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mardi 31 janvier 2006

Et hop ! Je blasphème...

Mahomet_1 Voilà, c'est fait ! J'ai franchi la ligne rouge en postant une représentation visuelle du prophète Mahomet, une des douze caricatures par lesquelles le scandale est arrivé. Et, pour faire bonne mesure, permettez-moi d'ajouter un tonitruant La liberté d'expression, nom de Dieu !...

Que les croyants en général et les musulmans en particulier me pardonnent. J'ai vraiment le plus grand respect pour leur foi. Je la leur envie même parfois. Et, s'ils se sont sentis offensés, qu'ils acceptent d'ores et déjà mes excuses. Plates et sincères en plus.

Le droit de penser et, surtout, de s'exprimer librement me tient toutefois très à coeur. Or je n'ai pas trouvé manière plus claire de manifester ma solidarité avec les confrères danois du journal Jyllands-Posten, victimes d'une flambée d'intolérance dans le monde musulman depuis qu'ils ont publié douze caricatures de Mahomet (cliquez ici pour les découvrir). Ont-ils eu raison de le faire ? Les dessins sont-ils de mauvais goût ? Donnent-ils une image injuste de l'islam, son prophète et ses fidèles ? Ces questions valent débat. Mais la liberté de les publier ne se discute pas.

J'avais été alerté sur cette polémique par un article sur le blog "les chroniques de l'extrême-centre" qui demandait, le 17 janvier dernier, d'envoyer un message de soutien au Jyllands-Posten. J'avais relayé le lendemain cette proposition sur "Carte de presse" par mon post Droit à la caricature,  repris ensuite sur AgoraVox et Yahoo! Actualités. Depuis, ce billet a suscité de nombreuses réactions sur mon blog, mais plus encore sur AgoraVox où il figure en tête des articles les plus lus et les plus commentés depuis plusieurs jours. De son côté, "les chroniques de l'extrême-centre" a préféré fermer les fils de discussion sur le sujet.

La polémique ne serait que surréaliste et grotesque si elle n'avait pas pris la forme d'une affaire d'Etats. Or voilà que les pays musulmans et leurs organisations internationales, les imams et leurs fidèles, les médias et leurs lecteurs montent sur leurs grands chevaux au nom du blasphème. Il ne manque plus qu'une fatwa condamnant à mort les caricaturistes et les journalistes qui ont décidé de les publier...

Lundi, les ministres européens des affaires étrangères, réunis à Bruxelles, ont ressenti la nécessité d'exprimer leur solidarité avec le gouvernement danois qui, au nom de l'indépendance de la presse, s'est refusé jusqu'à présent à jouer un rôle et à prendre position dans l'affaire. Les Vingt-cinq ont également condamné les menaces proférées récemment par des factions islamistes contre des citoyens européens.

On assiste à une surenchère de l'indignation dans le monde musulman. Il serait temps que des voix autorisées s'y élèvent pour calmer le jeu.

Post scriptum, 31 janvier, 20h30 : Le quotidien danois Jyllands-Posten a présenté ses excuses aux musulmans qui se sont sentis offensés par la publication des caricatures (lire le texte en anglais). Des excuses acceptées par le groupe musulman danois La communauté islamique de la foi, à l'origine de la campagne de protestation. Pour sa part, la publication chrétienne et norvégienne Magazinet a exprimé ses regrets. Elle avait reproduit les douze caricatures du journal danois. 31 janvier, 23h00 : Le monde islamique ne décolère pas.

lundi 30 janvier 2006

Querelle des modernes...

Pour la première fois, un Indien, Lakshmi Mittal, patron du groupe du même nom (Mittal steel, numéro un mondial de la sidérurgie), lance une OPA hostile sur un concurrent européen. En l'occurence, Arcelor, numéro deux mondial de l'acier.

Au-delà du débat engendré en France et en Europe par ce raid sur un fleuron de l'industrie du Vieux continent, il faut, pour comprendre la signification profonde de cet événement, lire la chronique d'Eric Le Boucher dans l'édition du Monde du week-end.

"L'offre de rachat d'Arcelor par le groupe indien Mittal a pu surprendre en France. Vue de Davos, où la famille Mittal réside pour la durée du Forum économique mondial, il ne s'agit que d'un événement d'évidence, que de la démonstration éclatante d'une évolution entendue : l'Asie a supplanté l'Europe. C'est fait. Cela s'est opéré finalement très vite, dix ans, quinze ans. Mais voilà, ça y est : l'Europe est passée au second plan. Elle est encore grande, grosse, mais elle ne compte plus guère. Le monde était hier dominé par les Etats-Unis et par l'Europe, il l'est aujourd'hui par les Etats-Unis, par la Chine et l'Inde." Cliquez ici pour lire la suite

Post scriptum : Concernant le forum de Davos (Suisse), Eric Le Boucher écrit ceci : "On objectera que cette réunion des grands patrons ne représente que très mal la planète, ses peuples, ses évolutions réelles, ses forces "sociales". Remarque non fondée : on ne peut se plaindre de la suprématie du capitalisme libéral et dire, en même temps, que ce que pensent ses représentants ne compte pas."

... et des anciens

Alors qu'à Davos (Suisse), la Chine et l'Inde supplantaient l'Europe, à Caracas (Venezuela), le Forum social mondial se laissait détourner par le dernier révolutionnaire autoproclamé en date, Hugo Chavez. Avec la complicité d'une partie du mouvement altermondialiste, notamment les dirigeants du Monde diplomatique et d'Attac, Ignacio Ramonet et Bernard Cassen, le président du Venezuela a récupéré l'événement qu'il avait financé. A Davos, cela s'appelle un retour sur investissement.

"Le socialisme ou la mort !", a lancé Hugo Chavez aux altermondialistes, reprenant l'antienne du dictateur communiste Fidel Castro, paraphrasant lui-même Rosa Luxemburg et son "socialisme ou barbarie", une formule datant de 1916...

Une Internationale altercommuniste, parrainée par Castro et Chavez, comme vision d'avenir ? Avec des amis comme ceux-là, les défavorisés de la planète n'ont plus besoin d'ennemis...

vendredi 27 janvier 2006

Le nerf de la paix

Le Hamas ne s'attendait pas du tout à se retrouver en position de gouverner seul l'Autorité palestinienne. Et le parti islamiste ne peut dissimuler son embarras. Ses dirigeants courtisent le président Mahmoud Abbas, par ailleurs chef de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) et de sa principale organisation, le Fatah, dans le but de former un gouvernement d'unité nationale ou, au moins, de conclure un partenariat politique.

Les violences des dernières heures entre militants du Hamas et du Fatah, ainsi que les craintes que ce dernier se déchire dans le sang après sa déroute électorale, ne plaident pas pour un accord de ce type.

Le Hamas rechigne à accepter le pouvoir que les urnes lui ont donné. Curieuse réaction pour une formation politique en position de diriger seul son "pays". Mais le mouvement islamiste et terroriste se retrouve dans une situation délicate. S'il forme le prochain gouvernement sans renoncer à la lutte armée et à la destruction d'Israël, les principaux bailleurs de fonds de l'Autorité palestinienne devraient lui couper les vivres. S'isoler ou se renier, tel est le choix qui s'offre au groupe djihadiste.

Le gouvernement israélien a lancé un appel très ferme en ce sens à la communauté internationale. George W. Bush a répondu sans équivoque. L'Union européenne (UE), elle, n'a pas encore adopté une position claire et définitive. Si la Commission de Bruxelles a prévenu qu'elle ne collaborera qu'avec un exécutif pacifique, elle hésite à brandir l'arme financière. Alors que l'UE représente le principal soutien budgétaire de l'entité palestinienne.

Le "Quartet", auquel participent les Européens, mais aussi les Etats-Unis, la Russie et l'ONU paraît toutefois déterminé a exercer une pression maximum sur le Hamas pour qu'il renonce à la violence, se désarme, reconnaisse Israël et respecte les accords internationaux concernant le processus de paix israélo-palestinien.

En raison de son poids sonnant et trébuchant, l'Union européenne se retrouve donc face à une occasion historique pour jouer enfin un rôle central dans l'avenir du Proche-Orient. Mais, pour cela, elle doit annoncer sans ambiguïté qu'elle ne versera plus un euro à l'Autorité et aux institutions palestiniennes si le Hamas ne fait pas un virage à 180 degrés en faveur de la paix avant de former un gouvernement ou d'y participer.

jeudi 26 janvier 2006

Démocratie kamikaze

Aussi choquante que soit le triomphe du Hamas aux élections législatives palestiniennes, cette demi-surprise constitue aussi une bonne nouvelle.

Le succès électoral du Mouvement de la résistance islamique apparaît évidemment révoltant. Car il signifie que les Palestiniens se sont déplacés aux urnes en masse pour donner une majorité au parti des assassins, des terroristes et des kamikazes, responsable de la mort de centaines de civils israéliens et voué à la destruction de l'Etat hébreu. Mais l'irruption du Hamas sur la scène électorale répond d'abord à une règle générale dans le monde arabe : après des décennies d'autoritarisme, de gabegie et de corruption, le peuple vote pour les opposants islamistes quand un espace démocratique s'ouvre à lui.

Le Hamas et sa majorité parlementaire représentent par ailleurs une monstruosité enfantée par le processus de paix du Proche-Orient. La première responsabilité en incombe certes à l'immaturité du peuple palestinien, à l'irresponsabilité de ses leaders historiques, Yasser Arafat et le Fatah, ainsi qu'à l'inconséquence des dirigeants arabes de l'après-seconde guerre mondiale. Mais ni Israël ni les Etats-Unis ni l'Union européenne ne peuvent se laver les mains de cet indécent développement. Ils n'ont pas su favoriser la solution pacifique qui aurait permis la naissance d'un Etat palestinien modéré et empêcher que le désespoir populaire ouvre la voie à un parti djihadiste qui, sous d'autres cieux, serait qualifié de fasciste.

Cela énoncé, la victoire du Hamas est d'autre part une bonne nouvelle. D'abord et avant tout parce que le peuple palestinien a pu s'exprimer démocratiquement. Voilà un événement assez rare dans le monde arabe pour le saluer sincèrement. Il faut ensuite se féliciter que le parti islamiste ait choisi la voie des urnes. Simple tactique d'une formation qui n'a renoncé ni au terrorisme ni à son intention de détruire l'Etat d'Israël et de chasser les juifs du sol musulman ? Evolution de fond provoquée par l'efficace politique israélienne d'élimination ciblée des chefs djihadistes ? L'avenir proche le dira. Quelle que soit l'intention initiale des dirigeants du Hamas en décidant de participer pour la première fois aux élections législatives, ils ont néanmoins mis le doigt dans un engrenage politique démocratique qui les engage face à leur peuple et au monde.

Le verdict des urnes palestiniennes, après le décès de Yasser Arafat et la disparition politique d'Ariel Sharon, bouleverse la donne au Proche-Orient. Ses acteurs arabes, israéliens et occidentaux vont devoir l'accepter. Le Hamas a le droit et le devoir de former le prochain gouvernement ou d'y participer. Tant Israël que les Etats-Unis, l'Union européenne et le reste du monde seraient bien inspirés de s'y résoudre. Mais le Hamas et ses électeurs doivent comprendre que personne ne pourra traiter avec eux tant qu'ils n'auront pas renoncé au terrorisme, à la lutte armée et à leur volonté d'anéantir l'Etat hébreu. Ni négociation ni soutien financier pour les ennemis de la paix. Au parti islamiste de faire le premier pas.

C'est, une nouvelle fois, la croisée des chemins pour le Proche-Orient.

mercredi 25 janvier 2006

En attendant Chavez

J'avais prévu de consacrer mon billet du jour à l'ouverture du Forum social mondial (FSM) à Caracas. Mais, vu les débuts timides du sommet altermondialiste, j'attendrai...

Dommage, car j'avais été alléché par l'éditorial d'Ignacio Ramonet à la une du Monde diplomatique de janvier. Le parrain français de l'altermondialisme nous rappelait l'origine de ce "projet politique fort et visionnaire", de cette "intention politique extrêmement radicale par sa modernité", de cet "embryon d'assemblée de toute l'humanité".

Le patron du Diplo nous promettait, pour le cru 2006 du FSM, "un débat décisif pour l'avenir de l'altermondialisme", d'abord à Bamako (19-23 janvier), puis à Caracas (24-29 janvier). Il nous annonçait aussi, en apéritif, le 18 janvier, une "rencontre de toute première importance" : la Journée internationale sur la reconstruction de l'internationalisme des peuples.

En réalité, j'aurais déjà voulu commenter ce lancement d'un Komintern altermondialiste rêvé par Ignacio Ramonet et ses amis néomarxistes-léninistes, ainsi que l'étape malienne du FSM. Mais Bamako ne fera visiblement pas date dans l'histoire du mouvement "Un autre monde est possible". Quant à la fameuse Journée internationale... et sa "Conférence des peuples de Bandung", animée notamment par le dirlo du Diplo et les leaders d'Attac France, elle a fait un pschitt magistral devant une assemblée clairsemée réunie au Palais des congrès de Bamako. Le blog du Monde diplomatique préfère d'ailleurs ne pas en parler... (dommage, car nous aurions appris que ces nouveaux internationalistes soutiennent sans réserve la "résistance irakienne").

J'attendrai donc, pour commenter l'événement, qu'il prenne finalement forme à Caracas. Cela ne devrait pas trop tarder. Je fais confiance à Hugo Chavez. Vu qu'il finance à hauteur de 80% le budget du FSM 2006, le président vénézuélien ne va certainement pas manquer de faire mousser médiatiquement son investissement en alter-pétrodollars...

mardi 24 janvier 2006

Goulag 2006

Guantanamo : depuis le 11 janvier 2002, date du premier transfert de prisonniers de la "guerre contre le terrorisme" sur la base navale américaine située sur l'île de Cuba, ce nom symbolise la détention illégale et la torture pour les défenseurs des droits de l'Homme. Cinq cents terroristes présumés de trente-cinq nationalités y sont encore emprisonnés.

Récemment, tant Amnesty International que Human Rights Watch, les deux principales organisations internationales de défense des droits de l'Homme, ont une nouvelle fois dénoncé la torture à Guantanamo  et demandé la fermeture de ce "goulag de notre époque" (Amnesty International, Rapport 2005).

Quatre ans après l'ouverture de la prison de Guantanamo, dont la création a pu répondre à une nécessité dans la première phase d'une guerre d'un nouveau type, il est effectivement temps de juger ou de libérer ses captifs sans délai. Et d'y enquêter officiellement sur les accusations de tortures et de mauvais traitements depuis 2002.

Mais comment ne pas relever par ailleurs l'indifférence, et même la complaisance coupable, de bien des belles âmes soucieuses des détenus de Guantanamo à l'égard du sort réservé, sur la même île de Cuba, par la dictature de Fidel Castro à ses prisonniers politiques ? Pourtant, quelques kilomètres seulement sépare le "goulag de notre époque" du goulag tropical, bien plus ancien et féroce, dont l'accès est interdit à la Croix-Rouge internationale et aux organisations de défense des droits de l'Homme...

Si les dénonciations à l'égard du centre américain de détention de Guantanamo font régulièrement la une des médias, ce n'est pas le cas de celles concernant les quelque deux cents prisons et camps d'internement castristes. Le dernier rapport de la Commission cubaine pour les droits de l'homme, qui fait référence sur la répression à Cuba, n'a pas eu beaucoup d'écho. Mais il est vrai que montrer du doigt George W. Bush a meilleure presse que rappeler la cruauté du maître de La Havane...

lundi 23 janvier 2006

L'unité, camarades !

Après la droite la plus bête, la gauche la plus archaïque du monde ?

Messieurs et mesdames les communistes et les écologistes, tirez les premiers ! C'est le message final du congrès de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) du week-end. Le parti d'Alain Krivine et d'Olivier Besancenot a décidé de ne rien décider. Candidature du facteur charismatique à la présidentielle 2007 ou candidature unique de la gauche radicale ? Pour les trotskistes, il est urgent d'attendre que le Parti communiste français (PCF) et les Verts tranchent d'abord le débat. Pour les choses sérieuses, Krivine et Besancenot préfèrent ne pas être à l'avant-garde. Si, comme prévu, les communistes se prononcent en mars et les écologistes en mai, la LCR verra en juin.

Côté communiste, l'attentisme trotskiste agace sérieusement. Le PCF l' a fait savoir publiquement dès la fin du congrès de la LCR. Se prétendre le grand parti de la révolution ne veut pas dire vouloir prendre tous les risques tout seul. La zizanie à l'avant-garde a de beaux jours devant elle. Voilà en tout cas au moins un point sur lequel la gôche-de-la-gôche et le Parti socialiste peuvent faire la synthèse...

Un peu de clarté ferait pourtant du bien à la gauche et au débat démocratique. La présence d'un candidat social-libéral ET d'un prétendant social-radical à la présidentielle 2007 offrirait un vrai choix aux Français. Par exemple et au hasard :  Ségolène Royal et José Bové... La première pour le PS, le second au nom de toutes les forces anticapitalistes (PCF, LCR, altermondialistes, etc.).

Par contre, si les forces de gauche y allaient en ordre dispersé, elles tenteraient le diable. Un duel Sarkozy-Villepin au second tour ne serait certes pas un drame pour la démocratie. Mais c'est un deuxième tour Sarkozy-Le Pen qui pourrait bien être la conséquence d'un infantilisme gauchiste persistant...

2002, bis repetita ? Pourtant, même un âne... :-o)))

vendredi 20 janvier 2006

Chirac from Texas

Prenons le temps d'un instant pour sourire du soudain ralliement atomique de Chirac de Corrèze au verbe musclé du cow-boy texan George W. Bush. Guerre au terrorisme, Etats voyous,  action préventive, recours éventuel au nucléaire : toute la panoplie du "fauteur de guerre" de Washington a été reprise à son compte par le président de la République, dans son discours de jeudi à la base de l'Ile Longue. Mais où ont pu bien passer les héraults gaulois du "camp de la paix" franco-germano-russe de 2003, Jacques Chirac et Dominique de Villepin ? Bush et Blair ont dû se pincer quand ils ont reçu la version anglaise du texte présidentiel...

Mauvais esprit mis à part, le rattrapage conceptuel du chef de l'Etat est évidemment une bonne nouvelle. Bienvenue dans le monde réel de l'après-11 septembre 2001 !

Le moment choisi par Jacques Chirac pour prononcer ce discours ne doit toutefois sans doute rien au hasard. La sortie présidentielle a même quelque chose d'inquiétant... Car elle intervient alors que la France joue un rôle de premier plan dans la mobilisation occidentale face à l'Iran et la Syrie. Avec l'Allemagne, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis pour contrer la volonté de la république des mollahs de se doter de l'arme nucléaire. Avec l'administration Bush pour mettre fin à l'ingérence de la dictature de Damas au Liban. Jeudi, le président syrien, qui recevait son alter ego iranien, a soutenu publiquement le programme nucléaire de Téhéran.

A la lumière de ces deux crises et de l'usage passé du terrorisme par ces deux pays pour intimider la France, le discours du président de la République prend tout son sens. Car que dit-il ? D'abord que l'arme nucléaire n'est pas destinée à dissuader des terroristes fanatiques. Comprenez les djihadistes de la mouvance Ben Laden.

Mais, par contre, le président menace d'une "réponse ferme et adaptée", qui pourrait être nucléaire, "les dirigeants d'Etats qui auraient recours à des moyens terroristes, tout comme ceux qui envisageraient d'utiliser, d'une manière ou d'une autre, des armes de destruction massive". Et il ajoute, à destination évidente de l'Iran, que les "forces stratégiques françaises" pourraient frapper les "centres de pouvoir" d'une "puissance régionale" qui "viseraient les intérêts vitaux du pays". Pour que les choses soient très claires, Jacques Chirac précise que " la garantie de nos approvisionnements stratégiques et la défense de pays alliés" font partie de ces intérêts vitaux.

Si les destinataires du message présidentiel avaient encore un doute sur la signification réelle de son discours de jeudi, il aura été totalement levé vendredi par le général Henri Bentégeat. Sur RTL, le chef d'état-major des armées françaises a exprimé son "inquiétude" devant "les intentions extrêmement belliqueuses" du régime iranien.

Difficile de ne pas penser que les plus hautes autorités de l'Etat estiment que la France est directement menacées d'une action violente par l'Iran ou son allié syrien. Et qu'elles ont décidé, par la voix du président et du chef d'état-major, de les avertir de la détermination française de ne pas se laisser intimider et même de riposter en cas d'agression terroriste ou autre.

jeudi 19 janvier 2006

L'ONU sur la gâchette

Des Casques bleus de l'ONU ont été attaqués ces derniers jours en Côte d'Ivoire et en Haïti ; l'autorité des forces sous mandat des Nations unies a été, une fois de plus, bafouée.

Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a réagi cette fois-ci avec fermeté au défi lancé à la communauté internationale par le président ivoirien, Laurent Gbagbo. Et les soldats bangladais de l'Onuci ont tiré et tué. C'est bien. Mais ils ont ensuite été évacués de deux localités de l'ouest du pays sous escorte d'une armée ivoirienne qui tolère les milices présidentielles responsables du harcèlement des Casques bleus. Humiliant.

En Haïti, plus grave encore, deux soldats jordaniens de la Minustha ont été tués dans une fusillade avec des inconnus. La mission des Nations unies ne remplit pas son mandat de stabiliser cette île où doivent se dérouler des élections générales le 7 février prochain. Des milices et de gangs proches de l'ex-président exilé Jean-Bertrand Aristide entretiennent le chaos.

Somalie, Bosnie, Rwanda... La liste est longue des pays où la démission de l'ONU et la lâcheté ou la prudence coupable du commandement des Casques bleus ont permis aux assassins de martyriser les populations civiles. Depuis 1992, Kofi Annan est directement concerné par ces échecs tragiques, que ce soit comme secrétaire général ou comme haut responsable des opérations de maintien de la paix des Nations unies. Mais la responsabilité est évidemment partagée par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie).

Il est donc plus que jamais urgent de réformer le mode d'intervention des Casques bleus qui doivent chaque fois avoir un ordre de mission clair, un équipement militaires adéquat et une injonction de tirer pour tuer quand ils sont défiés par les fauteurs de guerre. Le bras armé de l'ONU ne peut pas être un tigre de papier. Soldat de la paix ne peut pas être synonyme de soldat d'opérette. Car le prix à payer par les populations civiles est trop lourd.