Pendaison sur Youtube
Pour nous journalistes, c'est un nouvel environnement que nous devons prendre en compte. Daniel Grillon, rédacteur en chef, LCI
Le scandale provoqué par la diffusion sur Internet d'images pirates de la pendaison de Saddam Hussein confirme le rôle grandissant du couple téléphone portable - site d'échange de vidéos (Youtube, Dailymotion...) comme nouvelle et incontournable source d'information.
Vidéo pirate pour une exécution controversée
Par Guillaume Fraissard, Le Monde, 7-8 janvier 2007
Image impressionnante et terrible que celle de Saddam Hussein, l'ancien dictateur irakien, pendu au bout d'une corde, le cou brisé. Ce cliché de mauvaise qualité, extrait d'une vidéo pirate prise par un témoin à l'aide d'un téléphone portable durant l'exécution de l'ancien raïs, samedi 30 décembre 2006, premier jour de la fête musulmane de l'Adha, a fait le tour du monde, via Internet et les télévisions. Et ce quelques heures seulement après la diffusion par les autorités irakiennes d'une vidéo officielle montrant les dernières minutes de Saddam Hussein.
Etrange contraste, entre, d'un côté, une vidéo bien filmée mais dénuée de son, et, de l'autre, un film amateur, flou, saccadé, mais sur lequel on entend très bien les échanges de voix entre l'ex-président irakien et des membres de l'assistance et qui prouve que l'exécution ne s'est pas du tout déroulée dans un climat de sérénité, comme le laisse supposer la première vidéo.
Il révèle ainsi que Saddam Hussein a été pris à partie et que le nom du chef radical chiite Moqtada Sadr, dont le père et l'oncle ont été assassinés par le régime de Saddam Hussein, a été crié par des témoins.
Après avoir déclaré, samedi 30 décembre, que la mort de Saddam Hussein marquait la fin d'une année difficile pour le peuple irakien et pour nos troupes, le président américain George W. Bush a affirmé, jeudi 4 janvier, que cette exécution aurait dû être menée de manière plus digne et a appelé l'Irak à procéder à une enquête complète sur les circonstances de la pendaison. C'était honteux et très douloureux (...). Je n'en croyais pas mes yeux, a déclaré de son côté le président égyptien, Hosni Moubarak, relayant l'état d'esprit de nombreux pays à travers le monde.
Qui est l'auteur de cette vidéo pirate qui a suscité colère et indignation au sein de la communauté sunnite irakienne et des pays arabes de la région ? Mounqeth Al-Fanoun, le procureur général auprès du Haut Tribunal pénal irakien, qui a jugé Saddam Hussein, affirme que seuls deux témoins, parmi la vingtaine de personnes qui assistaient à la pendaison, disposaient d'un téléphone mobile. Les autorités cherchent aussi à connaître les responsables de la diffusion des images sur Internet.
En attendant les résultats de l'enquête, la propagation de cette vidéo pirate confirme l'importance de plus en plus grande prise par les films d'amateurs dans le domaine de l'information. Du tabassage de Rodney King par des policiers américains, filmé par un vidéaste amateur en 1991, en passant par les attentats dans les transports londoniens de juillet 2005, saisis en direct par les téléphones portables de certains passagers, les vidéos non officielles tendent à devenir des sources d'informations non négligeables pour les journalistes et le grand public. La rapidité de circulation - de portable à portable ou par le biais de sites d'échange sur Internet comme YouTube ou Dailymotion - leur confère une puissance d'autant plus grande qu'elles peuvent être vues dans le monde entier par des millions de personnes.
Pour nous journalistes, c'est un nouvel environnement que nous devons prendre en compte, souligne Daniel Grillon, rédacteur en chef sur LCI. Le problème, c'est qu'il n'y a pas de vérification de l'information ni d'éléments de contexte. Autrefois, le peuple assistait aux exécutions capitales ; aujourd'hui, il y a Internet. C'est effrayant, estime Arlette Chabot, directrice de l'information sur France 2.
Comme toutes les chaînes françaises, à l'exception de BFM TV, France 2 n'a pas diffusé l'intégralité de la vidéo pirate de la pendaison de Saddam Hussein. Une attitude observée par de nombreuses chaînes étrangères. Il y a une différence entre la télévision et Internet, poursuit Arlette Chabot. Aller voir une vidéo sur un site relève d'une démarche volontaire. La photo de Saddam Hussein, cou brisé, a quant à elle été reprise dans de nombreuses publications, y compris Le Monde, mardi 2 janvier.

La liberté de diffuser n'importe quoi sur Youtube n'a pas pour conséquence d'obliger qui que ce soit à le regarder.
Encore moins à le commenter dans son canard...
Rédigé par: Le Nonce | le jeudi 11 janvier 2007 à 14h08
pourquoi se voiler la face ?
Rédigé par: yannick | le lundi 15 janvier 2007 à 21h12