le courage politique d’envoyer des troupes sous drapeau européen en Afghanistan et en Irak. Pour montrer que le chantage à la terreur est contre-productif.

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jeudi 14 juillet 2005

Chant du cygne

Le moulin à paroles tourne à vide. Pour sa onzième intervention du 14 juillet, Jacques Chirac a multiplié les certitudes éculées et les vœux pieux. Les Français sont "mieux placés" que les Britanniques, le modèle social français témoigne du "génie national", les pays étrangers "souvent suivent" quand la France propose, les "champions mondiaux" de la France, etc. Et puis, évidemment, relance, impulsion, incitation, innovation, etc. Nouvelles et fortes, comme il se doit… Après dix ans à l'Elysée, le président Chirac s'en tient à un discours surréaliste de simple survie politique. Pour tenter de tenir jusqu'en 2007. Les déroutes électorales, la claque des JO, la suprématie de Tony Blair, les déficits, la dette, le chômage : rien ne pousse apparemment le chef de l'Etat à douter de sa légitimité politique ou de celle de sa majorité. Jacques Chirac a choisi l'arrogance tranquille comme posture pour les deux prochaines années. Car il est arrogant avec les Français qui ne veulent plus de lui, avec les Européens qui n'en peuvent plus de lui, enfin avec les juges qui n'attendent plus que lui… Tiendra-t-il jusqu'à la fin de son mandat, une fois passée la fable des cent jours de Villepin pour rendre la confiance ? C'est possible, mais uniquement parce que ni la droite ni la gauche, chacune en travaux, ne sont prêtes à affronter une échéance électorale anticipée. Le règne chiraquien s'est de facto terminé le 29 mai dernier, avec l'échec du référendum européen. L'interrègne a commencé. Il sera interminable, ankylosant et douloureux pour la France et les Français.

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jeudi 07 juillet 2005

Du sang et des larmes

Les morts. Les blessés. Les handicapés à vie. Les endeuillés pour toujours. Les traumatisés à jamais. La peur pour tous. Hommes. Femmes. Enfants. La barbarie djihadiste a encore frappé. Les misérables comploteurs de l'ombre ont accompli leur lâche besogne après une préparation minutieuse dans leurs ateliers de la mort. Nous étions tous New-yorkais en septembre 2001, tous Madrilènes en mars 2004. Ce 7 juillet 2005, nous sommes tous Londoniens. A travers son peuple, c'était Tony Blair, président du G8 et de l'Union européenne, qui était politiquement visé. En plein sommet des grands de ce monde. Au lendemain de la désignation de Londres comme capitale olympique 2012. Cruel rappel que le totalitarisme djihadiste a déclaré la guerre à la civilisation. Car, aussi sournoise et épisodique soit-elle, c'est de guerre qu'il s'agit. Nous sommes en guerre. Les démocraties peuvent diverger sur la manière de mener ce combat long et difficile. Elles ne doivent pas, elles ne peuvent pas s'affaiblir en se divisant. C'est par l'union sacrée que les dirigeants du G8 réunis en Ecosse doivent répondre au défi terroriste. C'est par l'esprit de résistance et de solidarité que les citoyens doivent faire mentir les maîtres chanteurs de la terreur. Et appelons un chat un chat. Une fois pour toutes. Car on ne combat pas bien ce qu'on désigne mal. De New York à Londres, de l'Irak à Israël, de Madrid à Moscou, un terroriste n'est ni un résistant, ni un rebelle, ni un combattant, ni un activiste. Il a choisi le camp du crime de masse, du meurtre aveugle. Un terroriste est un terroriste. Un assassin est un assassin.

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mercredi 06 juillet 2005

Olympique Albion

Londres rit, Paris pleure. Londres chante, Paris se lamente. Londres danse, Paris se pétrifie. L'Histoire peut être cruelle avec un peuple. C'est le cas pour les Parisiens et les Français. Même s'il n'y a pas mort d'homme. Même si c'est, comme on dit, la dure loi du sport. Même si, à 54 voix pour Londres contre 50 à Paris, ce n'est ni Trafalgar, ni Waterloo. Mais le couperet est tombé. Brutal. Le Comité international olympique (CIO) a confirmé l'implacable règle du jamais deux sans trois. Car cela fait trois fois que la Ville lumière se voit refuser les JO. Et cela fera trois fois que Londres les organisera. Paris est-elle interdite de Jeux ? Difficile de ne pas le penser… L'amertume ne doit toutefois pas dicter notre conduite. Certes, un vent anglo-saxon souffle sur la planète. Bien évidemment, la déception est d'autant plus énorme que la victoire revient à la Grande-Bretagne, à Londres, à Tony Blair, à nos frères ennemis d'outre Manche. Of course, l'équipe parisienne a été extraordinaire, Bertrand Delanoë en tête. Le dossier Paris 2012 était formidable. Jacques Chirac a été courageux de s'exposer en allant à Singapour. Mais soyons fair-play ! Le dossier londonien était bon, lui aussi, sinon il n'aurait pas emporté la décision du CIO. Acceptons-la, avec humilité. Ne renonçons pas à présenter, une quatrième fois, la candidature de Paris. Et ayons surtout de la compassion en pensant à Jacques Chirac qui a appris la terrible nouvelle dans l'avion qui le menait de Singapour à Gleneagles, en Ecosse, où il sera l'hôte de Tony Blair pour le sommet du G8. Personne ne voudrait être à sa place…

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mardi 05 juillet 2005

Les Jeux nom de Dieu !

Membres du Comité international olympique, nous voulons les JO, nous avons besoin des JO, nous vous supplions de nous donner les JO 2012… Entendez-vous ? Pour nous, Parisiens et Français, c'est vi-tal !!! Londres, Madrid et New York sont des villes de pays qui ont une pêche d'enfer. Elles s'en passeront très bien. Moscou, laissez tomber, personne n'aurait de tout façon envie d'y aller. Mais Paris et la France rêvent d'une nouvelle heureuse, d'un projet fédérateur, d'un objectif mobilisateur… Car, du moteur franco-allemand au modèle social français, de la France d'en bas à la France d'en haut, nous sommes en panne sèche, en arrêt maladie, au bout du rouleau. La dépression collective nous guette. Alors offrez-nous l'occasion de rebondir, de redynamiser notre ego, donnez-nous un coup de fouet salvateur ! Cela fait trois fois que Paris se propose, deux fois que vous la recalez. S'il faut vous supplier à genoux, nous vous supplions à genoux. Mais nous ne vous le demanderons pas une quatrième fois. Nous avons notre dignité. Bertrand Delanoë le mérite. Ainsi que toute l'équipe du comité parisien de candidature. Et puis il y a ce pauvre Jacques Chirac… Si Paris échoue, vous savez que tout le monde au pays l'accusera d'avoir porté la scoumoune à la Ville lumière en se déplaçant en personne à Singapour. Cet homme a des torts, bien sûr, nous sommes les mieux placés pour le savoir. Mais ce camouflet serait trop cruel. Même son pire détracteur ne peut lui souhaiter si triste fin. Surtout si c'est pour offrir les Jeux à Londres, donc à Tony Blair, qui ne fait rien que l'embêter…

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vendredi 01 juillet 2005

Nouvelle frontière

A partir de ce vendredi, et pour six mois, Tony Blair sera le "président" des Vingt-cinq. Arrivera-t-il à redonner du tonus à une Union européenne aujourd'hui KO debout, après le rejet populaire franco-néerlandais de la Constitution et l'ouverture d'une grave crise intergouvernementale sur le budget futur de l'UE ? C'est tout le mal qu'il faut souhaiter au plus européen des premiers ministres que la Grande-Bretagne s'est donnée après son adhésion à la CEE en 1973. Depuis un mois, Blair a en tout cas bouleversé la donne. Il a d'abord suspendu le processus de consultation populaire outre-Manche. Ce faisant, il a été le premier dirigeant des Vingt-cinq à prendre acte concrètement du fossé existant entre les projets des élites de l'Union et les préoccupations de ses citoyens. Six des sept autres pays qui avaient également prévu d'organiser des référendums sur la Constitution européenne, lui ont emboîté le pas. Ensuite, au sommet de Bruxelles, Blair a refusé la tentative de Jacques Chirac de faire payer à la Grande-Bretagne la facture de son propre échec politique. Et il a profité de l'occasion pour poser brutalement la question de l'adéquation entre les orientations actuelles de l'UE et les défis de la mondialisation. Blair n'a certes pas le monopole de la bonne réponse, mais il s'agit bien de la seule interrogation qui vaille pour l'avenir immédiat des Européens. Après ses coups d'éclat, le "président" britannique de l'Union doit maintenant engager un débat constructif avec ses pairs, et ces derniers ne doivent pas se dérober. Car les Vingt-cinq réussiront ou échoueront ensemble…

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mercredi 29 juin 2005

Une sacrée injustice

Benoît XVI a un sens très sûr du marketing. En offrant aux fidèles la canonisation turbo de Jean-Paul II, il espère qu'un peu de la gloire du Pape polonais rejaillira sur lui. L'ex-cardinal Ratzinger en a bien besoin car, jusqu'à présent, ses faits, gestes et dires n'attirent guère l'attention. Certes, Karol Wojtyla mérite de devenir saint. Mais quelle injustice pour le petit peuple du Salvador qui attend depuis si longtemps la canonisation de son archevêque martyr, assassiné en 1980, alors qu'il célébrait la messe, par un tueur à la solde des militaires et des propriétaires terriens. Menacé de mort par les fascistes salvadoriens, Mgr Oscar Romero refusait de se taire devant l'injustice sociale et la répression barbare subies par les paysans de son pays. Il a payé de sa vie sa fidélité à l'option préférentielle pour les pauvres, doctrine officielle de l'Eglise. Or l'ouverture du procès en béatification de Mgr Romero aura attendu 13 années ! Et il aura encore fallu 12 autres années pour que sa cause saute l'obstacle de la Congrégation de la doctrine de la foi, dont le préfet n'était autre que le futur Benoît XVI. Le prélat d'Amérique centrale était trop progressiste à son goût. Par contre, l'opération "saint Jean-Paul II" a été rondement menée : des banderoles "Saint tout de suite !" déployées aux obsèques de Jean-Paul II par les Focolari, un mouvement proche de la curie romaine, à la décision de Benoît XVI de ne pas respecter la règle des cinq ans pour ouvrir le procès en béatification. Et voilà Karol Wojtyla dans l'antichambre de la sainteté, moins de trois mois après son décès…

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mardi 28 juin 2005

Tristes sires

François Hollande voulait jeter un pavé dans la mare en déclinant l'invitation à Matignon. Le premier secrétaire du PS n'aura fait que quelques ronds dans l'eau en dénonçant la banalisation du FN, également reçu lundi par Dominique de Villepin. Car sa posture morale n'a inspiré aucune autre formation politique… Il faut dire que tout le monde a compris, depuis les années 80, que l'extrême droite ne se combat pas efficacement par l'ostracisme, mais en répondant concrètement aux préoccupations de ses électeurs. Hollande est bien placé pour le savoir, lui qui était déjà premier secrétaire du PS en 2002, quand son candidat présidentiel a réussi la prouesse historique de se laisser devancer par Jean-Marie Le Pen au premier tour. Cela dit, il est évident que Villepin, candidat non déclaré à la candidature 2007, faisait un calcul politique en ouvrant sa porte au FN… pour plaire à ses électeurs. Il n'entend pas laisser le monopole de la séduction populiste à son rival, Nicolas Sarkozy, qui a récemment promis de "débarrasser la France des voyous", de "nettoyer au Karcher" les banlieues violentes et de "punir" les juges laxistes avec les récidivistes. Mais n'oublions pas non plus que le thème du rendez-vous de Matignon était l'avenir de l'Union européenne après le référendum du 29 mai. A cette occasion, Villepin pouvait-il recevoir les partis représentés à l'Assemblée nationale sans convier ceux qui, comme le FN, comptent des élus au Parlement européen ? En tout cas, l'incident Hollande, sujet de tous les commentaires lundi, aura démontré que l'avenir de l'Europe constitue le cadet des soucis des hommes politiques français…

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lundi 27 juin 2005

Nouveaux horizons

Mine de rien, nous voilà à J-81 au calendrier Villepin du retour de la confiance en France. Monsieur Cent-Jours a déjà dépensé un cinquième de son crédit-temps… Mais laissons lui le temps des vacances. A la rentrée, on verra bien si le poète éternellement bronzé de la France politique ressemble à quelqu'un qui a travaillé pour nous. Monsieur le premier ministre, bon courage ! et à J-15 (le 1er septembre, pour le reste du monde)… Mais tous les Français seront-ils au rendez-vous ? Rien n'est moins sûr. Car certains pourraient être tentés par le vent du large, après s'être fait remonter les bretelles pour le "non" à la Constitution par les autres Européens, sur les plages, dans les clubs de vacances et les campings de France et d'ailleurs. "Moi, je me tire d'ici !", entend-on d'ailleurs de plus en plus autour de soi. On hausserait les épaules si le Figaro Magazine du week-end n'avait pas consacré un dossier au "Boom discret des Français à l'étranger". D'après cette enquête, en dix ans, le nombre de compatriotes qui s'exilent a crû de 40%. Et cela s'accélère... Oups ! Ils auraient créé entre 100.000 et 250.000 entreprises à l'étranger. Re-oups ! Et je vous donne en mille les deux premières destinations de ces aventuriers : les Etats-Unis (282.000 expatriés) et la Grande-Bretagne (201.500). Ajoutez les 138.000 qui ont choisi le Canada, pour l'essentiel le Québec, cette Amérique qui parle français. Conclusion : les Français dynamiques votent avec leurs pieds pour le modèle anglo-saxon tant décrié dans l'Hexagone. Cherchez l'erreur…

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vendredi 24 juin 2005

Le moderne et le ringard

En réponse au vibrant credo de Tony Blair pour un renouveau européen, un discours chaudement applaudi jeudi par les eurodéputés de Bruxelles, Jacques Chirac a appelé à la rescousse la statue du Commandeur, le général de Gaulle. Quand le premier ministre britannique parle des défis de l'avenir, le président français invoque les épreuves du passé. Tout un symbole. Recevant à l'Elysée des anciens combattants de la France libre et de la Résistance, Chirac a remémoré l'esprit de l'Appel du 18 juin… avec cinq jours de retard. A une semaine du début de la présidence britannique de l'Union, le 1er juillet, Blair a défendu et illustré sa conviction qu'il est possible de marier les idéaux européens avec le monde moderne. Pour lui, face aux défis et aux opportunités de la mondialisation, l'Europe politique et sociale ne se construira que si elle fonctionne économiquement pour offrir croissance et emplois à ses citoyens. Comme le réussit actuellement la Grande-Bretagne. Tandis que Blair se présentait en leader d'une Jeune Europe, Chirac préférait endosser les habits de "l'homme qui a dit Non". Une manière pour lui de tenter de se poser a posteriori en chef des "nonistes" français. Arc-bouté sur son pré carré, le président fait ainsi l'aveu implicite qu'il espère durer en France plutôt que convaincre en Europe. Chirac fait mine d'oublier que le premier ministre britannique de 1939-1945, Winston Churchill, joua un rôle autrement décisif que de Gaulle dans la libération du Vieux Continent. Gageons que Blair inspirera également plus les Européens d'aujourd'hui qu'un gaulliste de circonstances proche de la sortie…

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jeudi 23 juin 2005

Nettoyer, travailler, etc.

Confrontés à un défi, les Américains ont tendance, dit-on, à essayer toutes les mauvaises solutions avant d'appliquer la bonne. Les Français, eux, essaient une piètre solution et… n'en démordent plus ! A l'indispensable condition qu'elle leur plaise intellectuellement. Ainsi, dans la République du Verbe, le "modèle français" fait des merveilles. Car, comme l'enfer, il est pavé de bonnes intentions. Mais, dans la réalité mondiale du XXIe siècle, il est devenu un contre-modèle. Parce qu'il endette les générations futures, sans être performant économiquement ni protecteur socialement. Sur tous les fronts, que ce soit celui de la croissance, de l'emploi, des banlieues ou de l'immigration, il bat en retraite dans le désordre. En promettant de "nettoyer" une cité où un enfant de 11 ans peut être tué par une balle perdue et en appelant les Français à "travailler" pour ne plus plomber l'avenir, Nicolas Sarkozy et Thierry Breton n'ont rien dit d'autre. Mais les belles âmes s'indignent des propos supposés incorrects des ministres de l'intérieur et de l'économie. Faut-il préférer les hommes politiques qui continuent de jouer du pipeau sur le thème du "modèle français" ? Pour paraphraser l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing, il serait temps d'expliquer que devenir plus performants constitue la meilleure des protections sociales. Et que cela signifie remettre en cause quelques mauvaises habitudes acquises au nom de "l'exception française". Les électeurs se sont lâchés en 2002 et en 2005. Il est urgent que les hommes politiques se lâchent également, en paroles mais surtout en actes, pour rattraper le temps perdu…

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mercredi 22 juin 2005

Nombrilisme européen

"L'Europe n'est pas à genoux." George W. Bush aura été un peu étonné par ce propos mélancolique des messagers du Vieux continent qui lui rendaient visite à la Maison Blanche en début de semaine. Car les émissaires de l'Union européenne n'en menaient pas large, suite à l'échec du dernier sommet des Vingt-cinq. Le président américain a bien essayé de leur remonter le moral en affirmant qu'il avait besoin d'eux pour faire avancer les affaires du monde. Par exemple, à l'occasion de la conférence sur l'Irak organisée conjointement à Bruxelles, ce mercredi. Mais, côté européen, le cœur n'y était pas… Pourtant, Bush avait l'air sincère en déclarant à ses invités qu'il comptait sur une Europe forte. Même s'il ne faut pas lui demander de pleurer sur les malheurs de Jacques Chirac et de Gerhard Schröder qui lui avaient rendu la vie impossible sur le dossier irakien. Il doit d'ailleurs trouver ironique qu'ils soient politiquement hors service, alors que lui et Tony Blair, les vilains va-t-en-guerre, ont été confortablement réélus… Cette petite satisfaction mise à part, Bush ne peut qu'être perplexe, lui qui a entamé son second mandat en tendant la mains aux Européens. Ceux-ci le suppliaient de ne plus jouer en solo, et les voilà soudain accaparés par une crise existentielle. Le Texan de la Maison Blanche doit trouver passionnants les débats sur la directive Bolkestein ou le modèle social français. Mais il a la faiblesse d'esprit d'estimer plus important pour la famille occidentale, et surtout plus urgent, de se préoccuper de l'avenir de la Chine, de l'Iran, du Proche-Orient ou de l'Ukraine…

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mardi 21 juin 2005

Canicule sociale

Après le brouhaha politique des dernières semaines, bienvenue à la Fête de la musique qui adoucit les mœurs. Qui n'aspirait pas à des notes enfin plus subtiles que celles de la mélopée binaire "Oui ! Non ! Oui ! Non !..." entendue sur toutes les ondes pendant des mois ? Vite une pause musicale pour oublier un instant les débats sans fin sur les crises du modèle français et de l'Union européenne. Allons écouter les Brésiliens, invités de l'année… Célébrons la douce France des musiciens… Sortons guitares, violons et trompettes… Stop ! Non, mais, vous rêvez, là ! Pensiez-vous vraiment pouvoir oublier, le temps d'un 21 juin, que Galouzeau de Villepin se prenait pour Napoléon et la gôche-de-la-gôche pour l'avenir du genre humain ? Vous rêviez même d'une longue trêve estivale avant une rentrée 2005 qui n'annonce rien qui vaille ? A J-87 au calendrier Villepin du retour de la confiance en France, vous pensiez laisser encore un petit répit au Galouzeau ? Rien que ça ? Mais redescendez sur Terre ! Heureusement que les camarades de la CGT veillaient… Car, l'air de rien, vous vous apprêtiez à faire le jeu du grand capital ultralibéral et anglo-saxon ! Bouleversement climatique oblige, un automne social chaud se prépare dorénavant dès le premier jour de l'été. Ce 21 juin sera re-ven-di-ca-tif. Avec, comme d'hab, manif de République à la Bastille "pour l'emploi, les salaires, la protection sociale et les services publics". Non, pas "pour un été agréablement ensoleillé mais sans canicule"… Espèce de réac, va !

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lundi 20 juin 2005

Wait and see

Jacques Chirac a perdu une bonne occasion de se taire, pour lui retourner le fameux compliment qu'il avait adressé aux ex-pays communistes d'Europe lors de la crise irakienne. Quoi de plus ringard en effet que sa déclaration sur la politique agricole commune (PAC), qualifiée par lui de "moderne et d'avenir", après l'échec, ce samedi, du sommet européen de Bruxelles. Quelle manière pathétique de donner raison à Tony Blair quand ce dernier refuse de céder sur le "chèque britannique" sans remise en cause de cette PAC qui rapporte gros à la France, mais qui plombe le budget communautaire et handicape l'agriculture du tiers-monde. Le Conseil européen s'est donc terminé sur une double pause du processus de ratification de la Constitution et de la négociation du budget 2007-2013 de l'Union. Franchement, ce n'est pas très grave. Sur la Constitution, c'est la conséquence logique du "non" franco-néerlandais. Quant au budget, il reste un an pour le boucler. En fait, seuls trois hommes avaient un intérêt crucial à aboutir coûte que coûte : Chirac, pour faire mentir ceux qui l'accusent d'être le poids mort des Vingt-cinq, Gerhard Schröder, en campagne électorale défavorable en Allemagne, et le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui voulait pouvoir se targuer d'un succès avant de céder à Blair la présidence du Conseil. Pour sa part, le Britannique préférait une bonne crise à un mauvais compromis. Et il ne lui déplaît pas d'être montré du doigt par l'attelage franco-allemand moribond. Car, maintenant, tout le monde va l'écouter attentivement avancer ses idées pour un renouveau de l'Europe.

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vendredi 17 juin 2005

La gauche du coche

Mais que deviennent les néo-révolutionnaires de la gôche-de-la-gôche, vainqueurs autoproclamés du référendum du 29 mai dernier? Aux dernières nouvelles, quelques milliers ont été aperçus, ce jeudi en fin de journée, place de la République, à Paris. Il y avait le PCF et la LCR, mais aussi des mouvements de masse comme Cactus-La Gauche ou Résistances 7e Art… Un peu plus tôt dans la journée, quelques dizaines d'autres gôche-gôche avaient été repérés dans le quartier Schumann, à Bruxelles, non loin du Conseil européen où les 25 chefs d'Etat et de gouvernement allaient bientôt décider de reporter aux calendes grecques l'échéance finale du processus de ratification de la Constitution. A part cela ? Faute de mobiliser les foules, les penseurs du "non de gauche" français cogitent en chambre sur mille et un projets de lendemains qui chantent pour une Europe socialiste… pardon ! sociale… Quant au plan B, à la renégociation de la Constitution ou au développement d'un puissant mouvement gôche-gôche européen qui changerait le rapport de force idéologique après le "non" français, toutes choses promises jurées pendant la campagne référendaire ? Il n'y a plus personne au numéro que vous avez demandé… Mais l'Histoire ne fait-elle pas preuve d'humour avec ces néo-marxistes et trotskistes qui ont roulé dans la farine des générations de "compagnons de route", démocrates sincères… Car, en votant "non", ils sont, à leur tour, devenus les "idiots utiles" de Tony Blair, de Nicolas Sarkozy et de leurs amis libéraux qui vont profiter de l'aubaine pour mettre leur Nouvelle Europe sur les rails...

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jeudi 16 juin 2005

Stop, au nom de l'Europe !

Et si Tony Blair avait raison ? S'il était temps que les Vingt-cinq revisitent de fond en comble le budget européen ? Pour que les 450 millions d'habitants de l'Union voient clairement dans quelle direction veulent les emmener leurs dirigeants, et donc comment ils entendent dépenser l'argent à l'heure de la mondialisation. A Bruxelles, où s'ouvrent ce jeudi le premier sommet européen post-rejet de la Constitution en France et aux Pays-Bas, il serait temps de commencer à tourner la page de l'Europe de papa. Celle du rabais britannique et de la PAC française… Un énième compromis budgétaire d'épiciers, après une négociation nocturne laborieuse, n'enverrait aucun message à la hauteur du ras-le-bol populaire. Après tout, le budget dont on parle concerne la période 2007-2013. Il n'y a donc pas urgence à trancher. Surtout qu'il sera crucial pour le proche avenir économique et social européen face au dynamisme des Etats-Unis, de la Chine, de l'Inde... Un franc constat de désaccord provisoire, accompagné de la décision d'ouvrir une réflexion collective sans tabou nationaliste serait préférable. Les deux "non" référendaires déjà enregistrés et les autres qui s'annoncent, si le processus de ratification du traité constitutionnel se poursuivait, imposent une pause. Et elle devrait être mise à profit par les chefs d'Etat et de gouvernement pour redonner un sens nouveau à la construction européenne. Car ils ont promis à leurs peuples, lors du sommet de Lisbonne de mars 2000, que l'Union deviendrait l'économie la plus compétitive du monde d'ici 2010… Or elle n'en prend pas le chemin.

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mercredi 15 juin 2005

Plan B, comme Bérézina

La préparation du Conseil européen qui s'ouvre ce jeudi à Bruxelles aura été la chronique d'un échec annoncé. Les "non" français et néerlandais au projet de Constitution vont être couronnés par un affrontement nationaliste, et sans doute par l'ouverture d'un conflit de longue durée, sur le budget communautaire 2007-2013. A qui la faute ? A Jacques Chirac ou à Tony Blair ? Les deux, mon capitaine ! Quels que soient les mérites de leurs arguments réciproques, chacun veut faire endosser à l'autre la responsabilité de la crise provoquée par le résultat du référendum français sur le traité constitutionnel. Or le mal vient de là… Les rébellions gauloise et batave ont provoqué un effet boule de neige. "On a tous une bonne raison de voter non", martelait Philippe de Villiers durant la campagne électorale. Les sept peuples de l'Union qui devraient encore être consultés par référendum d'ici fin 2006 partagent de plus en plus cette opinion : les sondages donnent le "non" en tête dans cinq pays, à égalité avec le "oui" dans un et en forte progression dans les deux derniers ! Les motifs sont aussi contradictoires que ceux des porte-parole du "non" français… Mais, au final, on pourrait bien avoir quinze ratifications par des Parlements (plus celle par référendum des Espagnols) contre neuf rebuffades populaires. Il est donc urgent d'arrêter la machine infernale. Les Vingt-cinq seraient bien avisés de "mettre au frigo" la Constitution, pour reprendre une expression de leurs hôtes belges. Et de réfléchir à leur avenir collectif autrement que comme des boutiquiers…

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mardi 14 juin 2005

La France reconnaissante...

Pour engueuler la Commission de Bruxelles pendant une campagne électorale, vous pouvez faire confiance à Jacques Chirac. Mais pour la féliciter aujourd'hui d'avoir bien défendu les intérêts européens en général, et français tout particulièrement, il n'y a plus personne ! Vous souvenez-vous que nous étions, il y a quelques semaines, au bord de la guerre commerciale avec la Chine pour cause de croissance excessive de ses exportations de textiles vers l'Europe ? Cela faisait pourtant dix ans que l'industrie européenne savait que les quotas à l'importation disparaîtraient… Chirac allait-il dénoncer au passage l'imprévoyance des industriels français ? Bien sûr que non. L'heure était à la démagogie tous azimuts. Agitant son sabre de bois, le président français prenait la tête de la coalition de pays qui exigeait de la Commission européenne des représailles immédiates contre l'Empire du Milieu. Au risque de mettre en péril les exportations européennes, d'Airbus par exemple, vers la Chine. George W. Bush, qui avait réimposé des quotas à l'importation des textiles chinois, était même cité en exemple. Et Peter Mandelson, commissaire européen au commerce, était la nouvelle tête de Turc des Français, qu'ils soient partisans du "oui" ou du "non". Mais quand, après de rudes négociations, le même Mandelson obtient des Chinois qu'ils limitent entre 8% et 12% leurs exportations jusqu'à la fin 2007, vous croyez qu'il mérite des félicitations un peu solennelles de Chirac ? Evidemment non. Et, après, on se demandera pourquoi les Français ont une mauvaise image de l'Union européenne.

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lundi 13 juin 2005

Thank you Mr Blair !

Bravo les Anglo-Saxons ! Autant l'écrire ici, car les félicitations en français au couple Blair-Bush pour leur initiative d'annuler la dette des 18 pays les plus pauvres de la planète ne seront pas légions... Imaginez pourtant les hourras si la paire Chirac-Schröder avait été à l'origine de la décision prise samedi dernier par les grands argentiers du G8, à un mois du sommet 2005 des nations les plus riches du monde. Il s'agit de 40 milliards de dollars de dettes qui seront remboursés par les pays du G8 aux institutions financières internationales, comme la Banque mondiale ou le FMI, et cela afin que les capacités futures de prêter de l'argent frais de ces dernières ne soient pas affectées. Une vingtaine d'autres pays pauvres suivront, pour 15 autres milliards de dollars, s'ils passent les examens de la bonne gouvernance et de la lutte contre la corruption. C'est historique et le mérite en revient à l'Européen Tony Blair, qui mobilise depuis un an sa diplomatie en faveur d'un effort massif en direction de l'Afrique. Il aurait aimé convaincre les pays riches de doubler ensemble l'aide au développement de ce continent à la dérive, mais il n'a pas été suivi, par George W. Bush notamment. Et il reste beaucoup à faire, principalement pour que les producteurs du tiers monde bénéficient d'un accès "libre et non faussé" (par les subventions à l'agriculture par exemple) à nos marchés. En attendant, une étape importante a été franchie et le silence des altermondialistes français contraste avec les applaudissements des avocats d'un monde plus solidaire entendus hors de nos frontières...

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vendredi 10 juin 2005

Feu sur l'ambulance !

L'heure des égoïsmes nationaux a sonné... L'Europe va mal, n'hésitons pas à la malmener un peu plus ! semblent se dire les gouvernements de l'Union. Déjà divisés sur la suite à donner au processus de ratification de la Constitution, les voilà qui jouent aux épiciers avec le budget européen 2007-2013. Jacques Chirac et son allié en impopularité Gerhard Schröder ont ouvert le feu pour tenter de se refaire une santé politique dans leurs opinions publiques respectives sur le dos de Tony Blair. Comme bouc émissaire, le coup de la perfide Albion c'est toujours parfait... En demandant aux Britanniques de renoncer à leur "rabais" au budget communautaire, Chirac et Schröder, copilotes d'un moteur franco-allemand en panne, espèrent que Blair apparaîtra comme le grand responsable de la paralysie de l'Union lors du sommet européen de Bruxelles des 16 et 17 juin. En dépit de l'insolente santé de l'économie de son pays, le premier ministre britannique n'entend pas faire un geste et demande plutôt une révision de la politique agricole commune si généreuse pour les agriculteurs français. Là, c'est Chirac qui se cabre. Pas touche à mes paysans ! Puisque la tendance est à compter ses sous, Silvio Berlusconi exige plus d'argent pour les régions pauvres d'Italie. Les Néerlandais, eux, refusent de continuer à être les plus importants contributeurs (par tête d'habitant) au budget européen... Comme dit Bono, le chanteur du groupe U2 : rangez vos drapeaux, regardez les chiffres et aidez plutôt l'Afrique ! En attendant, nous en sommes à J-98 au calendrier Villepin du retour de la confiance en France...

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jeudi 09 juin 2005

Français, en avant, marche...

Dominique Galouzeau de Villepin mérite quelques applaudissements. Il ne rendra sans doute pas la confiance aux Français en cent jours. Mais il insufflera peut-être un peu d'espoir dans le "vieux pays" évoqué lors de sa fameuse intervention à la tribune de l'ONU en 2003. Le premier ministre a prononcé, mercredi devant l'Assemblée nationale, le meilleur discours possible dans les circonstances actuelles. Et Dieu sait que le terrain était miné. D'abord, il a su faire sobre et concret. A deux ou trois phrases près, Galouzeau de Villepin nous a épargné les envolées flamboyantes dont il a le secret. Ce qui prouve qu'il sait prendre sur lui. Par ailleurs, et l'air de rien, le chouchou de Jacques Chirac a balancé quelques vérités aux Français. Notamment qu'il était plus que temps de regarder la réalité en face et de s'y adapter. Enfin, pour un homme qui s'écoute parler, il a démontré qu'il avait entendu le message angoissé du 29 mai. Les partisans d'un électrochoc auront été déçus, mais le premier ministre a eu raison de prendre le corps social avec des pincettes. Tant qu'à faire, il préfère visiblement éviter de mettre tout le monde tout de suite dans la rue. Il n'a donc pas annoncé une révolution de la politique de l'emploi à la française, mais il a néanmoins injecté quelques mesurettes libérales dans son plan de traitement très social du chômage. Si cela passe et si cela marche, il pourra toujours aller plus loin. Attendons d'abord que Galouzeau de Villepin traduise ses premières paroles en actes. Car nous sommes déjà à J-99 du retour promis de la confiance…

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mercredi 08 juin 2005

Les 100 jours de Galouzeau

La France, impatiente avant d'être éventuellement reconnaissante, attend de découvrir la stratégie que le général Galouzeau de Villepin dévoilera, ce mercredi à l'Assemblée nationale, pour gagner sa "bataille de l'emploi". Surtout qu'il a promis des trucs jamais essayés dans l'Hexagone durant les trente dernières années. En tout cas, promis juré, en cent jours, le premier ministre aura rendu confiance aux Français ! Cent jours ? Mais à partir de quel jour faut-il compter ? Le 31 mai, quand le président a nommé Villepin à Matignon ? Le lendemain, quand le Napoléon 2005 a parlé pour la première fois des cent jours sur TF1 ? Ou le 2 juin, quand le gouvernement a été formé ? Ou encore le 3 juin, date du premier conseil des ministres ? Allez, ne soyons pas chien, disons le 8 juin, jour de sa déclaration de politique générale. Donc, pour le 16 septembre, le moral national ira beaucoup mieux. A moins que… tout le pays soit dans la rue… Mais soyons optimistes, vu que Galouzeau a promis de ne pas s'inspirer du "modèle anglo-saxon". D'ailleurs, Napoléon n'a pas entamé sa campagne de cent jours en copiant le duc de Wellington ! Le taux de chômage de Tony Blair (5%), c'est bien, mais Galouzeau de Villepin peut certainement faire beaucoup mieux. On devine qu'il rêve de venger son héros de 1815 en terminant par un Austerlitz de l'emploi plutôt qu'un Waterloo. Surtout que, cette fois-ci, le général prussien (Gerhard Schröder, pas Gebhart von Blücher) s'est rangé dans son camp. Et puis, si l'affaire tourne mal, Blair lui trouvera une petite place sur l'île britannique de Saint Helena. Nous sommes donc à J-100…

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mardi 07 juin 2005

Courage, fuyons !

Si ce n'est pas un enterrement de première classe, cela y ressemble fort. Le secrétaire au Foreign Office, Jack Straw, a annoncé aux Communes que le projet de référendum britannique sur la Constitution européenne était ajourné sine die. Motif ? Les "non" et "nee" massifs des électeurs français et néerlandais appellent à une période de réflexion sur la direction future de l'Europe. Même si les Britanniques ont pris soin de renvoyer la décision finale au Conseil des 25 chefs d'Etat et de gouvernement. D'où la tentative de la Chiraquie de faire porter à Tony Blair le chapeau des conséquences directes de sa propre déroute en rase campagne référendaire. Amusant, mais saugrenu… Car, si Jacques Chirac et son cher Galouzeau de Villepin ne résistent jamais à la tentation de prendre une initiative suicidaire (dissolution de l'Assemblée nationale en 1997, référendum européen en 2005), le premier ministre britannique ne partage pas leur goût pour la roulette russe électorale. Mais, après tout, Chirac ne peut s'en prendre qu'à lui-même et à François Hollande. Et vice-versa. Aucun des deux n'a eu le courage de dire la vérité toute nue aux Français avant le scrutin du 29 mai : ce projet de Constitution social-libérale représente notre ultime chance de couler dans le marbre quelques principes français et sociaux-démocrates ; si vous dites "non", les libéraux, qui ont déjà le vent électoral en poupe, auront les mains totalement libres… Chirac ne pouvait pas le dire, car il aurait donné raison à Nicolas Sarkozy. Hollande non plus, car cela revenait à cautionner la "troisième voie" de Blair. Et voilà pourquoi votre peuple est aveugle et sourd…

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lundi 06 juin 2005

Les incorrigibles

Les Européens inquiets pour l'avenir de leur Union remercient les Helvètes d'avoir approuvé dimanche l'entrée de leur pays dans l'espace de Schengen. Cela n'a rien à voir avec le projet de Constitution, ni avec une adhésion à l'UE, mais cela fait plaisir. Par les temps qui courent, un "oui" à l'Europe met du baume au coeur. Par contre, il n'y a aucune raison de féliciter Gerhard Schröder de sa dernière initiative. Il était naturel que le chancelier allemand se réunisse samedi avec son copain Jacques Chirac. Politiquement en état de mort cérébrale, ils avaient besoin de se réconforter mutuellement... Il n'était pas surprenant non plus que les ex-leaders du camp de la paix en Irak tentent encore de faire rugir l'hoquetant et cliquetant moteur franco-allemand. Mais de là à tenter d'organiser en catimini un sommet des pays fondateurs (Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas) pour imposer au reste de l'Europe le leadership d'une sorte de club des six... Le premier ministre néerlandais a eu le bon sens de refuser cette conférence de la Vieille Europe éclopée. Imaginez en effet le tableau : Berlusconi, Chirac, Schröder et l'Hollandais Balkenende, la bande des quatre dont les électeurs se débarrasseront à la première occasion, le Belge Verhofstadt, à la merci de la prochaine crise entre les communautés de son pays, et le Luxembourgeois Juncker qui craint de devoir démissionner après le référendum du 10 juillet sur la Constitution dans le Grand-Duché. A la suite de ce nouvel étalage de la prétention franco-allemande à régenter le continent, Schröder et Chirac ne devront pas s'étonner si les autres dirigeants européens ne leur font pas de cadeau...

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vendredi 03 juin 2005

La belle au bois dormant

L'Histoire ne repasse pas toujours les plats. Et elle offre parfois des petits matins cafardeux à ses vieilles gloires. Les Français, hérauts du "oui" comme du "non", devraient bientôt le découvrir à leurs dépens. Les espoirs des premiers de revoter sur la Constitution et des seconds de la renégocier s'éloignent. Si, comme annoncé, le gouvernement Blair retire lundi de l'ordre du jour des Communes le projet de loi organisant le référendum britannique, l'Europe politique tombera dans un coma prolongé. Les Français l'auront blessée à mort, les Néerlandais lui auront donné le coup de grâce et les Britanniques… éviteront de publier précipitamment l'avis de décès. Après le "non" et le "nee", les libéraux et les atlantistes sablent le champagne en Europe. Mais Tony Blair attendra la grande explication du Conseil européen de Bruxelles, les 16 et 17 juin, pour s'assurer que Jacques Chirac portera bien le chapeau de l'échec. Porteur du plan B comme Blair, il écoutera avec attention les plans C à Z qui seront mis sur la table. Et sa générosité ira même peut-être jusqu'à accepter de reporter sine die les funérailles officielles du traité. Mais il n'ira pas plus loin. En cas de ratification par les 24 autres pays membres de l'Union, il était prêt à tenter de convaincre son peuple de ne pas s'isoler en rejetant cette Constitution trop franco-allemande pour un lecteur anglo-saxon. Mais il n'a pas du tout l'intention de s'infliger un "no" maintenant garanti sur facture. Prenant la présidence des 25 pour six mois le 1er juillet, Blair voit s'ouvrir un boulevard pour accélérer, avec ses alliés est-européens et scandinaves, la libéralisation du marché commun.

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jeudi 02 juin 2005

Trop fort !

Avec le recul, les Français ont chipoté, dimanche dernier, avec leur 55% de "non". Ce mercredi, les Néerlandais n'ont pas fait autant de manières. Les Pays-Bas d'en bas ont croqué le projet de Constitution européenne à belles dents, avec plus de 60% de "nee". Quel superbe score ! Et les entraîneurs de l'équipe gagnante de l'autre pays du fromage étaient à peu près les mêmes que ceux de la nôtre : pour l'essentiel, des réacs, des gauchos, des populos, etc. Donc, les Néerlandais ont dit "nee" ? Jusque-là, une majorité de Français les suivent… Merde aux élites ? Moins de pouvoir à Bruxelles ? Plus de social ? Moins d'étrangers ? Les Turcs en Turquie ? Tope là ! Ils sont bien, ces cultivateurs de tulipes… Vous dites ? Le "modèle hollandais" ? Kezako ? Comment ? Les 63% de "nee" ne rêvent pas du "modèle français" ? Ah ! Ils tiennent au mariage homosexuel, à l'euthanasie, aux drogues douces ? Bon… Ils trouvent qu'un taux de chômage à 5% leur suffit et que nous pouvons garder nos 10% ? D'accord… Ils ne veulent pas de cette Constitution qui donnerait plus de pouvoir aux grands pays arrogants (comme la France) au détriment des petites nations modestes (comme les Pays-Bas), contrairement au traité de Nice ? Ben… Ils en ont marre du moteur franco-allemand ? Là, ils commencent à exagérer… Ils se passeraient bien de l'euro et ils trouvent qu'ils contribuent trop à ce budget européen qui engraisse les paysans français ? Non mais… Ils sont totalement irresponsables, ces Bataves ! Heureusement que Jacques Chirac de Corrèze et Dominique Galouzeau de Villepin ont promis de défendre "l'intérêt national" !

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mercredi 01 juin 2005

L'hexagonale du fou

Il fallait oser ! Mais défier les lois de la gravité politique n'a jamais effrayé Jacques Chirac… Dominique Galouzeau de Villepin, flamboyant représentant de la France d'en haut, a été nommé premier ministre de l'après-29 mai. Un aristocrate qui n'a jamais daigné affronter le suffrage universel pour calmer une jacquerie électorale… Un énarque qui symbolise jusqu'à la caricature les élites françaises pour répondre à un ras-le-bol populaire… Un diplomate de carrière qui méprise les lois de l'économie pour sauver le modèle social français… Un poète de l'arrogance gauloise pour convaincre les autres Européens qu'un avenir commun est encore possible… Le Verbe s'était fait homme par volonté divine, le voilà chef de gouvernement par volonté chiraquienne. Don Quichotte s'installe à Matignon et les moulins à vent tremblent ! Certains de ceux qui l'ont approché le décrivent comme un doux illuminé ou un dangereux exalté. En tout cas, Super-éloquent, qui n'avait pas donné une nouvelle majorité parlementaire à Jacques Chirac avec la dissolution de 1997, pas empêché la guerre d'Irak, pas rétabli la paix civile en Côte d'Ivoire ni libéré l'otage franco-colombienne Ingrid Betancourt, etc., ne peut pas faillir dans sa nouvelle mission : terrasser le chômage et relever le pouvoir d'achat. En politique, il suffit de vouloir et d'agir, clame Dominique Galouzeau de Villepin. La France d'en bas s'excuse, mais elle croira surtout ce qu'elle verra. Et elle a l'humeur explosive. En donnant la boîte d'allumettes à un intellectuel, Chirac prend le risque que la fin de son mandat fasse "boum" !

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mardi 31 mai 2005

On vous aime !

Il est urgent de témoigner de notre sympathie aux étrangers. Par un mot gentil, un e-mail, un petit bisou, quelques fleurs, une carte postale, une poignée de main… Car les autres habitants de la planète pourraient mal interpréter le vote de dimanche. Bon, ils nous connaissent. Ils savaient déjà que les Français souffraient d'un léger complexe de supériorité qui virait parfois au chauvinisme. Ils connaissaient la furieuse tendance gauloise à se regarder le nombril jusqu'à en loucher. Mais, là, ils ne peuvent qu'être interloqués. Pendant la campagne référendaire, beaucoup d'oreilles ont sifflé : celles des Anglo-Saxons (pour leur libéralisme), des plombiers polonais (pour leurs bas salaires), des Turcs (pour l'ensemble de leur œuvre), des Bruxellois (pour l'hébergement de la Commission européenne), des ouvriers chinois du textile (encore pour leurs bas salaires), sans oublier celles des Espagnols, des Grecs et des Portugais (pour les subsides européens qui ont acheté leur "oui" à la Constitution)… Nos amis du vaste monde peuvent raisonnablement penser que les Français trouvent qu'il y a trop d'étrangers sur Terre pour qu'elle tourne rond. Un seuil de tolérance également dépassé en France même. D'après un sondage Louis-Harris réalisé ce lundi, 49% des Français (dont deux tiers qui ont voté "non") estiment qu'il y a trop d'étrangers dans l'Hexagone. Or, avec la vague touristique de l'été, cela ne va pas s'améliorer… Les Européens vont déferler sur les plages françaises. Saisissons l'occasion pour lever ce fâcheux malentendu. Nous plaisantions, chers amis… Bienvenue !

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lundi 30 mai 2005

La caravane passe

La France s'est exprimée. Elle a dit "non" au projet de Constitution. Les autres Européens ont bien écouté et bien entendu. Maintenant, c'est au tour des Français d'écouter et d'entendre les vingt-quatre autres peuples de l'Union. Neuf se sont déjà prononcés en faveur du texte constitutionnel. Quinze doivent encore se décider. Et ils ne comptent pas pour des prunes. Même le plombier polonais, n'en déplaise aux néo-xénophobes. Même le parlement tchèque, n'en déplaise aux néo-poujadistes. En prétendant que la Constitution est morte et enterrée après le vote français, les porte-parole du "non" racontent n'importe quoi, une fois de plus, à leurs partisans. Leur légitimité populiste récemment acquise ne les autorise pas à abolir la souveraineté démocratique des autres nations du continent. C'était le sens, dimanche soir, du message commun des trois têtes de l'Union européenne : le président de la Commission, le Portugais José Manuel Durao Barroso, le président en exercice de l'UE, le Luxembourgeois Jean-Claude Junker, et le président du Parlement, l'Espagnol Josep Borrell. Pour ces Européens convaincus, la solution serait un deuxième référendum français à la fin du processus de ratification, prévu pour octobre 2006. Et, si fin de partie prématurée il devait y avoir, le coup de sifflet serait donné par Tony Blair. En cas de "non" néerlandais, ce mercredi, le premier ministre britannique pourrait en effet se résigner à renoncer à son propre référendum. Le traité de Nice, plus libéral que la Constitution, serait alors l'horizon indépassable de l'Europe pour des longues années…

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