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vendredi 30 décembre 2005

Otage de seconde zone

Selon que vous soyez puissant ou misérable...

Le gouvernement Villepin, les médias, la société civile et l'opinion publique appliquent le service minimum de la mobilisation pour le nouvel otage français d'Irak. Pourquoi ? Parce que Bernard Planche n'a pas la chance d'être journaliste...

Cet homme de 52 ans, ingénieur spécialisé dans la distribution d'eau et employé d'AACCESS, une organisation non gouvernementale (ONG) inconnue du grand public qui oeuvre dans le secteur économique et social,  travaillait dans la station d'épuration de Roussafa, dans l'est de Bagdad.

Au risque de sa vie, il se rendait donc utile à la population irakienne.

Il n'a pourtant pas droit à la formidable mobilisation médiatique dont a encore bénéficié, samedi dernier, l'otage franco-colombienne Ingrid Betancourt qui compte de nombreux amis hauts placés à Paris, dont le premier ministre Dominique de Villepin. Contrairement au trois journalistes ex-otages Christian Chesnot (RFI), Georges Malbrunot (Le Figaro) et Florence Aubenas (Libération), Bernard Planche n'a droit jusqu'à présent ni à son portrait géant sur une façade de mairie ni à un comité de soutien... Quand on se souvient de la débauche d'initiatives tout azimuts pour la reporter de Libération, le contraste est tout simplement affligeant...

Bernard Planche, originaire de la région de Lyon, a une famille qui passe ces fêtes de fin d'année dans l'angoisse. Sa fille, Isabelle, a lancé, ce vendredi, un appel aux ravisseurs.

La première réaction des autorités françaises, après l'enlèvement du ressortissant français le 5 décembre à Bagdad, a été de critiquer son manque de prudence. En bref, le message était : il l'a bien cherché en dépit de nos recommandations. Elégant, n'est-ce pas ?

La seconde réaction, au-delà de l'assurance classique que tout était fait pour obtenir sa libération, a été de souligner que la plus grande discrétion s'imposait. Pourquoi dans le cas de Bernard Planche et pas dans celui des journalistes ? Les autorités françaises auraient-elles conclu que la mobilisation en faveur de Chesnot, Malbrunot et Aubenas avait retardé leur libération et fait monter les enchères pour leur rançon ?

Si, dans les jours ou les semaines qui viennent, Bernard Planche est exécuté, il n'y a aura vraiment pas de quoi être fier...

jeudi 29 décembre 2005

2006, l'année TSS

L'année politique va être chaude. Dans un an, nous serons à la veille de la phase finale d'une élection présidentielle qui promet d'être passionnelle. Entre-temps, la campagne pour la candidature à l'Elysée va battre son plein tant à gauche qu'à droite. Cela va saigner...

Pour bien suivre la chronique agitée de cette tragi-comédie annoncée, il vous suffira de retenir trois lettres : T. S. S. pour "Tout Sauf Sarkozy" et "Tout Sauf Ségolène". Car les deux candidats les mieux placés pour représenter respectivement la droite et la gauche vont avoir droit à toutes les attentions de leurs "amis" politiques respectifs. Objectif : faire dérailler les deux TGV de la course présidentielle.

Sarko et Ségo peuvent s'attendre à tous les coups tordus imaginables. Mais personne ne les plaindra, car ils l'ont bien cherché ; ils savent se défendre et... attaquer. Et puis le mari de Cécilia et l'épouse de François ont la cote dans l'opinion publique et dans les médias, ce qui va souvent ensemble.

S'ils survivent tous les deux politiquement à l'année 2006, ils nous offriraient en tout cas une belle tête d'affiche pour la présidentielle 2007.

mercredi 28 décembre 2005

Camarade Poutine

L'Union européenne, son président en exercice (Tony Blair) ou le président de la Commission de Bruxelles (José Manuel Durao Barroso) vont-ils rappeler Vladimir Poutine à l'ordre démocratique ?

Le président russe utilise l'arme du gaz pour punir l'Ukraine d'avoir choisi la liberté et pour récompenser la Biélorussie de son anachronisme post-soviétique, mais, de Berlin à Paris, la Vieille Europe se réfugie dans le silence. Courage, taisons-nous...

Vladimir pourra-t-il compter encore longtemps sur la solidarité contre-nature de ses anciens partenaires du "camp de la paix" anti-américain, Jacques Chirac et Gerhard Schröder, qui lui ont décerné un brevet d'authentique "démocrate" ? Concernant l'ex-chancelier allemand, pas de problème, il est devenu l'heureux salarié du groupe russe Gazprom. Le futur ex-président français aura-t-il lui aussi droit à une récompense du tsar Poutine pour son silence complice, notamment sur le drame de la Tchétchénie  ? Nous verrons en 2007.

En attendant, "le pays a cessé d'être politiquement libre", a déclaré mardi, en remettant sa démission, Andreï Illarionov, dernier "symbole du libéralisme" au sein de l'administration présidentielle russe. Mais les ténors de l'Union européenne regardent ailleurs...

Censure à l'AFP (suite)

Dans Libération, Renaud Lecadre revient sur le conflit qui oppose le député-maire d'Asnières, Manuel Aeschlimann, à la Fondation Ostad Elahi que l'élu UMP accuse en substance d'être une secte (pour lire cet article, cliquez ici). Mais, curieusement, le quotidien de Serge July ne souffle mot du sort réservé par la direction de l'Agence France-Presse à une dépêche de son correspondant dans les Hauts-de-Seine accablante pour le maire d'Asnières. Une censure révélée la semaine dernière par "Carte de presse".

Pour lire l'article "Exclusif : Censure à l'AFP", cliquez ici ; pour lire la réponse de Manuel Aeschlimmann à "Carte de Presse", cliquez ici.

mardi 27 décembre 2005

Loup, où es-tu ?

Saisis par l'ANPE ou les Assedic d'un cas de "présomption de fraude" de la part d'un chômeur, les agents du ministère de l'emploi pourront dorénavant obtenir de l'administration fiscale le dossier du demandeur d'emploi concerné (cliquez sur ce lien pour lire le décret paru le 24 décembre 2005 au Journal officiel). Cela leur permettra notamment de détecter le travail non déclaré aux Assedic et, donc, les allocations indûment perçues.

C'est bien, c'est sain. Et l'écrasante majorité des chômeurs honnêtes ne peut que se féliciter du renforcement de la lutte contre les fraudeurs. Car ces derniers contribuent au déficit de l'Unedic et au durcissement des conditions pour bénéficier de l'indemnisation-chômage...

Fallait-il vraiment que la gauche cède à son réflexe pavlovien contestataire en hurlant au "harcèlement des demandeurs d'emploi" (PS), à la "chasse aux chômeurs" (PCF), à "Big Brother" (FO), au "flicage des chômeurs" (CGT) ou à la "guerre aux chômeurs" (Agir ensemble contre le chômage) ???

Elle va finir par effrayer les demandeurs d'emploi...

lundi 26 décembre 2005

Gangsta guérilla

Allo ? Fidel ? Lula ? Hugo ? Evo ? Mais pourquoi donc les héraults latino-américains de la gauche révolutionnaire et anti-impérialiste se taisent-ils ?

Samedi 24 décembre 2005, cela faisait 1.400 jours qu'Ingrid Betancourt, 44 ans, l'ancienne candidate à la présidence de la Colombie, était l'otage des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Elle vient de passer son quatrième Noël en captivité, loin de sa famille.

Avec elle, Clara Rojas, son ex-chef de campagne, et 3.000 autres personnes sont prisonniers de la plus vieille guérilla marxiste d'Amérique latine.

Espoir ? Cinquante-neuf de ces otages, dont Ingrid Betancourt et Clara Rojas, pourraient faire l'objet d'une négocation sur une proposition de la France, de l'Espagne et de la Suisse. Le président colombien Alvaro Uribe a accepté cette offre de médiation. Les FARC réservent leur réponse, mais se disent prêtes à rencontrer des représentants de ces trois pays.

En tout état de cause, plus de 2.900 autres victimes de ces fous de Marx, convertis au kidnapping et au trafic de drogue, continueront de croupir dans la jungle...

Pourquoi, amis révolutionnaires des FARC, n'appelez-vous pas à la libération sans condition des otages ? Les présidents cubain Fidel Castro, brésilien Luis Inacio da Silva et vénézuélien Hugo Chavez, ainsi que le futur président bolivien Evo Morales connaissent pourtant bien ces "gangsta guérilleros" qu'ils ont maintes fois rencontré à La Havane ou, il y a plus longtemps, dans le Nicaragua des sandinistes ou le Chili d'Allende...

Venant de vous, un appel commun et solennel - au nom de l'humanisme si pas du socialisme - à vos compañeros de toujours aurait toutes les chances d'être entendu.

Pourquoi ce honteux silence ?

PS : Ici, en Europe, même les artistes les plus à gauche condamnent les FARC, à l'image de Renaud et de sa chanson Dans la jungle :

" Nous t’attendons Ingrid
Et nous pensons à toi (...)

Ligotée, baillonnée
Avec ces porte-flingues
Devenus tes geôliers

Peut-être, comme moi
Les croyais-tu, naguère
Fils de Che Guevara
Et porteurs de lumière

Mais leur lutte finale
Leur matin du grand soir
C’est la haine et le mal (...) "

mardi 20 décembre 2005

Manuel Aeschlimann réagit

Le député-maire UMP d'Asnières-sur-Seine, Manuel Aeschlimann, a désiré réagir à l'enquête "Censure à l'AFP" le mettant en cause et mise en ligne ce matin sur "Carte de presse". Voici l'intégralité du texte qu'il nous a adressé :

" Mise au point de Manuel Aeschlimann

Monsieur,

J'ai pris bonne note de votre article intitulé "Censure à l'AFP". Vous y exprimez un point de vue personnel, qui, je le sais, est partagé par la Fondation Elahi. L'avenir nous dira si vous aviez raison ou tort.

En attendant, concernant la fameuse dépêche AFP dont vous supposez qu'elle a été censurée, je ne peux que vous confirmer ce que je vous ai bien volontiers dit au téléphone :

Tout d'abord, la dépêche que vous évoquez daterait du 29 octobre selon vos écrits. Je n'ai aucune raison de mettre cela en doute. Le 9  novembre dernier, j'apprends par l'intermédiaire de notre avocat, que des responsables de la Fondation Elahi ont montré un projet de dépêche AFP au Président de la Cour d'Appel de Versailles dans le cadre d'un conflit opposant ladite fondation à l'un de mes Maires-adjoints. Dès lors, je contacte le Président de l'AFP, puis Monsieur Taillefer, le directeur de l'information, afin de leur demander s'ils ont connaissance d'une dépêche signée Marc Bastian et datée de fin octobre, car moi je n'en ai pas connaissance. Après vérification de leur part, on m'informe qu'il s'agit d'un projet de dépêche, jamais paru. Je demande alors pour quelle raison ce projet est entre les mains des dirigeants de la Fondation Elahi. On me rapporte que celui-ci leur a été transmis par Monsieur Bastian « pour avis ». Je demande si cela est une pratique courante de faire valider ainsi un projet de dépêche par une des parties concernées. On me répond que non, bien évidemment. Je demande pourquoi ce projet - dont je ne connais pas le contenu - n'a pas été validé par l'AFP ? On me répond qu'il a été retoqué pour des raisons de fond. Je m'étonne en tout cas que sur un sujet si sensible - la mise sous surveillance d'un groupe par la Mission de Vigilance sur les Dérives Sectaires -  un projet de dépêche ait été soumis avant parution aux dirigeants dudit groupe. Il serait intéressant, cher Monsieur Hertoghe, que vous vous posiez aussi cette question.

Je sais que dans des affaires complexes telles que nous la vivons au sujet de la Fondation Elahi, des tentations existent de considérer que les hommes politiques sont par nature méchants, fourbes et manipulateurs. Mais la vérité n'est pas toujours à sens unique. Veuillez simplement considérer que l'action de ces personnes ne se limite pas à Asnières et à des questions d'urbanisme. Je sais qu'ils se retranchent depuis longtemps derrière cette soi-disant opposition locale pour donner à penser que nous avons des comptes politiques à régler avec eux. Cet écran de fumée ne tient pas.  Et que dire alors de leur action aux USA, en Grande-Bretagne, en Italie et en Iran ? Que dire du Mausolée qu'ils ont construit dans le Loir et Cher ? Suis-je Maire de New York, Londres ou Rome ? Comprenez que le sujet va bien au-delà d'Asnières et que des questions se posent au-delà de nos frontières. Sans réponses pour l'heure. Mais pourquoi ne pas les poser librement ?

Enfin, concernant M. Samali, ancien membre dont vous semblez douter de la franchise, je vous invite à attendre les suites judiciaires de ses plaintes avant de vous prononcer ainsi. Là encore, nous verrons bien, sans préjuger de rien. Libre à vous de considérer que cet homme est « providentiel ». Il existe, il témoigne. Ecoutons ce qu'il exprime. La justice fera le reste.

La suite des événements vous amènera à constater - et j'espère que vous le ferez avec la même détermination - qu'il n'y a eu ni censure, ni manipulation. Il n'y a eu qu'une volonté, de la part d'élus, de demander aux pouvoirs publics de faire toute la transparence sur l'action d'un groupe de personnes aux multiples facettes.

Je m'en remets aux instances compétentes pour traiter ce problème.

Bien à vous.

Manuel Aeschlimann "

PS : Je ne désire pas polémiquer avec Monsieur Aeschlimann. Mais je n'accepte évidemment pas que mon enquête de journaliste indépendant et l'article qui en a résulté soient qualifiés de simple "point de vue personnel". Et je tiens à rassurer le député-maire d'Asnières: je n'ai ignoré durant mon enquête aucune des questions qu'il m'invite à me poser. Les réponses qui m'ont été apportées ne remettent toutefois pas en cause, à mes yeux, la conclusion de mon article. Alain Hertoghe

Exclusif : Censure à l'AFP

Nicolas Sarkozy a-t-il eu la main heureuse en nommant le fringuant député-maire d'Asnières-sur-Seine, Manuel Aeschlimann, "Monsieur opinion publique" de l'UMP ? Au vu de son brillant curriculum vitae de météorite politique et du rythme auquel il envoie au patron du parti majoritaire des notes affûtées sur les attentes des Français pour 2007, certainement.

Mais l'actuel ministre de l'intérieur et futur candidat présidentiel sera peut-être surpris d'apprendre que sa nouvelle recrue ne se limiterait pas à étudier l'opinion publique. L'élu d'Asnières (Hauts-de-Seine) aurait aussi tendance à la manipuler quand il ressent le besoin de mettre au pas une opposition locale trop remuante à son goût.

"Carte de presse" a en effet appris qu'une dépêche de l'Agence France-Presse (AFP), au contenu très contrariant pour Manuel Aeschlimann, avait été victime de ce qui ressemble furieusement à une censure. Et le député-maire d'Asnières, sa réputation de Sarko boy, ainsi que sa manie des plaintes en diffamation ne seraient pas pour rien dans la "courageuse" décision de la hiérarchie de l'AFP de garder sous le coude la désobligeante enquête.

Interrogé par "Carte de presse", l'auteur de l'article en question, Marc Bastian, correspondant de l'AFP pour les Hauts-de-Seine, s'est limité à un simple et bref "pas de commentaire". Manuel Aeschlimann, pour sa part, nous a confirmé avoir évoqué la dépêche préparée par Marc Bastian avec Pierre Taillefer, le directeur de l'information de l'AFP. Ce que reconnaît ce dernier. Mais le numéro deux de l'agence, également interrogé par "Carte de presse", dément par contre toute censure. Et il rejette tout lien entre sa discussion avec le maire d'Asnières et la décision de "passer à la trappe", selon sa propre expression, l'enquête prête à être diffusée sur le fil de l'AFP dès le 29 octobre dernier.

Mais revenons d'abord un peu en arrière pour tenter de comprendre le funeste sort réservé à cette dépêche.

Le 22 octobre dernier, le quotidien Le Monde publiait deux articles sur ce qui allait rapidement devenir "l'affaire Elahi" dans les médias. Le journaliste Gérard Davet y révélait que la Direction centrale des renseignements généraux (DCRG) et la Direction de la surveillance du territoire (DST) avaient dans leur ligne de mire une "organisation Elahi". Dans une note datée du 7 septembre, la DCRG qualifiait en substance de secte cette nébuleuse mystico-religieuse d'origine iranienne, basée à Asnières, qui essayerait d'infiltrer les institutions municipales. Rien que cela ! Voilà une note des RG tombant comme pain béni pour Manuel Aeschlimann qui dénonçait justement depuis un moment les agissements du supposé gourou Bahram Elahi, un de ses administrés, et de sa supposée secte. (Pour plus de détails, lire les articles du Monde en cliquant ici)

Mais le journaliste du Monde a négligé d'informer ses lecteurs du fait que le maire d'Asnières avait un ancien et lourd contentieux, sur des questions d'urbanisme, avec des associations de quartier dont certains animateurs étaient également membres de la Fondation Ostad Elahi, sise à Paris et présidée par son fils, le "gourou" Bahram Elahi. De là à imaginer que Manuel Aeschlimann pourrait avoir eu intérêt à intimider des associations locales flirtant de plus en plus avec son opposition municipale, il n'y a qu'un pas franchi sans hésitation par Luc Bérard de Malavas. "La polémique récente autour de la Fondation Ostad Elahi est une machination politique venant de l'UMP", a déclaré à l'AFP le président du groupe socialiste au conseil municipal d'Asnières. Ambiance !

L'histoire de la menaçante "organisation Elahi" révélée par Le Monde allait en tout cas rapidement connaître un franc succès dans les médias (AFP, FR3 Île-de-France, Canal Plus, 20 minutes, Marianne...). Parfois agrémentée du terrifiant témoignage d'un supposé ex-adepte, Mohammad Farshid Samali, affirmant avoir les tueurs d'Elahi aux trousses. Aux journalistes qui s'informent à la mairie d'Asnières sur cette affaire, Manuel Aeschlimann ou son directeur de cabinet, Francis Pourbagher, propose en effet, outre un volumineux dossier à charge contre la "secte", une rencontre avec ce témoin providentiel...

Alors que contient donc de si dérangeant, pour l'élu d'Asnières, l'article qui n'est pas devenu jusqu'à ce jour une dépêche officielle de l'AFP ? Selon les informations de "Carte de presse", cette enquête nous apprend, sources de haut niveau à l'appui, que la communauté française du renseignement n'a mené en réalité aucune investigation sur ladite "organisation Elahi". Plus étonnant encore : les auteurs de la note des RG citée par Le Monde assurent que son inspirateur ne serait autre que... Manuel Aeschlimann lui-même.

Susciter une note des RG, manipuler Le Monde et obtenir la censure de la contre-enquête de l'AFP : franchement, si tout cela est vrai, même pour un "Monsieur opinion publique", chapeau !

Le député-maire d'Asnières dément évidemment cette présentation des faits. Il jure ses grands dieux qu'il a appris l'existence de la note des RG en lisant Le Monde. D'autre part, selon lui, il a appelé Pierre Taillefer, le directeur de l'information de l'AFP, le 9 novembre dernier, parce que ses avocats venaient de lui apprendre que les conseils de la Fondation Ostad Elahi avaient utilisé la dépêche non publiée de l'AFP dans une procédure de justice les opposant. Toujours d'après Manuel Aeschlimann, le directeur de l'information lui a déclaré que la fameuse dépêche ne serait pas mise sur le fil AFP parce qu'elle n'était "pas équilibrée".

Pierre Taillefer ne veut ni confirmer ni démentir cette version de l'élu UMP. Mais il précise que l'article de Marc Bastian avait été "bloqué par son chef de service", avant l'appel de Manuel Aeschlimann, pour un "problème d'écriture" car il était "un peu ésotérique" et "compliqué à comprendre".

En l'état de ses informations, "Carte de presse" maintient toutefois sa conclusion qui contredit les versions du député-maire d'Asnières et du directeur de l'information de l'AFP : la dépêche, rédigée on ne peut plus clairement, a bien été victime d'une censure pour son contenu, suite à une intervention directe de celui qui aime à rappeler à ses interlocuteurs qu'il est proche de Nicolas Sarkozy et qu'il a d'excellents avocats experts ès diffamations...

lundi 19 décembre 2005

Bush à l'offensive

"Non seulement non pouvons gagner la guerre en Irak, (mais) nous sommes en train de gagner la guerre en Irak." George W. Bush, 18 décembre 2005

Cette affirmation du président américain, qui s'est adressé dimanche aux Américains depuis le bureau ovale de la Maison Blanche pour la première fois depuis le déclenchement de la guerre d'Irak en 2003, fera ricaner de ce côté de l'Atlantique. Pourtant, le discours à la nation de Bush (version complète en anglais) ne fait l'impasse ni sur les erreurs commises ni sur les difficultés rencontrées par son administration depuis la chute de la dictature de Saddam Hussein.

Fort du succès des élections législatives en Irak, la semaine dernière, et de la tenue, ce lundi, de la première réunion d'un Parlement élu en Afghanistan depuis trente ans, le président ne promet pas à ses compatriotes la fin des sacrifices. Au contraire. Mais il affirme sa résolution à ne pas retirer les troupes américaines d'Irak de manière anticipée.

Après un long flottement dans l'opinion publique et la classe politique américaines, Bush, qui a prononcé cinq discours sur l'Irak depuis la fin novembre, semble obtenir à nouveau un consensus ad minima pour ne pas céder à  la pression des groupes insurgés et terroristes irakiens.

Dans un sondage Ipsos pour l'agence Associated Press, une majorité d'Américains se déclarent en effet opposée à un retrait immédiat d'Irak. Pour 57% des personnes interrogées, les GI doivent rester jusqu'à la stabilisation du pays. Par ailleurs, sur le front politique, la chambre des représentants a adopté vendredi dernier une résolution allant dans le même sens. Ce texte a divisé l'opposition démocrate.

Si la bataille d'Irak est loin d'être gagnée, le président Bush n'est visiblement pas prêt à déclarer forfait.

samedi 17 décembre 2005

24 heures chrono

Votre blog préféré :o) a été indisposé pendant presque 24 heures. Explication : Typepad, le service de publication de Weblogs qui héberge "Carte de presse", a réalisé une opération de maintenance qui s'est transformée en plantage... Si vous désirez en savoir plus, toute l'info se trouve sur Pointblog. Il semble que le service soit rétabli.

Ravi de vous retrouver !

vendredi 16 décembre 2005

Démocratie arabe

Le courage irakien et la persévérance américano-britannique feront-ils mentir les Cassandre ? Après avoir évité la guerre du Vietnam et la bataille de Stalingrad, promises par les prophètes du malheur anglo-saxon dès les premiers jours de la blitzkrieg de 2003, après avoir déjoué les pronostics d'une partition rapide du pays entre chiites, sunnites et kurdes une fois Saddam Hussein renversé, l'Irak va-t-il également conjurer les dangers de chaos perpétuel, de guerre civile et de République islamique ?

Non, évidemment, si vous écoutez ou lisez tous ceux pour qui une issue heureuse pour le peuple irakien signifierait une terrible blessure narcissique tant ils ont tenu, depuis trois ans, la chronique d'une catastrophe annoncée... de l'entreprise de Bush, Blair and Co.

Oui, si vous restez raisonnablement optimiste au vu de la volonté démocratique des Irakiens, de la participation des principales forces politiques au processus électoral et parlementaire, ainsi que de la détermination de l'establishment politico-militaire américain à ne pas retirer ses troupes d'Irak tant que sa nouvelle armée ne pourra affronter seule les nostalgiques de la dictature et les terroristes djihadistes.

Ce jeudi 15 décembre, les Irakiens ont démontré pour la troisième fois en un an leur choix de la voie électorale. Cette fois, les chiites et les kurdes ont été rejoints en masse dans les bureaux de vote par les sunnites qui ont ainsi désavoué les groupes armés opposés à la démocratie.

Les forces politiques des trois communautés vont devoir maintenant trouver un terrain d'entente pour gouverner. Mais la recherche, logiquement longue et difficile, d'un compromis historique entre elles devrait être encouragée par l'absence d'un parti politique dominant issu des urnes et par la pression persistante des partisans de la violence.

Aux Etats-Unis, enfin, le débat houleux en cours depuis plusieurs mois sur le maintien des GI en Irak et la stratégie militaire à adopter pour vaincre l'insurrection arrive à son terme. Ce vendredi, à l'initiative des républicains, la chambre des représentants devait adopter une résolution affirmant que "fixer un calendrier artificiel pour le retrait d'Irak des forces américaines (...) est fondamentalement inconciliable avec l'obtention de la victoire".

Les Irakiens feront-ils rougir de honte les pythies qui les déclaraient inaptes pour la démocratie ? C'est tout le malheur qu'on leur souhaite...

jeudi 15 décembre 2005

Courage démocratique

Plus de 7.500 candidats, plus de 300 formations politiques, une vingtaine de coalitions et un fort taux de participation des 15,5 millions d'électeurs appelés aux urnes ce jeudi pour choisir leur Assemblée nationale : n'est-ce pas une démonstration magistrale du désir démocratique des Irakiens que ni les bombes ni les balles n'intimident ?

L'engouement des sunnites, qui avaient peu participé aux scrutins précédents, contrairement aux chiites et aux kurdes, rend toujours possible la perspective la plus optimistes parmi les trois que je vous avais présentées en octobre dernier : pour les relire, cliquez sur "Scénarios pour l'Irak".

L'amour vache

En France, Lula, on l'aime. En France, le Brésil, on l'adore... Sauf quand ils nous demandent d'être un peu moins égoïstes !

De Jacques Chirac à José Bové, Luis Inacio da Silva n'a que des amis politiques en France. La droite comme la gauche se poussent du coude pour être sur la photo avec l'ancien syndicaliste devenu président du Brésil. Le chef de l'Etat français avait tenu à avoir la coqueluche des altermondialistes à ses côtés comme hôte d'honneur pour les cérémonies du dernier 14 juillet. Et, au-delà de Lula, nous aimons tellement son pays que nous lui consacrons actuellement une année spéciale.

Par contre, quand les Brésiliens nous demandent de renoncer à notre protectionnisme agricole pour permettre leur développement, il n'y a plus personne ! Or les données du problème sont limpides : le Brésil de Lula, qui conduit le G20 des pays du Sud, demande à la France de ne plus paralyser l'Union européenne qui, du coup, bloque les négociations sur le volet agricole de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Pourtant, remettre en question la Politique agricole commune (PAC) permettrait non seulement de satisfaire Lula, les Brésiliens et les agriculteurs du tiers-monde, mais également de débloquer les négociations sur le budget européen. La France, le pays qui dit non, non, non... à l'image de la poupée de Michel Polnareff...

mercredi 14 décembre 2005

Liberté pour l'histoire !

La polémique continue d'enfler sur l'article d'une loi du 23 février 2005 qui stipule que "les programmes scolaires reconnaissent le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord".

Confronté à un débat qui tourne au grotesque, écoutons les 19 historiens (1) qui, dans leur texte " Liberté pour l'histoire ! ", demandent l'abrogation de cet article de loi, mais aussi d'articles des lois du 13.7.1990 (réprimant tout acte raciste, antisémite ou xénophobe), du 29.1.2001 (reconnaissant le génocide arménien de 1915) et du 21.5. 2001 (reconnaissant la traite et l'esclavage en tant que crime contre l'humanité).

"Dans un Etat libre, écrivent-ils, il n'appartient ni au Parlement ni à l'autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l'Etat (...) n'est pas la politique de l'histoire (...) Nous demandons l'abrogation de ces dispositions législatives indignes d'un régime démocratique."

(1) Jean-Pierre Azéma, Elisabeth Badinter, Jean-Jacques Becker, Françoise Chandernagor, Alain Decaux, Marc Ferro, Jacques Julliard, Jean Leclant, Pierre Milza, Pierre Nora, Mona Ozouf, Jean-Claude Perrot, Antoine Prost, René Rémond, Maurice Vaïsse, Jean-Pierre Vernant, Paul Veyne, Pierre Vidal-Naquet et Michel Winock.

Pour lire le texte " Liberté pour l'histoire ! ", cliquez ici.

mardi 13 décembre 2005

Les voyous de Damas

Il suffit !

Une nouvelle fois, un militant de la liberté a été assassiné au Liban. Gebran Toueni, journaliste, éditorialiste et directeur du journal An Nahar, a été victime ce lundi d'un attentat à la voiture piégée dans la capitale libanaise.

Une nouvelle fois, depuis l'assassinat de l'ex-premier ministre Rafic Hariri, le printemps de Beyrouth qui s'ensuivit et la fin de l'occupation syrienne, les tueurs de l'ombre sèment impunément la terreur au pays du Cèdre.

Qu'il s'agisse d'un meurtre commandité par le dictateur syrien Bachar Al Assad, par un des clans de Damas ou par une de leurs succursales libanaises, la date n'a pas été choisie par hasard. Gebran Toueni a été tué le jour de la remise au Conseil de sécurité des Nations unies du second rapport de la commission d'enquête de l'ONU sur l'assassinat de Rafic Hariri. Un document accablant pour le régime de Damas.

C'est d'évidence, au-delà des cibles choisies, tout un peuple que l'on veut intimider par le terrorisme. Voire également ceux qui soutiennent son aspiration à l'indépendance. Hier voiture piégée à Beyrouth, demain à Berlin ou à Paris ?

Le conseil de sécurité de l'ONU, qui se réunit ce mardi pour étudier le rapport de l'Allemand Detlev Mehlis, doit prolonger le mandat de sa commission d'enquête et l'élargir à l'ensemble des "exécutions" ayant suivi celle de Rafic Hariri, comme le demande le gouvernement libanais.

La communauté internationale doit toutefois envoyer rapidement un avertissement solennel à la Syrie de Bachar Al Assad. Elle doit prendre immédiatement des sanctions à l'égard de son régime et l'avertir qu'il s'expose dorénavant aux foudres militaires de l'ONU... ou de ses membres les plus déterminés à désarmer les Etats voyous. Les démocraties doivent savoir - elles aussi - montrer leurs muscles...

lundi 12 décembre 2005

Le 1% présidentiel

Nous connaissions le 1% patronal, avec Jacques 1er, nous découvrons le 1% présidentiel. Pour les Français interrogés par l'institut Ifop à l'intention du Journal du dimanche, le président sortant ne devra surtout pas hésiter à... sortir au printemps 2007. Bernadette peut d'ores et déjà se préparer à récupérer son grand Jacques pour elle toute seule. Car il n'y a qu'un Français sur cent qui le souhaiterait comme candidat de l'UMP à la prochaine présidentielle. Un plébiscite inversé.

Inutile de vous dire que les chiraquiens se grattent la tête. Non seulement leur grand manitou est totalement has been, mais devinez à qui vont les faveurs des sympathisants UMP comme candidat 2007 ? Bisque bisque rage ! A Nicolas Sarkozy, of course... 60% d'entre eux le veulent comme champion du parti de droite (Ifop). Un score qui monte même à 66% - deux sur trois - d'après l'institut CSA pour Le Parisien Dimanche.

Et Dominique Galouzeau de Villepin, le dauphin de la maison Chirac ? Bof ! répondent les sympathisants de l'UMP (19% pour l'Ifop, 26% pour le CSA). Par contre, le meilleur poète de France semble avoir un formidable avenir chez les sympathisants de gauche : 25% d'entre eux (Ifop), voire 52% (CSA) le verraient bien... candidat de l'UMP.

Oui, vous avez remarqué, là, il y a une petite distorsion dans les résultats avancés ce dimanche par les deux instituts de sondages : 25% et 52%, ce n'est pas exactement la même chose et il ne s'agit pas d'une inversion malheureuse des chiffres...

En fait, je vous ai gardé le meilleur pour la fin. Car, si les sympathisants de l'UMP plébiscitent Sarko, son Kärcher et sa racaille, les Français en général, eux, ne savent pas où donner de la tête. Pour l'institut Ifop, 36% souhaitent que Sarkozy soit le candidat de l'UMP (19% préfèrent Villepin). Mais, pour l'institut CSA, c'est le contraire : 41% veulent Villepin (38% penchent pour Sarkozy). Késako ???

Depuis 2002, les sondeurs savaient les Français d'humeur électorale changeante. Mais le duel entre le premier ministre et son ministre de l'intérieur leur donnent visiblement le tournis. Quand le CSA les interroge les 7 et 8 décembre, c'est Villepin. Quand l'Ifop les questionne les 8 et 9 décembre, c'est Sarkozy. Voilà ce qu'on peut appeler un suspense 24 heures chrono... Jack Bauer, au secours !

Pour l'anecdote rigolote, l'agence de presse Associated Press n'a pas perdu son flegme face à l'inconséquence française. Samedi, elle a successivement annoncé "Nicolas Sarkozy, meilleur candidat de l'UMP à la présidentielle, selon un sondage" (18h00), puis "Dominique de Villepin, meilleur candidat de l'UMP à la présidentielle, selon un sondage" (18n17).

Donc, pour résumer : Chirac est out ; Sarkozy et Villepin sont tous les deux in... Une bataille de titans nous attend. Que le meilleur gagne... :-)))

dimanche 11 décembre 2005

Hit-parade de l'humeur

Voici le classement des billets les plus commentés sur Carte de presse depuis sa création en juin 2005 :

1) Au nom de l'union (869)

2) Torture made in USA (768)

3) Du sang et des larmes (592)

Minuit moins cinq... (421)

Victoire d'étape (351)

Big Bang Sharon (307)

Séance de rattrapage (297)

Kaïra Forever (261)

Sa Majesté à poil (259)

La thèse du complot (246)

Pour info : Si, en moyenne quotidienne, le site d'information Lemonde.fr compte 1600 fois plus de pages vues que Carte de presse, il ne reçoit que 40 fois plus de réactions des internautes (pour Lemonde.fr : total des commentaires sur les blogs hébergés + les contributions aux forums + les avis sur les articles = environ 4000 ; pour Carte de presse : total des commentaires sur les billets quotidiens = environ 100).

Vous êtes donc sur un blog très commenté... :-)

vendredi 09 décembre 2005

Complexe français

La France a mal à son histoire coloniale. La République - sa classe politique en tout cas - est sens dessus dessous. Le président cogite. Le premier ministre s'agite. Le ministre de l'intérieur rumine. La majorité se divise. L'opposition l'engueule.

Pourquoi ? Parce que l'article 4 d'une loi votée le 23 février 2005 stipule que "les programmes scolaires reconnaissent le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord". Une préconisation votée comme un seul homme par l'UMP et qui recueille l'approbation massive des Français, selon un sondage CSA.

"Le rôle positif de la présence française outre-mer" : devrait-il y avoir polémique sur ce bout de phrase ? Est-il raisonnable de réagir comme si cette évidence historique sous-entendait que la France et les Français ne savent pas, comme le reste de la planète, que la colonisation a été brutale, cruelle, source de violations des droits de l'Homme, ainsi que de crime contre l'humanité à travers l'esclavage ?

Non seulement ce n'est pas raisonnable, mais c'est absurde. En effet, en dépit de la violence unilatérale qu'a signifié la colonisation, en dépit de la monstruosité qu'a représenté l'esclavage de l'Homme par l'Homme, "le rôle positif de la présence française outre-mer" constitue aussi une réalité incontournable. Le nier constitue une autre forme de révisionnisme.

Si tel n'avait pas été le cas, la Francophonie aurait-elle un sens ? un 23e sommet franco-africain viendrait-il de se tenir à Bamako ? les populations des Antilles seraient-elles démocratiquement et librement françaises ? Sachons raison garder ! La colonisation a bien été le point de départ de la rencontre entre les Français et les Africains. Faut-il la regretter, cette rencontre historique encore féconde de nos jours ?

Reste que le président de la République prépare une intervention solennelle sur le sujet pour apaiser les esprits, notamment outre-mer. L'Elysée compte d'excellents rédacteurs de discours, mais je me permets néanmoins de lui suggérer les phrases suivantes :

"Une République fondée sur l'égalité de tous était devenue une prison pour des millions (...) ces fils et filles volés à l'Afrique ont aidé à éveiller la conscience de la France (...) Les Hommes vendus comme esclaves ont aidé à construire une France libre (...) Le cheminement de ma Nation vers la justice n'a pas été facile et il n'est pas encore achevé..."

Soyez gentils de ne surtout pas lui signaler qu'il s'agit d'un extrait du discours ("Amérique" remplaçant "France") prononcé par George W. Bush sur l'île de Gorée, lors de sa visite officielle au Sénégal.  Jacques Chirac déteste plagier les bons auteurs...

jeudi 08 décembre 2005

Blair émissaire

Au fond, le monde est devenu facile à comprendre. Vu de France s'entend... A tout problème, son bouc émissaire. Et, quand ce n'est pas la faute à Bush, c'est la faute à Blair !

L'Union européenne fait du surplace ? En français dans le texte, la coupable, toute désignée, sera cette bonne vieille "perfide Albion"...

Il faut dire que Tony Blair a transformé les six mois de présidence britannique de l'UE en un tel "succès" qu'il se retrouve seul au monde avec Malte pour défendre son projet de budget communautaire pour les années 2007 à 2013. La grande majorité des autres pays membres critiquent la proposition de Londres que le président de la Commission européenne, José Manuel Durao Barroso, a cruellement qualifié de "budget pour une mini-Europe". Quelle ironie de voir Barroso et Jacques Chirac, qui s'échangeaient, il y a peu encore, des noms d'oiseaux, s'entendre soudain comme larrons en foire pour remonter les bretelles au premier ministre britannique.

Et, comme si cela ne suffisait pas au bonheur de Tony Blair, les eurosceptiques de Londres, son ministre des finances et rival travailliste Gordon Brown en tête, le brocardent pour avoir trahi l'Union Jack en acceptant de réduire le rabais britannique sur le budget européen...

Personne ne pleurera toutefois sur la mauvaise passe du locataire du 10, Downing Street qui semble avoir perdu beaucoup de son allant depuis les attentats terroristes de juillet dernier à Londres. Car la déception est à la hauteur des espérances soulevées par le discours de juin de Tony Blair devant le Parlement européen. Il promettait une "nouvelle frontière" au Vieux Continent tétanisé par l'échec du projet de Constitution de l'UE.

Cela étant acté, il serait pour le moins malhonnête de faire comme si la paralysie européenne actuelle n'avait rien à voir avec la victoire du non au référendum constitutionnel en France et aux Pays-Bas, l'interminable agonie politique de Jacques Chirac et, enfin, la longue vacance de pouvoir que vient de traverser l'Allemagne.

Surtout que, sur le fond, Tony Blair a autant tort de s'entêter à préserver le fameux "chèque britannique" que le président français de défendre bec et ongle le "chèque paysan" de la France en exigeant le status quo de la Politique agricole commune. Maintenir la PAC en l'état entrave par ailleurs les négociations à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et le développement du tiers monde. La base d'un compromis semble évidente...

On peut donc anticiper que Timothy Garton Ash du quotidien britannique The Guardian a raison quand il parie sur un accord, à partir de la proposition de Tony Blair, au sommet européen de la semaine prochaine. Pour le salut de l'Europe et la réputation de ses têtes d'affiche, chacun ferait un petit pas vers l'autre, et tout le monde repartirait... mécontent.

"Telle est, conclut le journaliste anglais, la voie européenne du bonheur."

Bal des hypocrites (épilogue)

Et voilà, la page est tournée.  Courage ! Fuyons les questions dérangeantes à notre si chère amie Condi... : telle a été, comme il était prévisible, l'attitude des Européens lors de leur dîner bruxellois avec la secrétaire d'Etat (selon les agences mondiales américaine, française et britannique, AP, AFP, Reuters).

"Prisons secrètes : les membres de l'Otan "satisfaits" des explications de Condoleezza Rice" (Associated Press)

"CIA : Condoleezza Rice rassure les Européens et dissipe les tensions" (Agence France-Presse)

"Condoleezza Rice rassure l'Otan sur le sort des prisonniers" (Reuters)

mercredi 07 décembre 2005

Bal des hypocrites

Il aura suffi qu'à la veille de son arrivée en Europe, Condoleezza Rice élève suavement mais fermement le ton pour que les gouvernements de l'Union européenne se couchent illico presto.

"Vous êtes bien gentils, mais je vous rappelle que nous sommes en guerre et que vous êtes nos alliés", a déclaré en substance la secrétaire d'Etat américaine au sujet de la polémique transatlantique sur ces "prisons secrètes" de la CIA en Europe où les services secrets américains soumettraient des terroristes djihadistes à la question, ainsi que sur l'utilisation régulière d'aéroports du Vieux continent pour leur transport vers des pays - notamment au Moyen-Orient - où ils seraient torturés.

Depuis que le Washington Post a révélé cette affaire début novembre et jusqu'au départ de "Condi" Rice de la capitale fédérale américaine, les dirigeants européens n'avaient peur de rien ni de personne. Ils exigeaient des explications, par écrit et publiquement, envisageant même, pour certains, des sanctions contre les pays membres de l'Union européenne qui auraient accepté l'installation de "prisons secrètes" sur leur sol... Ils attendaient la patronne de la diplomatie américaine et elle allait entendre ce qu'elle allait entendre.

Mais, avant de s'embarquer pour l'Europe, Mme Rice a recadré le débat. En clair : nous respectons la légalité internationle et nous ne torturons pas, mais je vous rappelle que les renseignements obtenus grâce à nos interrogatoires de terroristes présumés ont déjà permis de sauver de nombreuses vies, européennes notamment. Entre les lignes : si la coopération antiterroriste entre nos services secrets ne vous plaît pas, voulez-vous y mettre fin ? ; et vous, au fond, vous aimeriez que nous mettions sur la place publique le détail des activités de vos agences de renseignements ?

Dès la première étape de Condi, mardi à Berlin, le ton avait changé. La nouvelle chancelière allemande, Angela Merkel, a trouvé épatantes les explications américaines. Et gageons que les derniers grognons auront retrouvé leur bonne humeur, ce mercredi soir, pour le dîner qui réunira les dirigeants de l'UE et de l'OTAN à Bruxelles.

Reconnaissons toutefois que les dirigeants européens ont un fameux toupet ! Car soit ils savent parfaitement ce que font les services secrets américains sur leur sol et bonjour l'hypocrisie, soit ils devraient le savoir et bonsoir l'incompétence. Dans le premier cas - le plus probable tant les Blair, Chirac et Zapatero se félicitent régulièrement de l'excellente coopération américano-européenne en matière de renseignements - pourquoi jouent-ils aux vierges effarouchées ? Dans le second cas, l'amateurisme de leurs propres services secrets auraient de quoi sérieusement angoisser des citoyens européens également visés par le terrorisme djihadiste...

PS : Sur la question de fond du respect des droits de l'Homme dans la lutte antiterroriste, je vous rappelle mon billet du 17 novembre 2005 : Terrorisme made in USA.

mardi 06 décembre 2005

Le président absolu

Hugo Chavez, la nouvelle mascotte latina du Monde diplomatique, d'Attac et de toute la gôche-de-la-gôche française, a des soucis. Son Mouvement de la Ve République et les autres partis de sa majorité présidentielle auraient remporté, dimanche, les 167 sièges de l'Assemblée nationale du Venezuela. Un Parlement 100% sous contrôle ! Le président Chavez, toujours populaire dans le petit peuple, va pouvoir remodeler la Constitution à sa guise et permettre ainsi sa propre réélection à la magistrature suprême ad vitam eternam... Voilà sa "révolution bolivarienne" et son "socialisme du 21e siècle" promis à un avenir sans nuages.

Mais alors de quoi se plaint le caudillo absolu assuré du pouvoir total ? Du boycott de l'opposition, pardi ! L'ancien militaire putschiste le qualifie de "coup d'Etat électoral". Il faut dire que les adversaires politiques du vociférant de Caracas peuvent revendiquer au moins partiellement l'abstention de 75% des électeurs ! Même pour un admirateur du dictateur cubain Fidel Castro, son parrain en révolution, un seul électeur sur quatre qui se déplace, cela ne s'appelle pas un plébiscite... :-) On comprend qu'il veuille faire porter le chapeau à George W. Bush, accusé d'être l'auteur caché du putsch abstentionniste. Après tout, si l'odieux yankee est déjà responsable - entre autres - du terrorisme mondial et du réchauffement planétaire, pourquoi ne pas charger encore un peu sa barque ?

Bon, vous avez compris ? Hugo Chavez est un vrai démocrate, bienfaiteur de son peuple et de l'humanité ; quant à ses adversaires politiques, des partis d'opposition au patronat, en passant par les médias, l'Eglise et plusieurs syndicats, ils sont vendus à l'impérialisme américain, malfaiteur notoire des "peuples", comme on disait à l'époque du communisme triomphant. Point à la ligne. Il n'y a rien à voir. Circulez ! Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes altermondialistes... :-)))

Les rapports d'Amnesty International (2005, Les droits humains menacés), d'Human Rigths Watch (2005, Lettre au président Chavez) ou de Reporters sans frontières (2005, Des journalistes agressés) relèvent des entorses au respect des droits de l'Homme au Venezuela ? Et alors ? C'est pour le bien de la démocratie, du socialisme et de l'altermondialisme ! Ce pôvre Hugo ne fait que se défendre et défendre son peuple agressé par l'Empire de Bush & Co !

lundi 05 décembre 2005

La reine Ségolène

Les mâles présidentiables du Parti socialiste seraient bien avisés de labourer les fédérations. Dominique, Jack, Laurent et les autres ont en effet intérêt à séduire un maximum de militants avant les primaires du PS de l'automne 2006. Car l'ouragan Ségolène emporte tout sur son passage : les Français en général, les sympathisants socialistes en particulier et demain - pourquoi pas ? - les adhérents du parti.

D'après le nouveau sondage Ifop pour Le Journal du dimanche, Ségolène Royal arrive clairement en tête des présidentiables du PS chez les "sympathisants" : avec 29% des "suffrages", elle fait deux fois mieux que Jack Lang, Dominique Strauss-Kahn, François Hollande ou Bernard Kouchner. Laurent Fabius, lui, n'obtient que 8% des "votes", comme Martine Aubry. Et rappelons que, dans un récent sondage CSA pour Le Monde, la Royal apparaissait déjà comme le meilleur candidat socialiste pour l'ensemble des Français, avec 56% (contre 54% pour Jack Lang).

Les machos du PS doivent donc résister à tout prix à la tentation démocratique de désigner leur prétendant à l'Elysée à la mode de la gauche italienne : des primaires ouvertes à tout le monde, auxquelles les sympathisants socialistes seraient évidemment les premiers à participer. Car Ségolène Royal serait élue haut la main. Même la formule des primaires réservées aux adhérents pourrait castrer les ambitions présidentielles des garçons du PS.

Et pourquoi ne pas revenir à la méthode de la sélection par le comité directeur, comme au bon vieux temps de François Mitterrand ? Cela éviterait à la gauche d'avoir toutes ses chances de gagner, à la République de se retrouver en jupons et à François Hollande - pacsé avec Ségolène - de jouer à la potiche de l'Elysée...

vendredi 02 décembre 2005

Gay parents

Faut-il ou non autoriser les couples homosexuels à adopter des enfants ? C'est encore un débat dans nos sociétés, mais, de facto, il est déjà tranché ! Les députés belges ont voté ce vendredi une proposition de loi ouvrant aux couples gays le droit à l'adoption d'enfants.

Un droit déjà reconnu aux homosexuels, selon des modalités diverses, en Allemagne, au Canada, au Danemark, en Espagne, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, en Suède... La tendance semble irréversible.

Est-ce un bien ou un mal ? Ce débat est plus idéologique qu'empirique jusqu'à présent. Nous n'aurons une réponse fiable que dans deux ou trois décennies.

En attendant, les enfants de parents gays vont être de plus en plus nombreux dans les cours de récréation de nos écoles. Si leur équilibre affectif et psychologique nous importe, et quelle que soit notre opinion sur le sujet, préparons-nous et préparons les enfants d'hétéros à mieux les recevoir que ne l'ont été en leur temps les enfants de divorcés. Car il serait paradoxal - et lamentable - que les enfants d'homos soient traumatisés par... les hétéros et leurs enfants...

Le cinquième pouvoir

Tribune publiée dans Metro

Quelles seront les vedettes de l’élection 2007 ? Côté médias, ce seront les weblogs et les "jouebs". D’ores et déjà, les blogs (de Web et log, journal de bord dans l’aviation ou la navigation) consacrés à l’actualité se multiplient. Et se transforment en jouebs (JOUrnaux multimédias du WEB). Demain, tous journalistes ? Certainement pas. Mais tous producteurs potentiels d’information ? Non, pas demain… Dès aujourd’hui !

Pour quelques milliers d’euros, le premier citoyen venu peut acquérir le matériel nécessaire (un ordinateur, un appareil photo, un enregistreur et une caméra numériques, ainsi qu’un kit de connexion haut débit et sans fil à Internet) pour se transformer en petite entreprise multimédia. La concentration des médias traditionnels dans des grands groupes industriels renforce le pouvoir de quelques uns sur l’information du plus grand nombre. Mais, en parallèle, la révolution numérique annonce l’ère médiatique horizontale, tout le monde pouvant informer tout le monde.

En 2004, la présidentielle américaine a intronisé les blogs journalistiques indépendants, dont les plus sérieux et les plus fréquentés ont été traités comme des médias à part entière. Mais l’événement aura été la démission de Dan Rather, le Patrick Poivre d’Arvor américain. Des blogueurs ont démontré que des documents avancés par le présentateur de CBS pour démontrer que George W. Bush avait intrigué pour ne pas faire la guerre du Vietnam, étaient en réalité des faux.

Mais le rôle de "cinquième pouvoir" des blogs, contrebalançant celui de la presse qui surveille les trois premiers (exécutif, législatif, justice), n’est qu’une étape. Car les blogueurs ne vont pas tarder, pour assurer leur notoriété, à révéler des informations avant ou à la place des médias classiques. Qu’ils soient détenteurs ou pas d’une carte de presse, ils n’ont pas de compte à rendre à une rédaction en chef. Et ils sont moins sensibles aux pressions ou au politiquement correct.

Les blogs sont-ils fiables ? Si une rédaction professionnelle et le caractère payant d’un média garantissaient à eux seuls la crédibilité, cela ce saurait ! Les internautes, qui peuvent réagir en temps réel au contenu des blogs, feront le tri entre les manipulateurs, les dilettantes et ceux qui font preuve de rigueur et d’honnêteté. Car l’opinion veut d’abord savoir qui lui fournira les informations et les commentaires pertinents.

© Metro, 2 décembre 2005

jeudi 01 décembre 2005

Faux cousins germains

Privatisation, comme libéralisme ou mondialisation, fait partie des gros mots du langage politique français, de la gauche à la droite, en passant par le centre. Des idées d'Anglo-Saxons pour résumer leur potentiel néfaste...

Pourtant, l'air de rien, nos amis allemands privatisent à tour de bras. Oui, vous avez bien lu, notre conjoint (couple franco-allemand), notre demi-tigre (moteur franco-allemand) notre allié pacifique (camp de la paix) cède à l'odieuse mondialisation libérale. Passe encore les Anglais, on les connaît, passe encore les Scandinaves, ils ont peut-être perdu le nord... Mais les Allemands ! Et pas seulement la vilaine droite d'Angela Merkel, cette Lady Thatcher germanique. Non, les sociaux-démocrates qui poursuivent l'oeuvre entamée par Gerhard Schröder.

Durant la prochaine législative, la grande coalition de Berlin veut privatiser les chemins de fer (Deutsche Bahn). Et terminer la privatisation de la poste (Deutsche Post) et du téléphone (Deutsche Telekom). Doux Jésus !