Douleurs collatérales
Les autorités de la base de Fort Campbell, Kentucky, où se trouve la 101e division aéroportée américaine, font bien les choses. Avant le déploiement de chacun de ses régiments en Irak, elles invitent les GI's et leurs femmes à un ultime briefing.
Vous partez à la guerre, leur explique un officer, insistant bien sur ce "vous" qui associe femmes et enfants à l'expérience. Un soldat inquiet pour sa famille sera moins performant et plus vulnérable, insiste-t-il. La femme est donc prévenue : pas d'états d'âme si elle veut récupérer son mari vivant. Toutes les questions sont abordées lors de ces réunions de soutien psychologique, y compris la question de la mort.
Sachez que si l'un d'entre vous décède, explique une jeune femme avec la tranquillité d'un proviseur un premier jour de classe, les familles ne seront pas prévenues par téléphone. Un caporal accompagné d'un aumônier viendront sonner chez vous. Voilà le topo. Les larmes coulent sur les visages. Demain, ces familles seront séparées pour un an et trois mois.
Tourné pendant dix mois sur la base de Fort Cambpell, ce documentaire montre la vie quotidienne des épouses et des enfants souvent perturbée par l'absence du père et le mal-être de la mère. Certaines, en effet, ne supportent pas leur solitude : On n'était pas préparées à cette guerre. Bush non plus d'ailleurs ! D'autres sont plus philosophes : C'est comme un long voyage d'affaires... On ne va pas se jeter de la falaise.
Isabelle Girard
La Libre Belgique Les Etats-Unis sont un pays en guerre. Cela sonne comme une évidence, même si on a tendance à l’oublier derrière l’abstraction des chiffres entendus aux informations ou l’arrogance de la politique extérieure de l’administration américaine sortante. A voir Bye bye, my love du Français Alain Hertoghe, on prend pleinement conscience de ce qu’une guerre peut signifier pour une nation. A la façon de la série Army Wives, ce documentaire émouvant se place du côté des femmes de militaires pour jeter un regard différent sur le conflit irakien. Michelle, Beth, Jennifer, Connie, Heather et Kicha sont mariées à des GI’s de la 101e division aéroportée américaine. Vivant sur la base de Fort Campbell, dans le Kentucky, elles n’ont d’autre choix que d’attendre leurs hommes partis pour des missions de 15 mois en Irak ou bientôt en Afghanistan. Outre la peur d’une sonnerie de téléphone qui retentit dans la nuit, outre ces enfants qui grandissent sans un père, ce qui frappe peut-être le plus, c’est une certaine forme de résignation patriotique difficilement imaginable dans un autre pays que les Etats-Unis. Il n’y a personne d’autre dont je puisse être plus fier. C’est ma vie, c’est mon héros, craque une mère. Sans doute pour pouvoir continuer à vivre, pour donner un sens à leur attente, ces épouses, ces mamans ne se posent même pas la question de la légitimité de la guerre à laquelle participe leur pays. Elles ne sont ni pour, ni contre, ne peuvent que soutenir les boys. On a décidé ensemble d’être une famille militaire. On a fait face à deux déploiements, on fera un troisième s’il le faut. Moi, mon métier, c’est d’être à la maison quand il n’est pas là, déclare ainsi une jeune femme, allant jusqu’à mettre entre parenthèses sa propre existence. Durant dix mois, le réalisateur a suivi le quotidien de ces familles déchirées, les séparations, l’attente angoissée, les retrouvailles, parfois difficiles, parfois tendues. Sa caméra enregistre également certains retours au pays en chaises roulantes ou en cercueils de vétérans qui n’ont même pas atteint la trentaine. L’armée a beau y mettre les formes, à coups de cérémonies en l’honneur des héros au service de notre grande nation, comment ne pas être choqué par un tel gâchis, face à des existences brisées au nom d’une lutte contre le terrorisme fatiguée ? Le président Bush et son administration n’ont pas assez anticipé ce qu’ils feraient une fois qu’on serait à Bagdad. Mon mari regrettera un jour le temps perdu avec ses enfants, déplore ainsi, lucide, une épouse défaite. H. H. Télérama
Femme de soldat, c'est pas une vie. Surtout quand votre chéri doit partir pendant quinze mois sur le front en Irak. Au coeur de l'Amérique profonde, Alain Hertoghe a filmé l'angoisse et la fatigue des épouses de GI's, avant et pendant la mission de leur mari.
Télé Moustique
Larmes à gauche
Les documentaristes auront bientôt épuisé toutes leurs cartouches pour évoquer la guerre en Irak et les multiples réflexions qu'elle suggère. Quand ils ne proposent pas des reportages sur le front, ils parlent des soldats amputés ou traumatisés à vie. Quand ils n'évoquent pas la politique accablante du président George Bush et de ses sbires, ils partent à la rencontre des familles des soldats qui, bien malgré elles, sont obligées d'attendre que leur GI revienne de là-bas. C'est ce dernier angle qui a été choisi par Alain Hertoghe, journaliste belge qui avait déjà publié un livre baptisé La Guerre à outrances. Comment la presse nous a désinformés sur l'Irak. Dans le documentaire Bye, bye my love, il nous montre des épouses et des enfants qui s'impatientent ou pleurent à Fort Campbell, Kentucky. Entre deux missions, ils retrouvent leur héros, souvent le temps d'une poignée de jours. Evidemment, l'angoisse est permanente. Et, parfois, c'est le coup de massue. Plus de 180 soldats partis de Fort Campbell depuis 2001 n'y sont jamais revenus. Un regard dur, mais humain, sur cette guerre éternelle que notre journaliste a pu mettre en boîte suite à deux années de tractations avec le Pentagone... N.B.
Elle
Dur dur d'être une femme de GI, comme on le voit dans cet âprement beau reportage d'Alain Hertoghe, à l'heure de la guerre d'Irak.
Le Vif/L'Express
Desperate housewives
Fort Campbell, Kentucky. Base de la 101e division aéroportée, une unité qui combat en Irak et en Afghanistan depuis 2001. Là, sur une superficie de 425 km2, vivent des milliers de soldats, conjoints et enfants, se dressent foyers, hôpital, centre commercial, poste, bowling, églises et écoles. Un véritable petit monde tout entier dépendant de la cause militaire. C'est là que le réalisateur belge Alain Hertoghe, après de longues tractations avec le Pentagone, a obtenu l'autorisation d'aller ballader sa caméra sur une durée de près d'un an. Afin de filmer les séparations et les retrouvailles, mais surtout pour rendre compte du quotidien de ceux qui restent quand les soldats s'en vont en mission : parents, enfants et épouses.
Sous-titré Femmes de soldats, c'est bien à ces dernières, leurs angoisses, leur état d'esprit au jour le jour, que le documentaire donne principalement la parole. Des desperate housewives d'un genre particulier qui doivent gérer l'absence, le manque, la peur et puis bien sûr le foyer, l'éducation des enfants à elles seules pendant de longues périodes de déploiement pouvant durer jusqu'à quinze mois.
Privilégiant le côté humain, Bye, bye my love a le bon goût de ne pas être orienté idéologiquement ou politiquement, se contentant d'enregistrer les témoignages, tendres, douloureux ou édifiants. Une suite de témoignages bruts accompagnés à l'occasion de sous-titres informatifs ou agrémentés d'un accompagnement musical accentuant le côté dramatique des situations dont on se serait à vrai dire volontiers passé. C'est en effet quand caméra et mise en scène se font les plus discrètes que le film trouve toute sa raison d'être. Un état des lieux saisissant des conséquences de la guerre sur la sacro-sainte cellule familiale américaine.
Nicolas Clément
Télé Star
Des témoignages éprouvants qui esquissent avec pudeur l'autre visage de la guerre.