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samedi 03 mars 2007

La démagogie vole haut

Est-ce que l'aéronautique pousse les bêtises à voler haut ? Ou est-ce qu'en France il faut décidément raconter des bobards pour être élu ? Eric Le Boucher, chronique, Le Monde, 4-5 mars 2007

Dans sa chronique économique de la semaine, Eric Le Boucher dénonce avec justesse et férocité les idées théâtrales de Ségolène Royal et du Parti socialiste face à la crise d'Airbus. Un rappel au bon sens quand les bêtises volent haut...

Airbus : l'envol des bêtises

Par Eric Le Boucher, Le Monde, 4-5 mars 2007

Il y a 50 ans était signé le traité de Rome. Il y a 37 ans, les Européens décidaient de regrouper leurs forces dans l'aéronautique civile avec Airbus Industrie. Aujourd'hui, le constructeur doit supprimer des emplois pour rester compétitif face à l'américain Boeing.

Après l'annonce qui a été faite de cette décision, ouvriers, syndicalistes, élus politiques et même dirigeants de la firme se sont précipités pour faire le dénombrement national des sacrifiés : 4 300 emplois en France, 3 700 en Allemagne, 1 600 en Grande-Bretagne, 400 en Espagne. La France a perdu ! L'Allemagne a gagné !

Comptant une à une les têtes coupées, ils pensent qu'il existe des frontières contre les souffrances. Comme si, pour un Parisien, un Marseillais, un Dijonnais, la suppression d'un emploi à Hambourg faisait moins mal que la suppression d'un emploi à Nantes ? En quoi donc ? Ce n'est vrai ni socialement ni économiquement. Comme si pour un Berlinois ou un Francfortois, la suppression d'un emploi à Toulouse ne blessait pas. Quel échec de l'esprit européen !

Ce que révèle la crise d'Airbus est affreux à voir : le nationalisme survit, tapi derrière les fronts bas, y compris dans l'entreprise phare de l'Union. Ce que révèle la crise d'Airbus est simple à voir : il faut s'en débarrasser une fois pour toutes, laisser sortir les deux actionnaires de départ qui veulent descendre et ne dirigent plus rien, Lagardère et Daimler ; supprimer la gestion binationale franco-allemande, paralysante ; mettre fin aux guerres intestines absurdes entre les nationalités ; ouvrir le capital pour le banaliser ; installer une gouvernance normale au poste de pilotage de Louis Gallois, le PDG.

Ce que révèle, enfin, la crise d'Airbus est désolant à voir : la gauche n'aime que le rétro. L'extrême gauche veut renationaliser... une entreprise européenne. Le PS réclame un débat parlementaire, alors que la session est suspendue à cause des élections. Vive le théâtre ! Ségolène Royal déclare qu'elle imposera un moratoire des licenciements si elle est élue. Qui y croit ? Et, apothéose, huit régions ont annoncé vouloir entrer au capital d'Airbus pour en contrôler la stratégie.

En vérité, l'Allemagne est en partie responsable de ce prurit de chauvinisme. Fière sans oser le dire des Messerschmitt d'avant-guerre, elle rêve d'avions et ne peut s'empêcher de penser que la France la brime depuis le départ dans cette aventure Airbus. Elle n'a cessé de réclamer plus mais sans pour autant faire les efforts nécessaires : ses meilleurs ingénieurs préfèrent encore aller dans l'automobile et les erreurs de câblage des A380 lui sont imputables. D'où un ressentiment permanent.

Cette fois, l'unité germanique a pu donner l'impression d'être payée en retour par moins d'emplois supprimés et des parties d'avions transférées de France en Allemagne (ce que M. Gallois nie). D'où la réaction hyper-traditionnelle en France sous forme d'appel à l'Etat. Comme le gouvernement français, pour une fois, n'a agi que discrètement, les régions françaises se sont dit à notre tour de jouer, et elles se sont prises pour des Länder.

On hésite : est-ce que l'aéronautique pousse les bêtises à voler haut ? Ou est-ce qu'en France il faut décidément raconter des bobards pour être élu ? L'Etat peut faire beaucoup dans ce secteur stratégique. Elargir les routes et les ponts pour que les morceaux de carlingue rejoignent Toulouse, développer la recherche-développement en amont, accorder des facilités d'emprunt pour financer les futurs appareils (encore que Boeing a porté plainte contre ce mécanisme devant l'OMC), passer des commandes militaires.

Mais il ne peut pas espérer que sa présence au capital permette de bloquer les licenciements, de défendre l'emploi, selon la gauche rétro. Faut-il rappeler que les nationalisations de 1982 n'ont évité aucun licenciement, ni dans la sidérurgie, ni dans la chimie, ni dans les télécommunications, ni dans les banques, ni nulle part ?

Ségolène Royal n'a pas prononcé le mot d'industrie dans son discours du 11 février, lors de la présentation de son pacte présidentiel. Mais soit ! Le Parti socialiste a comblé le vide et il a inscrit de mettre en place une politique industrielle capable de préparer l'avenir et de réduire les risques de délocalisations dans les 100 propositions de sa candidate. Il a raison, la France ne peut pas miser seulement sur le tourisme, les services et l'agriculture pour trouver sa place dans la spécialisation mondiale. Hélas, cette déclaration de principe ne s'accompagne d'aucun contenu. Une politique industrielle ? Mais laquelle ? Est-ce seulement annoncer des moratoires sur les licenciements ?

On attend des idées autres que théâtrales. On lit à ce propos que, selon Eric Chaney, économiste de la banque Morgan Stanley, le décrochage de l'industrie française s'explique par trois causes. Un, une perte de compétitivité-coût par rapport à l'Allemagne (Airbus aurait alors raison d'y transférer du travail). Deux, un défaut d'innovation : seules un tiers des entreprises françaises s'y livrent, contre 43 % en Grande-Bretagne, 51 % en Allemagne, selon Eurostat. Trois, bouclez vos ceintures : un manque de sous-traitance dans les pays à bas coûts de main-d'oeuvre, comme l'a compris l'industrie allemande, redevenue championne mondiale de l'export.

La France ne délocalise pas assez ! Le PS devrait proposer un immense plan Power 8 pour la France entière. Ce que révèle la crise d'Airbus est, décidément, vraiment instructif.

Commentaires

"Aujourd'hui, le constructeur doit supprimer des emplois pour rester compétitif face à l'américain Boeing."

Airbus supprime des emplois (ici il faut lire jette à la rue des salariés inutiles) pour être compétitif ....ah ah ah ah il nous fera toujours rire le Eric.
La compétition dit-il...Ah ah ah ah. Boeing fait la même chose que moi en lisant notre Eric: ah ah ah ah ah.

Si on parlait des incroyables incompétents, escrocs, mongoliens qui ont ruiné, détruit la société par leurs minables et stupides manipulations honteuses. Si on parlait de ces PDG ratés, juste bons à s'asseoir devant des immenses tables en bois précieux dans des conseils d'aministration qui leur rapportent des fortunes. Des fortunes qui servent à l'accumulation d'un capital gigantesque dans cette phase du nouveau capitalisme.
Le PS ne dit pas tout, malgré tout ce qu'il sait, et c'est cela le malheur des temps: le mensonge s'est répandu partout, de la secrétaire au patron, de la gauche à la droite, de l'artiste à l'ouvrier, de l'intellectuel au paysan. Personne ne PEUT PLUS dire la vérité car elle serait immédiatement suivie d'une Révolution telle que les fondements de notre monde s'écrouleraient.
Dire la vérité sur l'air que l'on respire, la nourriture que l'on mange; sur les gouvernements qui nous gouvernent, les artistes qui nous inspirent; sur les marchands qui nous vendent et sur les PDG qui nous achétent, emporterait tout notre Monde sur un tel fleuve déchainé qu'on en vient à souhaiter que l'ignorance et le mensonge continuent de plus belle.
Mais, et c'est cela la tragédie de l'Histoire, cette lâcheté des gouvernants devant le réel et cette cupidité des nantis, ainsi que le sommeil profond et volontaire des foules conduit fatalement à la chute.
Une chute d'autant plus terrible qu'elle aura mis longtemps à se taire et à s'aveugler.

Souhaitons donc que le fleuve se déchaine.
Vive la révolution!!

Ah ce cher Sito est de retour, ce blog va t'il revivre enfin ? Tout à fait d'accord avec la révolution, j'en ai déjà parlé ici depuis longtemps, et j'en suis convaincu, on ne reconstruit rien de bien sur des ruines il faut faire table rase du passé.
Noel Forgeard aurait du finir en prison pour servir d'exemple et au lieu de cela il part avec 2 millions d'euros de prime excellent non ? Streiff fut viré par les politiques pour avoir voulu dire la vérité trop tôt et c'est Gallois , patron émminament juste et social qui doit faire le sale boulot ...

Merci Jean-Marc pour ton salut de bienvenue.
Et j'en profite pour saluer tous ceux qui vont revenir dare-dare pour rallumer les braises avant que tout ne devienne des cendres.

Et pour se réjouir face à tant d'ineptes niaiseries courez voir un film qui sort le 7 mars!!
Le film de Pierre Carles: Volem rien foutre al païs. http://www.dailymotion.com/video/x1ao3v_volem-rien-foutre-al-pais-ba

Une merveille!!
Et lisez Le Monde et les articles de leurs penseurs rodinesques (voyez Rodin) pour vous dégourdir les machoires!!

Et pour finir ceci: "La pensée à voie unique et qui se propage de plus en plus et sous diverses formes est un des aspects imprévus et discrets de la domination de l'essence de la technique. Cette essence, en effet, veut l'unicité absolue de signification, et c'est parce qu'elle la veut qu'elle en a besoin".
C'est écrit en ...1952. Par qui? Heidegger. Dans quel livre? "QU'APPELLE T'ON PENSER?"

Tout un programme non?

pour ma part je suis toujours plus surpris par le changement d'attitude du journal Le Monde qui a fait tant de mal à ce pays (comme l'idéologie de la gauche française) et donc par la pertinence de Eric Boucher aux analyses duquel j'adhère totalement.
Gallois et son coprésident ont d'ailleurs fort bien fait de dénoncer le "poison" des politiques dans un dossier strictement économique.
Les fautes se paient un jour ou l'autre et notamment celle de gestion. Le prix social est hélas toujours pénible. Mais il e a été d etout temps ainsi et en sera tant que l'homme tel qu'il est existera ...
Evidemment cela fait mal. Il en va de même pour la France et ce ne sont pas les déclarations d'une Royal désormais prisonnière de son parti qui risquent de propulser cette gauche dans un futur désormais présent.

@lefunanbule :

Effectivement pour la gauche c'est plutôt le passé qui devient présent .... Et pour le monde l'article concernant Ségolène Royal me parait surréaliste, elle se complait dans le fait d'avoir mouché l'ambassadeur de Pologne, quelle vision de la diplomatie ! Ca promet !

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