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samedi 06 janvier 2007

Droit à... ? Ya ka !

S'il est un seul droit opposable qu'il faut faire voter d'urgence en France, c'est celui de sérieux. Eric Le Boucher, Le Monde, 7-8 janvier 2007

Je le pensais très très fort depuis le début de la saga SDF 2006-2007. Mais je suis simplement resté bouche bée et bras ballants devant la débauche d'indignation saisonnière, de donquichottisme médiatique, de compassionnellement correct, de mobilisation journalistique, de rébellion people, de démagogie politique, d'opportunisme électoral... Ainsi donc, on peut inlassablement nous resservir les mêmes contes de Nöel. Faute de tsunami, il y a toujours le sans-abri.

Heureusement, le chroniqueur économique du Monde, Eric Le Boucher, a traduit ma pensée dans l'édition de ce week-end avec bien plus de compétence et de talent que je ne l'aurais fait. Férocement, mais pertinemment...

Le droit au sérieux opposable

Par Eric Le Boucher, Le Monde, 7-8 janvier 2007

Jusqu'au bout, Jacques Chirac aura multiplié les droits à. Le président des aides, des subventions, des crédits, des principes de précaution, des garanties, des assurances et, maintenant, des droits opposables, laissera la trace d'un gigantesque distributeur de billets. Et aussi de celui qui a fait passer la dette de l'Etat de 58 % du PIB en 2002 à 66,6 % en fin de parcours. La maison Chirac panse les fractures sociales à crédit.

L'affaire des sans-domicile-fixe est du pur chiraquisme. Voilà un président qui fait, pour les voeux, une allocution télévisée d'une réelle haute tenue. Il décrit justement un monde en changements considérables : la mondialisation, la concurrence de plus en plus vive (la Chine et l'Inde), la révolution Internet, le climat, le terrorisme. Et il fixe cinq enjeux : les valeurs de la République, le progrès économique, le rôle de la France, l'Europe, l'environnement. Qui n'y souscrirait pas ? Bravo !

Et puis, dès le lendemain, la priorité est toute nouvelle : toutes affaires cessantes, il faut loger les SDF. Pourquoi ? On ne sait. Est-ce la pression des associations militantes relayées par les 20 Heures ? Une petite manoeuvre contre Nicolas Sarkozy qui a mis cette mesure du droit opposable à son programme ? En tout cas, les grands enjeux sont oubliés et le social compassionnel a repris le dessus, comme à chaque occasion depuis 1995.

Que la France du logement social soit en échec, voilà qui est avéré. L'abbé Pierre aura beau y avoir consacré sa vie, il y a cinquante ans que cela dure. Le problème de fond aujourd'hui est que la France manque de 600 000 logements. Et que donc, pour simplifier, dans l'échelle des prix, chacun habite le logement d'en dessous, ceux du 8e au 7e, et ainsi de suite, et ceux du 1er qui attendent une HLM, expulsent les plus démunis du rez-de-chaussée dans la rue. Impéritie des gouvernements (surtout en l'occurrence de la gauche, qui déteste le BTP), électoralisme des élus, malthusianisme de tous, rentabilité trop faible des loyers (jusqu'aux dernières hausses), le diagnostic mériterait d'être mis au net. Mais M. Chirac n'a pas le temps d'attendre. Son gouvernement propose à la va-vite un système typiquement français : un droit (un de plus donc) si complexe que personne ne voit vraiment comment il va s'appliquer et qui, en tout état de cause, n'entrera pas en vigueur avant... plusieurs années.

Si on peut formuler un voeu en ce début d'année, c'est que l'élection mette un terme final à ce chiraquisme compassionnel. S'il est un seul droit opposable qu'il faut faire voter d'urgence en France, c'est celui de sérieux.

Le monde vit, en effet, des changements considérables. Le modèle social français, qui date de l'après-guerre, prend eau de toutes parts. Depuis vingt ans, la classe politique se porte à l'écoute des flots de plaintes venues des catégories qui souffrent, les salariés dont les usines ferment, les sans-emploi, les sans-logis... et promet d'accorder de nouveaux droits et de verser des nouvelles subventions à tous, sous le regard des caméras de télévision. Le sérieux serait d'avoir enfin le courage d'expliquer que la France n'a plus les moyens et que, de toute façon, la subventionnite n'a rien résolu depuis vingt ans et qu'il est temps de prendre autrement les problèmes. Il faut une meilleure croissance et une refonte complète du fonctionnement de l'Etat.

Meilleure croissance ? L'économiste Eric Chaney, de Morgan Stanley, a calculé que la part de la France dans les exportations globales de la zone euro a reculé depuis 1999 de 16 %, quand celle de l'Allemagne a crû de 11 %, celle de l'Espagne de 2 % et celle de l'Italie a baissé de 1 %. Ces chiffres devraient tirer la sonnette d'alarme sur l'état réel de la compétitivité de l'économie nationale. Voilà le problème le plus sérieux de la France. Et Eric Chaney d'implorer les candidats de ne pas céder au populisme, qui reviendrait à laisser penser aux Français que le gouvernement a le pouvoir d'isoler la France de la mondialisation en renforçant le protectionnisme.

Le fonctionnement de l'Etat ? Le rapport sur l'économie de l'immatériel remis au ministre des finances par Jean-Pierre Jouyet et Maurice Lévy souligne l'ampleur de la révolution nécessaire. La capacité à innover, à créer des concepts et à produire des idées est devenue l'avantage compétitif essentiel. Formation, recherche, innovation : c'est sur ces critères que seront de plus en plus classées les nations. Et c'est sur ces trois critères que notre économie présente des faiblesses importantes et durables. Y remédier, poursuivent les auteurs, impose d'augmenter sérieusement les moyens de l'enseignement et d'en changer les structures, de rénover en profondeur l'organisation de la recherche et de bousculer notre système fiscal parce qu'il pénalise les innovations (puisse Mme Royal lire ce rapport de Jean-Pierre Jouyet, chef du service de l'inspection des finances et, par ailleurs, son conseiller !).

Plus globalement, nous devons nous défaire du réflexe qui consiste à favoriser les situations acquises. Ce sont les mots qui doivent changer : la France se perd à vouloir protéger, à accorder des droits à, des avantages, des aides. Elle doit faire siens les mots innovation, incitation, changement, ouverture. Bref, mettre enfin le pays dans le mouvement rapide de la mondialisation, comme dirait Chirac.

Commentaires

ah qu'il est doux et...miserable d'etre justifie au soir d'une vie.
Cela valait-il tant de combats et tant de blessures qui perdureront jusqu'a la fin?
cela a-t-il un peu contribue a bousculer les lignes Maginot a l'abri desquelles encore et encore ce peuple se croit protege? Chi lo sa.
La magie du verbe et parfois de se faire chair autrement qu'a canon.
Tout cela qu'ecrit Boucher est une evidence denoncee si souvent par quelques esprits lucides ( et je pense a mon regrette Maitre, Revel). Mais voila, le Monde comme tant d'Institutions francaises qui a si longtemps ete le five o'clock tea francais a tellement contribue a ce qu'il denonce...
certes Monsieur Boucher n'est pas responsable du passe, certes il rame comme il peut pour reparer mais cela est-il possible? Il ya toujours un moment exact pour agir et apres cette heure la ce n'est plus l'heure si ce n'est en payant par quelque chaos la facture de l'imbecilite.
Cela valait-il tant de combats? Oui apres tout, parce que l'on n'a qu'une vie et que la sienne est unique, developpee selon un hasard purement chromosomique qu'il faut pleinement assumer.

"Je le pensais très très fort depuis le début de la saga SDF 2006-2007. Mais je suis simplement resté bouche bée et bras ballants devant la débauche d'indignation saisonnière, de donquichottisme médiatique, de compassionnellement correct, de mobilisation journalistique, de rébellion people, de démagogie politique, d'opportunisme électoral... Ainsi donc, on peut inlassablement nous resservir les mêmes contes de Nöel. Faute de tsunami, il y a toujours le sans-abri."

Je reconnais bien là la charité chrétienne.
Vous étiez journaliste pour La Croix je crois. Votre foi, ma fois, est partie en fumée, se mêlant aux odeurs âpres du torchon qui brûle entre un employeur et son prodige internaute.
Meilleurs voeux!

a Giganovas...
A propos de foi, d'Eglise etc: l'affaire pôlonaise en dit long, si besoin était, sur cette Eglise. Ce que j'y ai vécu et donc compris m'a fait ecrire à ces prélats quand leur Eglise m'eut quitte (pour reprendre le mot de Michel Benoît) : quand les eaux baissent, l'odeur des egouts monte. Ce n'est pas fini et de loin!

je suis journaliste aux milieu des foires et salons internationeaux

Un homme est mort cette semaine.
Il incarné la bonté de l'âme, la pureté du coeur.
Mais chez vous M. Hertoghe, RIEN.
Pas un mot, vous attendais tapis dans votre coin de la toile, que l'émotion retombe, pour déverser à nouveau votre bile épistolaire.
Mais vous voyez bien que je suis l'un des derniers à vous lire et à vous répondre. Votre garde vous a abandonner, un seigneur qui erre sur la blogosphère, en attendant un juteux contrat, une capitalistique rentrée d'argent.
Savez vous M. Hertoghe que ce n'est pas l'église qui vous abandonne mais vous qui l'abandonnez.
Allez, il est toujours temps de raccrocher au wagon, le christiannisme accepte en son sein les brebis égarées.
Ceci est une parole de païen. Dieu ne vous sauvera point, pas même Bescherelle. la solitude et l'argent sont vos derniers atouts.
Paix à l'abbey, et que l'ultralibéralisme enterre nos dernières désillusions.
M. Hertoghe je vous souhaite un excellent 21ème siècle, et que vos enfants ne subissent pas l'accélération galopante.

pouvez vous faire la promotion d'autres blogs où l'ensemble de vos interlocuteurs est parti.
On s'ennuie.
La saison 2005 2006 fût certes houleuse mais bien plus riche. Cette nouvelle saison ressenble à celle de trop.
Voilà j'ai maintenant la réponse aux questions que je me posaient en ce début d'année "scolaire".

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