« Dans le rétroviseur | Accueil | Des parents en enfer »

mercredi 28 juin 2006

La célébration d'adieu

L'adieu déchirant à Julie et Mélissa

LIEGE, envoyé spécial

Toute la Belgique a rendu hommage, jeudi, à Julie et Mélissa. La célébration d'adieu, dans la basilique Saint-Martin de Liège, aura témoigné de l'immense courage et de la dignité des parents des deux fillettes

"Quatorze mois de tourments, quatorze stations d'un calvaire insoutenable. Pour aboutir à quoi ? Où sont allés nos prières ? Dieu est-il sourd ?"

La voie indignée du Père Gaston Schoonbroodt brise le silence qui règne dans la basilique Saint-Martin de Liège depuis l'entrée des cercueils blancs de Julie et Mélissa. Il était 11h30, jeudi, quand leurs parents, entourant chacun leur fils, se sont assis au premier rang du millier de personnes qui avaient pu prendre place dans l'église.

Dehors, dix mille personnes avaient salué leur arrivée par des applaudissements. En ce jour de deuil national, toutes les cloches de Belgique se sont mises à sonner à 11h, en hommage aux fillettes martyres que Marc Dutroux et ses complices avaient enlevées en juin 1995, avant de leur faire subir les pires traitements et de les laisser mourir de faim.

"Les prières vont au bois de la croix", poursuit le Père Schoonbroodt, un intime des deux familles qui ont demandé à ce prêtre-ouvrier à la retraite de présider la cérémonie. Elle est concélébrée par le doyen de la basilique, le Père Goffinet, et le vice-recteur de l'université catholique de Louvain, le Père Gabriel Ringlet. "Le fils de Dieu s'est posé la question, continue l'ancien chauffeur de bus. C'était la neuvième heure, rappelle l'évangéliste Marc : Mon Dieu ! Mon Dieu ! Pourquoi m'as-tu abandonné ?" La douloureuse interrogation, qui se lit dans les yeux rougis des parents de Julie et Mélissa, gagnera peu à peu l'ensemble de l'assemblée pour se transformer en un "nous" inconsolable.

Une émotion intense, asphyxiante, monte minute après minute, lecture après lecture, chanson après chanson, dans la basilique, dans la rue et derrière des centaines de milliers de petits écrans à travers toute la Belgique. En accord avec les trois prêtres, Karine et Gino Russo, Louisa et Jean-Denis Lejeune ont préféré à une messe d'enterrement, une "célébration d'adieu" qui soit la leur, de bout en bout, et dans laquelle chacun, croyant ou pas, pourrait se retrouver. "Que tout le monde se sente accueilli et respecté, quelle que soit la route sur laquelle chemine sa conscience", a résumé le Père Schoonbroodt.

En écoutant François, 12 ans, chanter "Pour les enfants du monde entier" (Yves Duteil), en écoutant l'enregistrement de "Con te partiro" (Andréa Bocelli), rares sont ceux qui n'ont pas senti leur coeur se briser. Des larmes ont coulé sur les joues des trois prêtres. L'avocat des parents n'a trouvé aucun effet de manche pour se retenir de pleurer en lisant son poème. De fiers sidérurgistes, collègues de travail de Gino Russo, n'ont pu ravaler leurs sanglots. Les voix des commentateurs de télévision tremblaient. Les Liégeois, et avec eux tous les Belges, unis au-delà des frontières linguistiques, ont laissé libre cours à l'immense tristesse qui les étreint depuis que Julie et Mélissa ont été retrouvés sans vie.

Le doyen de la basilique tenait à ce "que l'ont entende le cri de détresse et de révolte des parents" contre les bourreaux et ceux qui auraient pu les arrêter à temps. C'est chose faite. A travers la lecture de l'Evangile : "Quiconque entraîne la chute d'un seul de ces petits qui croient, il vaut mieux pour lui qu'on lui attache au cou une grosse meule et qu'on le jette à la mer" (Marc 9, 42). Ou a travers celle du texte du comité de soutien qui compare ce qu'on vécu les parents et leurs fillettes : "Quand on leur disait ne cherchez plus, elles sont mortes, votre agresseur disait n'espérez plus, vos parents vous ont abandonnées. Quand on leur disait de faire confiance sans crier, votre agresseur disait de ne pas faire entendre votre voix pour vous isoler".

Après la bénédiction des cercueils - seul geste liturgique de la matinée -, le défilé de recueillement a duré plus d'une heure. Les mains hésitent, frôlent les cercueils, des lèvres les effleurent. Chacun veut étreindre les parents... Leurs filles sont un peu devenues celles de tous les Belges. "En vous solidarisant avec tous les efforts pour que nos enfants soient mieux protégés, conclut le Père Schoonbroodt, allez dans la paix du Christ".

ALAIN HERTOGHE

© La Croix, Paris, 24 août 1996

La situation actuelle de l'affaire Dutroux avec Wikipédia

TrackBack

URL TrackBack de cette note:
http://www.typepad.com/t/trackback/426869/5209027

Voici les sites qui parlent de La célébration d'adieu:

Commentaires

L'utilisation des commentaires est désactivée pour cette note.