Radio 2.0, onde de choc
Tous les médias parlent du Web 2.0 en cette rentrée 2006. Mais la contagion du contributif et du participatif touchent aussi les radios, comme l'explique très bien l'article de Bertrand Le Gendre dans Le Monde de cet après-midi que je vous reproduis ci-dessous.
2007, année des élections 2.0 ?
Les auditeurs s'emparent des matinales
Jamais les auditeurs n'ont autant donné leur avis sur les ondes, débattu, témoigné ou interpellé les puissants. Ce n'est pas une mode passagère, une lubie de rentrée, mais une tendance de fond, le symptôme d'une France qui se méfie de ses élites et leur dénie le monopole du savoir et du dire.
A RMC, la radio qui monte, Jean-Jacques Bourdin ne cache pas ses intentions : "Je veux que le citoyen prenne la parole et refuse les idées qu'on veut lui inculquer." Jean-Jacques Bourdin a fait ses classes à RTL, à l'époque où l'émission "Les auditeurs ont la parole" passait pour un ovni. Il l'a transposée sur RMC, l'a rebaptisée "Bourdin & Co" et l'a mise à l'antenne le matin à l'heure du pic d'audience, où politiques et éditorialistes accaparaient jusque-là le micro.
A RTL, "Les auditeurs..." occupe toujours une place de choix après le journal de la mi-journée. Mais depuis la rentrée, la station a installé le matin, face à Jean-Jacques Bourdin, Christophe Hondelatte en Monsieur Loyal, avec pour consigne de donner la parole aux auditeurs aussi souvent que possible.
On la leur a donnée, ils la prennent. Sur RMC et RTL, entre 7 et 9, M. et Mme Tout-le-Monde concurrencent désormais les journalistes, les importants et les savants. Tendez l'oreille, c'est captivant. La France râleuse et casanière existe, certes, mais le matin, sur 103.1 et 104.4 (Paris), l'autre France a souvent le dessus. Les auditeurs parlent avec passion de leur métier et de leur quartier. Ils ont des idées arrêtées sur Johnny Hallyday et sur le pape, sur la guerre au Liban et le prix de l'essence à la pompe. C'est concret, vivant et la plupart du temps très instructif.
A force, les auditeurs en remontrent aux chroniqueurs installés. Ils prêtent aussi une oreille moins attentive aux "grandes voix" qui ont fait la radio de papa. Pourquoi n'en remontreraient-ils pas à un Alain Duhamel ? L'éditorialiste vedette de RTL n'est pas infaillible. Comme ses pairs, il n'a pas vu venir la défaite de Lionel Jospin à la présidentielle de 2002. Comme ses semblables, il a, matin après matin, milité pour le "oui" au référendum sur les institutions européennes. Et dans son livre sur Les Prétendants 2007 (Plon, 2006), il ne consacre aucun chapitre à Ségolène Royal (mais l'un d'eux à Christine Boutin).
RTL en a tiré les conséquences. Depuis la rentrée, juste après la chronique d'Alain Duhamel, elle donne la parole à un auditeur lambda qui commente l'actualité politique sur un pied de quasi-égalité avec lui. Moins un désaveu sans doute qu'un signe de l'évolution en cours.
A l'approche de l'élection présidentielle, les radios rivalisent ainsi d'imagination pour convaincre les auditeurs que l'antenne est à eux. Deux d'entre elles les invitent à élaborer via Internet un programme politique qui sera publié sous forme de livre avant d'être soumis sur les ondes aux candidat (e) s. Sur RMC, l'opération s'appelle "Le Manifeste 2007" et sur France Inter, "Les dix urgences des Français".
Il n'y a guère que France Culture pour résister à cette vogue de l'interactivité. Une singularité qui donne à ses "Matins" une tonalité sépia, rassurante. Sortis du même moule, Rue d'Ulm, Sciences Po et dépendances, ses chroniqueurs attitrés tiennent vaillamment leur rôle : l'althussérien repenti, le social-démocrate de toujours, l'ex-soixante-huitard, le néo-aronien... Ils donnent surtout le sentiment que leur brillant babillage est figé pour l'éternité.
Un matin pourtant, l'un d'eux, Marc Kravetz, a eu ce cri du coeur : "Pour les auditeurs qui assistent à nos débats, on est un petit club. Je ne suis pas sûr que ce soit extrêmement productif."
Bien vu. Entre le tout-populo et le tout-aristo, entre le modèle RMC et le modèle France Culture, y a-t-il encore une place pour une radio inventive, participative, qui bannirait la langue de bois, la connivence et la pensée unique ?
Jean-Pierre Elkabbach, le patron d'Europe 1, le croit. Bousculé par RTL et RMC, il se refuse pour l'instant à céder à la mode de la libre antenne et il explique pourquoi : "L'auditeur ne doit pas se substituer au journaliste." Et encore : à Europe 1, "ce ne sera ni le pouvoir des notables ni le pouvoir de la rue". Ni, ni, mais quoi donc ?
Bertrand Le Gendre, Le Monde, 24-25 septembre 2006

C'est vrai qu'on est souvent confronté, cela pose d'ailleurs question, aux tenants des sachants, des profs, de ceux qui savent et qui ont effectivement le mérite d'élever, de cadrer le débat, opposés aux tenants de l'interactivité où l'auditeur, spectateur vaut l'éditorialiste, le billetiste.
Je trouve pour ma part plutôt sain que le citoyen se pousse du col dans l'information et puisse en rebattre au professionnel de service, même si j'en vois clairement les limites pour ce que l'on nomme la démocratie participative soit l'alimentation directe du programme, mais aussi de l'action politique en direct comme mode de gouvernance, donc.
Reste que ceux qui fustigent ce "populisme" partent toujours de l'hypothèse que le "gars du peuple qui cause" est une bonne tanche, pas trop cultivé, bien franchouillard, forcément au ras des pâquerettes, bas de plafond, succombant bien vite aux antiennes simplistes. Et je crois très sincèrement qu'ils se trompent. La facilité à laquelle recourt assez facilement tout politique français, interrogé sur un problème ou un thème, décoche très rapidement un sonore :"Ecoutez, c'est trés compliqué, je vais essayer d'être simple", s'ensuit en général justement une explication simpliste.
Ces explications simplistes matraquent depuis des années un message subliminal aux citoyens : "vous êtes trop cons". Si ça complexait encore, il y a quelques années, aujourd'hui ça énerve, et ça donne envie de virer ces Arias.
Chacun à leur façon, SR et NS font dans la disruption. Derrière ce vocable jargonneux dont se repaissent actuellement les gourous marketing, se cache la notion plus prosaïque consistant à "casser les codes", à rompre avec les convenances et les règles séculières.
Le cas SR est sur ce point édifiant. "Elle manque de fond" et les citoyens de répondre "et alors ?", "elle n'a pas la stature" "et toi bonhomme", "elle ne saura pas faire", "Ben toi, ça fait 20 ans que t'es là, que tu pérores, que tu me fais la leçon, et t'as rien fait, t'es une grosse buse".
Elle a pas de programme, pire elle se propose de le faire rédiger par les citoyens eux mêmes, et elle n'en est pas arrivé très loin : encore une fois "et alors". Combien en a ton vu arriver avec des programmes carré, la déclinaison de l'argumentaire dans la besace, se planter magistralement et se faire virer au bout de 5 ans.
NS pratique pareil, l'interactivité du projet en moins. Il a trahi le père, et ben ça plaît bien ça. Le Monsieur je sais tout, le "je vais réduire la fracture", floué, trahi, planté par celui qui l'a contribué à faire émerger en politique, et bien ce sera celui-là. NS pour une remise en cause de la carte scolaire, de l'ordonnance de 45, et Chirac qui s'empresse de dire qu'il ne faut toucher ni à l'un, ni à l'autre, et bien perdu, ça renforce celui qui casse le ronronnement convenu. Jouer le conservatisme, la réassurance payait jusque là, ça ne paye plus.
Le consommateur s'est affranchi des réseaux de distribution par l'internet, ce sera pareil en matière politique. Et contrairement à une idée reçue, celle de l'analyse de la masse, le personne à personne révèle chaque jour, pour qui s'en donne la peine que les gens peuvent être cultivés, sensibles, dotés d'une profonde intelligence émotionnelle, créatifs, novateurs.
Quand en matière politique, on gratte un peu, comme sur les blogs d'ailleurs, où les réflexes d'identité idéologique fonctionnent encore beaucoup, on peut trouver en filigrane des gens qui peuvent picorer telle idée à l'UMP, telle autre au PS, encore une au PCF et même à la LCR.
Pour ma part, supprimer toute subvention publique aux entreprises, idée de la LCR, j'y souscris pleinement.Suis-je donc devenu trotskyste ? Vais-je voter Besancenot ? Nullement, je serais plutôt un vilain libéral. Voudrais-je donc privatiser l'école ou démanteler la sécu : nullement, deux systèmes, l'un privé, l'autre public, doivent coexister et bénéficier des meilleurs efforts de la collectivité, et j'aimerais volontier réformer la sécu, pour qu'elle soit bénéficiaire et ait une chance de perdurer.
Ces allers-retours d'un bord à l'autre, sont le cas de la plupart de nos concitoyens. Le binarisme obligatoire est un carcan, il gomme la nuance des opinions que tout un chacun peut développer pour son propre compte.
Tout ce qui concourt à révéler cette richesse, la somme des richesses individuelles me semble positive et bien plus productive et créative que de laisser la parole et le choix des actions aux pros qui squattent écrans, mandats électifs, et chaires universitaires.
C'est pour ça que je pense, même si je ne voterai pas pour, que SR va gagner.
Rédigé par:Matéo | le samedi 23 septembre 2006 à 22h23
Un moment,j'ai beaucoup écouté RMC le matin , délaissant le reste.Et je pris conscience que je ne comprenais plus grand chose au monde.
Alors,j'ai AUSSI écouté les "savants" sur les radios et tout est rentré dans l'ordre.
Le mélange des deux ,pour moi,c'est super !
Rédigé par:bernn | le samedi 23 septembre 2006 à 23h33