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mercredi 15 novembre 2006

Après Coluche, Hulot...

En plein emballement politico-médiatique pour Nicolas Hulot et ses propositions, le chroniqueur du Monde Eric Le Boucher réagit de manière écologiquement incorrecte. Selon lui, Hulot sera aussi efficace pour vaincre le réchauffement climatique que Coluche l'a été contre la pauvreté...

Arrêtez la salade verte !

Par Eric Le Boucher, Le Monde, 12-13 novembre 2006

Le réchauffement de la planète est devenu un problème trop sérieux pour être laissé aux écologistes. La Grande-Bretagne l'a compris. Tony Blair a confié à un économiste de renom, Nick Stern, le soin de rédiger un rapport de 700 pages sur les conséquences du changement de climat. Publié il y a huit jours, ce texte est devenu immédiatement une référence mondiale.

La France est restée, elle, dans le politicard et l'émotionnel. Les partis Verts continuent de se perdre dans d'inénarrables combats de chefs, et voilà que le pays, oubliant Descartes, porte aux nues une vedette de la télévision et que les candidats à la présidence de la République se l'arrachent.

Que l'on se comprenne bien : Nicolas Hulot est sûrement très utile pour mobiliser les consciences, comme Coluche a été utile pour créer les Restos du coeur. Mais, de même que l'initiative de l'amuseur n'a pas fait diminuer la pauvreté, celle de l'animateur ne va pas refroidir la température de la planète d'un milliardième de milliardième de degré.

M. Hulot propose un nouveau contrat entre les Français et le président de la République prévoyant cinq propositions et dix mesures à mettre en oeuvre sur le territoire national. Rappelons que la France est responsable de 1,5 % des émissions mondiales de CO2 : 368 millions de tonnes sur 24 milliards. Les Français auraient beau élire un vice-président tout vert comme le souhaite M. Hulot, rouler à vélo et couper le courant, cela ne changerait strictement rien au ciel.

Sans doute, répondent les écolos. Mais il faut bien montrer l'exemple ! Nous voilà au coeur de leur stratégie : avoir mauvaise conscience, se serrer la ceinture, entrer volontairement dans la culture de la modération. Au besoin, il faut contraindre les récalcitrants par la force (à Paris, par exemple) pour sauver la planète. Les hommes roulent-ils toujours en 4 × 4, veulent-ils la clim (parce que, justement, il commence à faire chaud, vous ne trouvez pas ?) et la Terre continue-t-elle de bouillir ? C'est parce qu'on n'a pas assez expliqué, que la prise de conscience n'est pas assez haute dans la hiérarchie de l'Etat, que le capitalisme et les industriels (hou ! hou !) refusent de produire autrement et de faire des produits qui durent et qui soient réparables. Changeons le capitalisme, diminuons la croissance !

Cette salade verte, arrosée par Dieu et Malthus, idéologisée, séduit en France. L'écologie y est devenue la dernière manière de lutter contre le capitalisme. Mais elle n'a aucune chance de convaincre ailleurs. C'est une version première (et encore douce) de cette stratégie qui a présidé au fameux protocole de Kyoto, lequel impose aux pays signataires des restrictions chiffrées d'émissions de CO2 par rapport à 1990. Le malheur est que ça n'a pas marché. Les Etats-Unis n'ont pas ratifié le protocole, le Canada vient de s'en retirer. Aucun pays émergent n'est concerné alors que la Chine deviendra la plus grosse pollueuse dans dix ans. En Europe, seules la Grande-Bretagne et la Suède respectent leur ordre de marche. La France à peine.

Entre-temps, sur la lancée, expose le rapport Stern, l'atmosphère, qui comprend 430 parts par million (ppm) de gaz à effet de serre (contre 280 ppm avant la révolution industrielle), en contiendra trois fois plus en 2100. La température montera de 2 °C ou 3 °C en 2050 et de 3 °C à 10 °C en 2100. Et de souligner l'ampleur du problème en rappelant que le thermomètre est aujourd'hui plus haut de seulement 5 °C par rapport à l'ère glaciaire.

Pourquoi l'échec ? Parce que la gestion du climat pose une question inédite à l'humanité, un défi biblique, dit justement Martin Wolf dans le Financial Times : il faut que tout le monde participe et qu'il n'y ait pas de gros malin profitant, sans rien faire, des efforts des autres. La méthode du cri d'alarme, de l'exemplarité et de la restriction volontaire défaille. Elle se heurte en outre, quoi qu'en disent les militants Verts, à des incertitudes scientifiques.

Pas sur la réalité du réchauffement ni sur la responsabilité de l'homme (encore que Claude Allègre a bien raison de maintenir des doutes), mais sur les conséquences de ce réchauffement. Ensuite parce que les solutions en appellent à un retour des Etats à une coopération entre eux, ce qui déplaît aux pays libéraux (la très grande majorité), qui craignent cet étatisme et redoutent qu'il ne débouche sur un immense gâchis d'argent.

Comment convaincre les réticents, et d'abord les Etats-Unis et la Chine ? Sûrement pas en leur proposant la modération, et encore moins de changer le capitalisme. Nicolas Stern inverse le point de vue : c'est le réchauffement qui menace la croissance, et non pas le contraire. « Le monde n'a pas à choisir entre "éviter le changement climatique" et "promouvoir la croissance et le développement". L'évolution des technologies énergétiques et les mutations des appareils économiques font que la croissance n'est pas antinomique avec la réduction des gaz à effet de serre. Il faut bien sûr faire prendre conscience (comme les écolos ou Al Gore), taxer le CO2 (comme M. Hulot, mais à l'échelle mondiale), mais à la condition de décupler les efforts de recherche et de développement sur les énergies propres.

Pas moins de croissance, mais plus de science. Ajoutons : plus de nucléaire.

Commentaires

Excellentissime article qui vient rompre avec l' écologiquement correct qui est en passe de devenir un nouveau terrorisme intellectuel.
J' aime bien N.Hulot comme j' appréciais Y. Montand. Mais quand ce dernier est devenu le dernier censeur politique et social à la mode, j' ai eu un long moment d' allergie.
Il faudrait éviter qu' un "trop de Hulot" combiné à l' incertitude sur les causes réelles du réchauffement et l' impact ridicule sur ce dernier de mesures contraignantes prises seulement en France, nous détourne durablement (sic !) des problèmes écologiques.

"""mais à la condition de décupler les efforts de recherche et de développement sur les énergies propres.""

Pour cela il faut briser les grands loobys industriels, notament ceux des seigneurs du pétrol, qui ne sont pas seulement américain mais également français, véritables frein au progrès.

Qui dit énergie propres, dit aussi énergie pas chères, ainsi moins de taxes dont se gavent les gouvernements.

Il ne faut pas seulement une révolution technologique, mais une révolution politique dont elle est en pane depuis longtemps de grands visionnaires afin de construir le 21ème siècle.

Très mauvais article. Tout d'abord il nous ressort l'excuse facile, nous français ne pouvons rien faire seuls, les autres ne veulent pas, alors pourquoi s'embêter? Effectivement avec un raisonnement pareil, on n'est pas prêt d'évoluer...

Ensuite ce cher journaliste nous dit que l'écologie est un concept qui ne séduirait qu'en France (on dit la même chose pour l'anti-libéralisme), c'est bien évidement une bêtise, pas besoin de chercher bien loin pour trouver des organisations écologiques un peu partout dans le monde (même aux Etats-Unis!), malheureusement ces mouvements restent encore minoritaires (comme en France).

" c'est le réchauffement qui menace la croissance, et non pas le contraire."

C'est plutot la lutte contre le réchauffement qui menace la croissance, il ne faut pas se le cacher sous prétexte de ne pas faire peur aux gens gavés du culte de la croissance. Notre recherche permanente de toujours plus de croissance ne fait qu'accentuer toujours plus ce réchauffement climatique. Si nous voulons vraiment lutter contre cé phènomène, il faut revoir notre modèle économique.

"L'évolution des technologies énergétiques et les mutations des appareils économiques font que la croissance n'est pas antinomique avec la réduction des gaz à effet de serre."

Ah la fameuse confiance aveugle envers le progrès technologique! Le progrès est la solution à tous nos problèmes, même celui du climat! Le problème c'est que quand on arrive a améliorer une technologie afin qu'elle soit moins consommatrice de matière première et donc moins polluante, on assiste en même temps à une forte augmentation de l'utlisation de cette technologie (encouragée par notre culte de la consommation) qui fait qu'au final nous consommons et polluons toujours plus. Puisqu'on parlait d'écologiquement correct, on pourrait aussi parler d'économiquement correct (ce qui semble être une spécialité de ce journaliste), le fait de refuser de dire que l'on ne pourra pas lutter contre le réchauffement climatique sans remettre en cause notre modèle de croissance en est un parfait exemple.

Enfin, la dernière phrase pour finir en beauté : plus de nucléaire! Effectivement le nucléaire produit peu de gaz à effet de serre. Mais il ne résoudra pas le problème de pollution de notre environnement, il ne fera que le déplacer. Mais je le conçois, c'est bien plus facile que de remettre en cause notre système de consommation.

j'avoue que ce debat est tres amusant.
Hulot? mais son oncle Tatief nous faisait bien rien avec son serieux! Hulot lui c'est avec son respirateur artificiel.
L'humanite va mourir? et alors qui a decide un jour ici bas qu'elle devait etre eternelle et quand? depuis le temps qu'on brule et tue?
Alors, si l'on se laissait gentiment glisser sur l'
asymptote apres avoir bien entendu supprime tous les superflus comme une Montgolfiere qui desespere de ne plus monter...
Le grand probleme des religieux genre St bernard est qu'ils n'ont plus d'humour, alors ils ne revent que de tuer...pour rire!

Puisqu'il porte un jugement de valeur péremptoire, en caricaturant abusivement les propos d'ELB, en nous rassassant de vieilles lunes, disons pour abonder que le post de Mathieu est très mauvais.

Le propos d'ELB, si on lit le français dans le texte ne consiste pas à dire que l'écologie "ne séduirait qu'en France", en effet elle séduit ailleurs, et ce n'est pas une information que nous dire (ah tiens) au fait l'écologie existe aux US comme ailleurs (c'est pas vrai ? Si. Non) mais qu'elle ne convainct pas quant à son objet : amener les pays à la modération. La différence, c'est qu'ELB s'appuie sur des faits, le relatif échec du Protocole de Kyoto, la France "écolo" faisant d'ailleurs pâle figure en Europe, quand Mathieu s'en remet à l'incantatoire "si tous les gars du monde voulait se donner la main" ce qui reste beau sur le papier, et totalement hors-suje dans les faits, dans les réalités citoyennes.

Et notre Mathieu de donner doctement dans les tautologies : "C'est plutot la lutte contre le réchauffement qui menace la croissance" ou encore "Notre recherche permanente de toujours plus de croissance ne fait qu'accentuer toujours plus ce réchauffement climatique". Pfiou que de novation !

Notons quelques inférence induites à la logique incertaine : "Le problème c'est que quand on arrive a améliorer une technologie afin qu'elle soit moins consommatrice de matière première et donc moins polluante, on assiste en même temps à une forte augmentation de l'utlisation de cette technologie (encouragée par notre culte de la consommation) qui fait qu'au final nous consommons et polluons toujours plus" : houla hupe barbatruc !

Le coeur de l'argumentation d'ELB ne consiste pas à nier le "réchauffement" : "Pas sur la réalité du réchauffement ni sur la responsabilité de l'homme (encore que Claude Allègre a bien raison de maintenir des doutes), mais sur les conséquences de ce réchauffement."

Elle ne consiste pas à nier qu'il ne faille rien faire, "Il faut bien sûr faire prendre conscience (comme les écolos ou Al Gore), taxer le CO2 (comme M. Hulot, mais à l'échelle mondiale), mais à la condition de décupler les efforts de recherche et de développement sur les énergies propres.
Pas moins de croissance, mais plus de science" que Mathieu traduit par un sybillin : "les autres ne veulent pas, alors pourquoi s'embêter?".

L'argumentation, appuyée sur des faits est fondée sur le principe "c'est tout le monde ou personne", sinon c'est foiré d'avance, et Kyoto en est un exemple concret : "La méthode du cri d'alarme, de l'exemplarité et de la restriction volontaire défaille"

Et sur un autre principe, implicite, que l'homme s'adapte :"Le monde n'a pas à choisir entre "éviter le changement climatique" et "promouvoir la croissance et le développement". L'évolution des technologies énergétiques et les mutations des appareils économiques font que la croissance n'est pas antinomique avec la réduction des gaz à effet de serre". Ce n'est pas la version crétine que Mathieu nous en donne : "Ah la fameuse confiance aveugle envers le progrès technologique!".Ben ouais m'sieur Mathieu, c'est même constitutif de l'histoire de l'humanité.

Enfin, le génial :"Mais je le conçois, c'est bien plus facile que de remettre en cause notre système de consommation.
" est à mettre en regard de l'argumentation d'ELB consistant à dire qu'être pro-actif sur ces questions suppose que tout le monde doit participer, et que pour faire participer les vilains pays qui se foutent de Kyoto comme de leur première chemise, et les non concernés, les pays émergents, il faut "convaincre", non pas en annonnant modération, "remise en cause de notre système économique" mais par les progrès scientifiques pour adapter l'outil économique aux contraintes de la planète. Une piste intéressante, en tous cas plus convaincante que la "remise en cause de notre système de consommation".

Il faudra expliquer à Mathieu que "les gavés du culte de la croissance" n'ont pas à ce jour de martingale ou de hochet alternatives en remplacement du système actuel de production/consommation. Il faut lui poser la question première à sa grande idée générale, et novatrice de la remise en cause "Et tu la fais bouffer comment la classe ouvrière", qu'aimait bien poser ma grand-mère.

La différence tient donc à d'un côté l'argumentation iconoclaste d'un journaliste mettant en regard un certain nombre de faits puisés dans le réel, et une contre argumentation "YAKA" ou "IFAUT" sans consistance, opposant tautologies et incantations.

Vraiment un super mauvais post dont le ton "mec qui sait", "mec qu'est vachement conscient du truc" avec un vernis écolo-qui-réfléchit, agace ...vertement.

Matéo : "Notons quelques inférence induites à la logique incertaine : "Le problème c'est que quand on arrive a améliorer une technologie afin qu'elle soit moins consommatrice de matière première et donc moins polluante, on assiste en même temps à une forte augmentation de l'utlisation de cette technologie (encouragée par notre culte de la consommation) qui fait qu'au final nous consommons et polluons toujours plus" : houla hupe barbatruc !"

En quoi "houla hupe barbatruc" démolit-il l'argument de Matthieu

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