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mercredi 30 novembre 2005

Pole position 2007

Ces deux-là, nous avions déjà pu constater qu'ils ne respectaient pas vraiment le code de la route politique dans la course à l'Elysée. Et la dernière ligne droite ne sera certainement pas un duel entre gentlemen. Garez-vous, les Mad Max de l'UMP foncent sans foi ni loi ! Avec eux, c'est rodéo tous les jours, même pendant l'état d'urgence.

Eh oui ! Dominique Galouzeau de Villepin et Nicolas Sarkozy de Neuilly roulent à tombeau ouvert vers leur destin présidentiel. Comme ont pu le vérifier les journalistes du magazine Auto Plus en filant le train de nos deux fous du volant pendant trois semaines : feux rouges grillés, interdictions de tourner à gauche allégrement ignorées, circulation à contresens ou dans les couloirs de bus, et dépassement de vitesse... Le successeur de Jacques Chirac sera peut-être simplement celui qui restera en vie ! 2007, pour survivre à ce rythme d'enfer, c'est encore loin...

Selon Auto Plus, sur 50 km et si la loi s'appliquait à lui, le premier ministre aurait perdu 75 points, soit un point tous les 700 mètres. De son côté, le ministre de l'intérieur en aurait perdu 40, soit un tous les 1.250 mètres. Mais, bien sûr, c'est la faute à leurs chauffeurs... :-)))

Accélère Nicolas, accélère !!! Tu vas te faire distancer...

mardi 29 novembre 2005

Chaud devant

Le climat de notre planète se réchauffe. Responsable : l'activité humaine principalement. Conséquence : les conditions de vie sur Terre, celle de l'Homme en particulier, vont être de plus en plus dramatiquement bouleversées.

C'est sur la base de ce constat simple, objet aujourd'hui d'un consensus des scientifiques, des dirigeants politiques et des opinions publiques, que la communauté internationale s'est retrouvée à Montréal ce lundi. Elle va débattre pendant dix jours de la réduction future des émissions de gaz à effet de serre. La conférence de l'ONU sur le réchauffement climatique abordera la question de l'après-protocole de Kyoto, dont les signataires ont pris des engagements à l'horizon 2012. Mais ni les Etats-Unis (principal émetteur actuel de ces gaz) ni la Chine ou l'Inde (principaux émetteurs futurs) ne l'ont signé.

Une fois le constat du réchauffement planétaire et de sa cause humaine posé, tout se complique. Les pays riches ayant signé le protocole (Union européenne, Canada, Japon) ne rempliront pas leurs promesses d'ici 2012, les Etats-Unis affirment qu'ils font mieux que les signataires de Kyoto et les nouvelles puissances industrielles (Chine et Inde, mais aussi Afrique du Sud ou Brésil) refusent d'entraver leur développement accéléré.

Faire du président américain actuel le "Bush émissaire" de l'apocalypse écologique annoncée ne résoudra donc rien. Car son attitude unilatérale - et éminement critiquable - ne doit pas devenir l'arbre qui cache la forêt.

L'application du protocole de Kyoto par tous les pays de la planète ne retarderait que de quelques décennies le réchauffement en cours. Il ne suffira donc pas d'entraver à la petite semaine, et à un coût financier prohibitif, la croissance des pays riches et des économies émergentes. Il faudrait leur donner un coup d'arrêt brutal pour avoir un véritable impact à long terme sur le climat. Inimaginable au vue des conséquence sociales.

La communauté internationale devra donc trouver un terrain d'entente pour concilier l'approche de Kyoto (priorité à la réduction des gaz à effets de serre) et celles de l'Amérique (priorité aux nouvelles technologies limitant ou supprimant les émissions polluantes) ou de la Chine et de l'Inde (priorité à la sortie de leur population de la pauvreté). Sans hypothéquer l'activité économique. Et, surtout, sans se faire d'illusion : quoi que nous fassions, sauf à retourner à l'âge pré-industriel, la planète se réchauffe.

Car, même si elles arrivent à contrôler ou ralentir ce phénomène, les sociétés humaines du Nord comme du Sud doivent se préparer à des changements fondamentaux de leur environnement physique pour réorganiser leurs modes de vie en conséquence.

lundi 28 novembre 2005

Happy birthday, Mr President !

Voulez-vous faire plaisir à Chichi ? Silence radio ! Voulez-vous l'énerver ? Ce mardi, envoyez-lui une lettre, des fleurs, un e-mail, une estampe japonaise, faites un sit-in devant l'Elysée déguisé(e) en Marylin Monroe. Ce que vous voulez, mais souhaitez-lui un heureux anniversaire...

Oyez ! Oyez ! Bonnes gens ! Notre président et celui de la République passe le cap des 73 ans ce mardi. Qu'on se le dise ! Et Jacques Chirac déteste qu'on célèbre son anniversaire... Qu'on se le dise aussi ! C'est tellement vrai que la rumeur a couru que François Hollande - ou serait-ce Nicolas Sarkozy ? les sources divergent - aurait un instant caressé l'idée d'organiser une grande parade de l'Etoile à la Concorde pour agacer Chichi de Corrèze.

Les sondés, eux, ont déjà fait sa fête à l'homme qui n'aime pas les anniversaires. Près de... 73% d'entre eux ont constaté qu'à 73 ans, le roi Jacques a une "faible influence" sur ce qui se passe en France, d'après un sondage CSA pour Le Parisien Dimanche. Remarquez que mon père a eu 73 ans en mai dernier et que, pour sa part, s'il n'aime pas non plus qu'on insiste trop sur son anniversaire, il ne s'est guère ému de sa faible influence sur le cours de choses...

Quant aux proches de papy Chirac, ils ont eu une touchante attention. Le premier de ses ministres, Dominique Galouzeau de Villepin, et ses deux ex, Alain Juppé du Québec et Jean-Pierre Raffarin du Poitou, lui ont annoncé la formation du "pôle des anciens premiers ministres de Jacques Chirac" car il veulent être "ensemble en 2007". Merci (au Figaro) pour l'info !

Vous vous demandez peut-être pourquoi "ensemble en 2007" ? Non, pas pour fêter les 75 ans de leur Chichi d'amour... Ni pour occuper sa récente retraite politique en jouant au bridge ou au poker ensemble...  Evidemment pas pour diriger le comité de soutien à sa réélection... Nicolas, arrête de te marrer, laisse-les réfléchir !

vendredi 25 novembre 2005

Big Bang Sharon

Yasser Arafat a dû se retourner dans sa tombe : son vieil ennemi Ariel Sharon dans un nouveau costume de centriste, de faiseur de paix, offrant peut-être une chance historique pour les Palestiniens de créer leur Etat !

En quittant le Likoud, en créant ce jeudi son propre parti, "En avant" (Kadima), avec le slogan "Un leader fort pour la paix" pour les élections législatives anticipées du 28 mars prochain, Ariel Sharon bouleverse non seulement la scène politique israélienne, mais également le panorama du Proche-Orient.

Les premiers sondages donnent Kadima vainqueur du prochain scrutin. Mais cela ne veut pas encore dire grand chose. Parce que la campagne électorale n'a pas commencé. Parce que, surtout, le bouleversement politique est tel en Israël que les futurs électeurs n'ont pas eu le temps de le digérer : non seulement Sharon crée son parti, mais le Likoud (droite) se déchire entre ses candidats potentiels au poste de futur premier ministre et, enfin, le Parti travailliste (gauche) a un nouveau leader, Amir Peretz. Il a supplanté Shimon Peres qui pourrait... rejoindre Kadima.

Homme de paix, Sharon ? Homme de paix, le héros des guerre de Suez (1956), des Six jours (1967) et du Kippour (1973) ? Homme de paix, le "responsable indirect" du massacre de Sabra et Chatila au Liban (1982) ? Homme de paix, le promoteur en chef des colonies juives dans les territoires occupés (Cisjordanie et Gaza) ? Difficile à faire avaler au Palestiniens et au camp de la paix israélien !

Et pourtant... C'est bien cet homme-commando qui, le premier dans la courte histoire de l'Etat hébreux, a décidé du retrait d'Israël de territoires occupés, avec l'évacuation sans bavure de Gaza l'été dernier. Gagnera-t-il son pari politique ? Veut-il vraiment une paix respectueuse des aspirations légitimes du peuple palestinien ? Rien ne permet d'en être convaincu. Rien ne permet non plus de l'exclure a priori.

Après avoir raté tant de rendez-vous avec leur destin national, les dirigeants palestiniens  seraient en tout cas bien inspirés de sortir de leur état de sidération actuel face au blitzkrieg politique du premier ministre israélien. Pour ne pas le laisser seul à la manoeuvre. Car l'Histoire est en train de s'accélérer au Proche-Orient. Or, pour l'instant et depuis un moment, c'est le "général Sharon" qui mène la danse...

jeudi 24 novembre 2005

Pschitt syndical

Aujourd'hui, sur un écran de la station de métro Raspail (Paris 14e) :

" Arrêt de travail,  12:48,  suite à un préavis du syndicat SUD, trafic normal sur l'ensemble du réseau RATP. "

SNCF, RATP, Education nationale, cette semaine, les grèves ont fait "pschitt", pour reprendre l'expression de Bernard Aubin, secrétaire fédéral CFTC Transports (non gréviste)...

Régie des transports de Marseille (RTM), 46 jours de grève, Société nationale Corse-Méditerranée (SNCM), 23 jours : aucune revendication des grévistes satisfaite.

Pour les syndicats, CGT en tête, qui annonçaient un automne chaud au gouvernement, c'est la douche froide à répétition !

mercredi 23 novembre 2005

Girl Power

Madame la chancelière Angelina Merkel, bienvenue au pays de Marianne et de Jeanne d'Arc !

Désolé que vous soyez reçue ce mercredi à l'Elysée par Jacques Chirac, un sacré macho. Mais il a tendance à s'inscruster un peu. Et puis, si la République est bonne fille, paraît-il, elle ne s'est jamais offerte un homme... Un peu frustrant !

Pour une prochaine visite, en 2007, j'espère que vous serez accueillie par Madame la présidente Ségolène Royal ou Michèle Alliot-Marie (désolé Nicolas, les deux Dominique, Laurent, José et les autres, mais il est temps de faire preuve de galanterie politique). Et j'appelle tous les hommes de France à voter pour une femme à la présidence (pas sûr en effet qu'on puisse compter sur... les électrices, un peu fausses soeurs en la matière).

En fait j'aurais préféré que, pour votre première visite à l'étranger, vous vous rendiez en Lettonie, premier pays d'Europe de l'Est à avoir porté à sa tête "une" chef d'Etat, Vaira Vike-Freiberga. Vous auriez ensuite pu continuer par la Finlande, chez la présidente Tarja Halonen. Et terminer par rencontrer Mary McAleese, chef de l'Etat irlandais... Jacques, Tony, Silvio et José Luis auraient sans doute boudé un peu, mais ils auraient bien été obligés d'applaudir. Et puis, chère Madame, quel geste !

Quant aux Etats-Unis, avec lesquels vous désirez vous réconciliez, rendez visite à " W " si vous y tenez. Mais n'ouliez pas d'aller saluer Condoleezza Rice et Hillary Clinton. Manière de dire que vous aimeriez qu'une d'entre elles vous reçoive à la Maison Blanche en 2009...

Le must de votre début de mandat serait toutefois de vous rendre rapidement au Libéria pour donner une accolade féminine à Ellen Johnson Sirleaf, la première présidente d'Afrique. Quel événement pour le continent de Lucy l'Ethiopienne, jeune fille dont l'existence remonte à trois millions d'années avant l'ère chrétienne.

Avec un peu de chances, vous pourrez ensuite vous rendre en Amérique latine, au Chili qui pourrait élire le 11 décembre prochain Michelle Bachelet à la présidence, 15 ans après la fin de la dictature Pinochet. Et pour compléter ce tour du tiers monde qui donne des leçons de parité à l'Amérique, à la Vieille Europe et au Japon, allez donc embrasser la présidente des Philippines, Gloria Arroyo.

Une femme secrétaire générale des Nations unies ou papesse au Vatican ? Dans le premier cas, vous pourriez effectivement lancer l'idée. Dans le second, oubliez ! Les adorateurs de la Vierge Marie préfèrent rester entre vieux mâles et laisser les femmes au couvent...

Et, tant que vous y êtes, demandez à James Brown de nous réécrire son tube pour que cela donne It's A Woman's Woman's Woman's World...

P. S. : By the way, achetez le magazine Elle cette semaine. C'est son soixantième anniversaire. Vous aurez le choix entre trois couvertures : Monica Belluci, Laetita Casta ou Sophie Marceau. Moi j'ai choisi Laetitia... parce que nous sommes voisins... :o) Mais si vous n'arrivez pas à choisir, prenez trois exemplaires.

mardi 22 novembre 2005

Grève préventive

Pour les quatre syndicats de la SNCF qui perturbent la vie des Français depuis lundi 20h00 - CGT néocommuniste en tête - l'économie de marché, c'est l'Empire du Mal, et la privatisation, une arme de destruction massive...

Mais attention ! La privatisation est "rampante"... Et le patron de la SNCF ainsi que son ministre de tutelle peuvent bien promettre pas écrit que l'entreprise des chemins de fer ne sera pas privatisée, les défenseurs des "aristos du rail" ne sont pas dupes... "Travailleurs, travailleuses, on vous ment...", comme dirait Arlette Laguillier, muse éternelle de la CGT.

Pas étonnant que les camarades syndiqués de la SNCF aient donc adopté la stratégie offensive de George W. Bush en Irak. Face à la menace cachée, face à la duplicité de l'Axe du Mal (Matignon-UMP-Medef), une seule riposte possible : la grève pré-ven-tive ! Et tant pis si la communauté internationale, pardon, la communauté banlieusarde ne voit pas le danger : il faut savoir prendre ses responsabilités face au terrorisme mondialiste !

Parce que si les camarades du rail attendent que ces mous du genou de l'ONU fassent quelque chose, la société sera vendue depuis belle lurette avant qu'ils prennent une décision. Qui voudrait de la SNCF avec la CGT en prime ? Mais il y aurait plein de candidats !!! Tenez, par exemple le baron Edouard de Rothschild, "l'aristo des finances", qui a bien racheté le quotidien Libération avec Serge July et son lectorat vieillissant de baby boomers. On voit ce que cela donne aujourd'hui : 52 licenciements secs...

Et ce ne sont pas les parlementaires de l'UMP et leur menace d'instaurer un service minimum qui feront peur aux camarades syndiqués de la SNCF, de la RATP, etc. Ces derniers ne prennent pas les enfants du roi Jacques pour des Thatcher sauvages ! Si la droite française avait du courage, cela se saurait... Elle va faire un peu de bruit et puis elle va accuser... allez, au hasard... la Commission européenne par exemple : c'est sûrement sa faute !

lundi 21 novembre 2005

C'est l'amour final !

Après "la droite la plus bête du monde", la France aurait-elle droit à "la gauche la plus loufoque du monde" ? Le speed dating de la réconciliation entre les éléphants flingueurs du Parti socialiste, ce week-end au Mans, laisse en tout cas sans voix éditoriale Libération, déprime un peu Le Monde et fait la joie du Figaro sous la plume d'Alexis Brezet : féroce, mais si juste...

P. S. : Je vous conseille aussi, sur le même sujet, la lecture du billet du jour d'Eric Dupin sur "Culbuto Hollande"... :-)

Les aristos du rail

Les cheminots sont-ils indécents de lancer une grève illimitée alors que la révolte des gueux des banlieues vient de démontrer de manière éclatante la faillite du modèle social à la française ? Quand on fait partie de "l'aristocratie ouvrière", peut-on tenter de paralyser une France économiquement à la peine et socialement à la dérive : 10% de chômeurs, 20% de sans-formation, 11% de pauvres, un million d'enfants pauvres, trois millions de personnes privées de soins, 2,6 millions de personnes nécessitant une aide alimentaire (Economiquement incorrect, Eric Le Boucher, Grasset, 2005) ?

Entendons-nous bien : les cheminots ne sont évidemment pas des nantis ! Dans un pays dont le salaire médian horaire brut s'élève à 14,22 euros (plus faible qu'en Allemagne, Grande-Bretagne ou Italie), nombre d'entre eux gagnent à peine plus que le Smic horaire brut (8,03 euros). Dans son édition de ce week-end, Le Journal du dimanche donnait un échantillon des salaires à la SNCF : Fabien Leprévost, 27 ans, ouvrier de maintenance depuis quatre ans, 1.037 euros net ; Luc Guilliot, 48 ans, ouvrier de maintenance depuis 28 ans, 1.372 euros net ; Jean-Yves Merlin, 48 ans, ouvrier de maintenance depuis 30 ans, 1.480 euros net ; David X, 28 ans, conducteur depuis trois ans, 1.800 euros net.

Si les cheminots font historiquement partie de l'aristocratie ouvrière, c'est que, à l'instar des mineurs, des sidérurgistes ou des travailleurs des chantiers navals par exemple, les grandes luttes sociales qu'ils ont menées dans le passé leur ont assuré un statut enviable et envié dans la classe ouvrière depuis la grande époque du PCF et de la CGT. Comme tous les salariés de la fonction et du secteur publics, ils bénéficient de la sécurité de l'emploi. Et, parmi leurs acquis sociaux particuliers, les cheminots bénéficient d'un régime spécial des retraites avantageux.

Pour résumer : pas nantis, mais pas à plaindre dans une société où les ouvriers pauvres, les travailleurs précaires, les chômeurs et les exclus sont légion. Notamment dans les cités de banlieue. Dans ce contexte, il paraît du coup vraiment indécent que les cheminots utilisent leur pouvoir de nuisance, voire de paralysie - pour la sixième fois cette année... -  afin de s'imposer au gouvernement comme une priorité sociale ! D'où le soupçon légitime d'une grève motivée politiquement ou à tout le moins électoraliste à quatre moins des élections syndicales.

Le mot d'ordre des syndicats surprend d'autant plus que le principal motif avancé de la grève (parmi quinze revendications) est le risque de privatisation de la SNCF. Le gouvernement a beau jurer ses grands dieux, y compris par écrit, qu'il n'a aucun projet en ce sens, les syndicats dénoncent une "privatisation rampante". Visiblement inquiets de leur image dans l'opinion publique, les dirigeants syndicaux communiquent toutefois beaucoup sur leur volonté de négocier jusqu'à la dernière minute... Aveu de troubles chez leurs adhérents ? A quelques semaines des fêtes de fin d'année, de nombreux salariés de la SNCF grognent contre la perspective de feuilles de salaire amputées des jours non travaillés.

Espérant visiblement rééditer la grande grève de 1995, la CGT appelle également à l'arrêt du travail ce mercredi à la RATP, l'autre bastion des "aristos du rail". Mais la centrale syndicale de Bernard Thibault  engage une partie difficile face à un gouvernement Villepin qui a déjà démontré, dans le conflit de la SNCM et la crise des banlieues, que sa fermeté tranquille bénéficie d'un soutien populaire largement majoritaire.

vendredi 18 novembre 2005

Banlieusard, veinard !

Banlieusardes, banlieusards, faites-vous plaisir ce week-end, profitez de ces deux jours de trêve des emmerdes pour vous distraire. Car, la semaine prochaine, les syndicats de la SNCF vont célébrer dignement  le dixième anniversaire de la grande paralysie de 1995.

Après la guérilla urbaine, la grève ferroviaire. Il n'y a pas à dire, vivre en banlieue, c'est rien que du bonheur cet automne...

Après trois semaines de violences urbaines, les habitants des banlieues des grandes villes qui dépendent du train pour se rendre à leur travail (les Franciliens en tête) vont avoir droit, à partir de lundi 20h00, à une grève annoncée illimitée à la SNCF. Sauf accord improbable de dernière minute entre la direction et les syndicats.

Sur le front des incendiaires, la situation est redevenue "normale" (sic) : une centaine de voitures brûlées sur l'ensemble de la France, comme d'habitude... :o(

Mais, dès mardi matin, ce sera à nouveau jour de fête pour les banlieusards, car, en Île-de-France par exemple, ils comptent pour 50% des déplacements domicile travail (selon la Fédération des usagers des transports et des services publics).

Camarades syndicalistes, les ex-propriétaires des voitures incendiées vous disent d'avance merci !

jeudi 17 novembre 2005

Torture made in USA

Abou Ghraib, Guantanamo, prisons secrètes et programme "restitutions extraordinaires" de la CIA : depuis le déclenchement de la guerre contre le terrorisme par l'administration Bush, suite aux attaques du 11 septembre 2001 contre New York et Washington, les rumeurs, les doutes, les accusations, les révélations sur l'usage de mauvais traitements et de la torture par les forces armées et les services de renseignement américains se sont accumulés.

Actuellement, le débat fait la une aux Etats-Unis. Il a été relancé par le sénateur républicain John McCain, rival malheureux de George W. Bush lors de la présidentielle 2000. Pour cet ancien héros de la guerre du Vietnam, l'Amérique doit s'interdire la torture car elle est immorale, inefficace et met en danger l'intégrité physique des soldats américains. De plus, elle va faire perdre aux Etats-Unis la bataille des opinions publiques. Lui-même torturé par le Vietcong durant sa longue détention en Asie du Sud-Est, John McCain a obtenu du sénat qu'il vote (90 voix contre 9) un amendement au budget de la défense interdisant explicitement les "traitements cruels, inhumains et dégradants" dans les centres de détention américains. Le texte va maintenant être soumis à la chambre des représentants. Le plaidoyer du sénateur de l'Arizona a d'autant plus de poids qu'il se range dans le camp des faucons : il félicite le président Bush pour sa détermination dans la guerre contre le terrorisme et il demande l'envoi de troupes supplémentaires en Irak pour gagner le conflit.

Face à John McCain, George W. Bush affirme que l'Amérique ne torture pas. Le Pentagone vient pourtant d'adopter une nouvelle directive prohibant aux forces armées la torture physique ou mentale. N'est-ce pas un aveu indirect que, dans la pratique, cela n'allait pas de soi ? Le ministère de la défense recommande dans le même texte d'appliquer un "traitement humain" aux prisonniers lors des interrogatoires. Mais qu'est-ce qu'un "traitement humain" pour le Pentagone ? Jusqu'où peuvent aller les "techniques d'interrogatoire aggressives" défendues par exemple par le ministre de la défense Donald Rumsfeld ? D'autre part, la Maison-Blanche défend le droit de la CIA de torturer dans le cas exceptionnel d'une attaque terroriste imminente. Le Wall Street Journal affirme par ailleurs que s'interdire la torture équivaut à désarmer l'Amérique face aux djihadistes.

Tant les angéliques que les cyniques refuseront ce débat. Pour les premiers, rien, jamais, nulle part ne peut justifier d'attenter à l'intégrité et à la dignité d'un être humain. Pour les seconds, un conflit non conventionnel (contre la guérilla, le terrorisme) n'a jamais été et ne sera jamais une soirée de gala où l'on garde ses gants blancs : la torture en fait intrinsèquement partie.

Militant actif d'Amnesty International dans ma jeunesse, je suis, par principe, opposé à l'usage de tout traitement cruel, inhumain, dégradant. Mais - et ce "mais" est douloureux a formuler - je me demande sincèrement si, dans la guerre que le terrorisme djihadiste nous a déclarée, cette position éthique confortable peut s'appliquer sans exception aucune ?

Bien évidemment, la barbarie pratiquée par l'adversaire combattu n'offre aucune justification à l'usage de la torture par des pays démocratiques. Au contraire.

Bien évidemment, le dévoiement et l'exploitation perverse de ce débat par les ennemis de la démocratie et par les antiaméricains chroniques ne doit pas influencer les esprits honnêtes.

Bien évidemment, le fait que les opinions publiques ne soient pas trop regardantes sur les moyens au vue des fins ne peut pas servir d'alibi.

Bien évidemment, la pratique de la torture dans toutes les guerres irrégulières passées, quelle que soit la nation ou l'idéologie concernées (Algérie, Vietnam, Afghanistan...), ne tranche pas le débat présent.

Ces précautions prises, je reconnais ne pas avoir de réponse ferme et définitive. J'ouvre la discussion avec vous. Ma première certitude : le débat sur la torture ne doit pas être mêlé à celui sur la justesse de la guerre menée contre le terrorisme djihadiste. Ma seconde certitude : c'est l'honneur de l'Amérique que tous les "scandales" - d'Abou Ghraib à Guantanamo, en passant par les programmes secrets de la CIA, sans oublier la récente découverte d'un centre de torture du ministère irakien de l'intérieur - ont été révélés soit par l'armée ou des soldats américains soit par les médias d'outre-Atlantique. A vous la parole...

mercredi 16 novembre 2005

Astérix président

José Bové a eu chaud. Il aurait pu se retrouver, comme son compère Noël Mamère, avec une simple peine de prison avec sursis. Voire, si le tribunal avait suivi l'avis de l'avocat général, une banale privation de droits civiques. Ce qui n'aurait pas fait de l'arracheur d'épis un martyr...

Heureusement, la cour d'appel de Toulouse a condamné mardi le Che Guevara des champs de maïs (transgénique) à quatre mois de prison ferme pour sa dernière action d'écolo-guérilla, en 2004 en Haute-Garonne. C'est l'invitation garantie dans les émissions d'Ardisson et de Fogiel. Mais pouvait-elle faire autrement, la cour, à l'heure où les délinquants récidivistes des villes sont embastillés à tour de bras ? D'autant que le prétendant moustachu à l'Elysée promet de multirécidiver dans le futur. Après la campagne électorale 2007, bien sûr !

Quatre mois au cachot ! Peut-on rêver meilleure rampe de lancement pour une candidature présidentielle au nom de la gôche-de-la-gôche ? Les Verts, le PCF et la LCR ont en tout cas volé immédiatement au secours de José la Fronde par communiqués indignés.

Et imaginez la tête des dirigeants socialistes à l'annonce de la nouvelle... Comme si François Hollande et ses amis n'avaient pas assez de soucis comme ça, à la veille de leur Congrès du week-end prochain. Encore un coup tordu des chiraquiens pour diviser la gauche, c'est certain.

mardi 15 novembre 2005

Je persiste et signe

" Un homme autiste occupe l'Elysée (...) Allons, monsieur le président, un peu de courage, un peu de bon sens, un peu de décence ! Il faut partir… "

" Le moulin à paroles tourne à vide (...) Jacques Chirac a multiplié les certitudes éculées et les vœux pieux (...) Après dix ans à l'Elysée, le président Chirac s'en tient à un discours surréaliste de simple survie politique (...) Le règne chiraquien s'est de facto terminé le 29 mai dernier, avec l'échec du référendum européen. L'interrègne a commencé. Il sera interminable, ankylosant et douloureux pour la France et les Français.  "

Non, il ne s'agit pas de mes commentaires après l'intervention de Jacques Chirac, lundi soir, au sujet de la crise des banlieues. Mais de mes éditos publiés par Yahoo! Actualités le soir du référendum européen du 29 mai et le jour de l'intervention présidentielle du 14 juillet.

Epidémie de bêtise

Ce lundi, dans une pharmacie du centre de Paris, un homme âgé s'est présenté avec son ordonnance pour acheter son vaccin antigrippal. Il avait rendez-vous l'après-midi même avec son médecin traitant pour être vacciné. L'air dépité, son pharmacien lui a répondu qu'il était en rupture de stock et qu'il ne savait pas si et quand il aurait de nouvelles doses... Si cet homme meurt cet hiver d'une mauvaise grippe, qui en sera responsable ?

La population à risque menacée par la grippe saisonnière (personnes âgées, certains malades) va être en effet en partie privée de vaccins cette année en raison de la psychose née de l'apparition de la grippe aviaire. Les gens se sont précipités chez leur médecin pour se faire non seulement prescrire le médicament antiviral Tamiflu (adapté au virus H5N1), mais également le vaccin antigrippal saisonnier (inefficace dans le cas du virus H5N1)... Du coup, les pharmacies sont en rupture de stock.

Après le décès de 15.000 personnes âgées durant la canicule de l'été 2003, va-t-on assister à une nouvelle hécatombe durant l'hiver 2005 ? Il y a de sérieuses raisons de le craindre car, même les années où les vaccins sont disponibles en nombre suffisant, 1.500 à 2.000 personnes, parfois plus, décèdent de la grippe saisonnière.

Qui sera montré du doigt si le drame advient ? Ce sera, bien sûr, haro sur le gouvernement, les laboratoires et les médias. Pourtant, le ministre de la santé, l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) et les médias ont fait leur travail de prévention à temps et de manière sérieuse. Encore faut-il que les citoyens prennent la peine d'écouter et de lire les informations mises à leur disposition. Encore faut-il qu'ils écoutent ce que leur disent leurs médecins et leurs pharmaciens.

Quant aux médecins qui cédent à leurs patients de peur qu'ils aillent voir un confrère et qui excusent leur lâcheté mercantile en rejetant la faute sur les médias, ils ne font pas - et c'est un euphémisme - honneur à leur profession...

Concernant les laboratoires, que la rumeur accuse déjà d'avoir alimenté la psychose dans une logique cynique de profit, restons sérieux ! Ils seraient d'office accusés de ne pas avoir su répondre à la demande et d'être responsables de l'éventuelle surmortalité...

Non, en réalité, les premiers responsables de l'hécatombe annoncée seront bien les affolés chroniques et leurs médecins complaisants.

lundi 14 novembre 2005

Sévérité, égalité, compétitivité

Soyons terriblement audacieux, prédisons que la décrue engagée des violences urbaines est provisoirement définitive.

Dès la nuit de samedi à dimanche, une situation presque normale prévalait en effet dans les banlieues françaises, pour reprendre l'expression malheureuse de Michel Gaudin, directeur général de la police nationale. On aurait préféré entendre "habituelle", car il est évidemment tout à fait anormal que 90 voitures flambent en moyenne dans les cités pauvres de France chaque nuit de l'année... C'est pourtant la scandaleuse réalité, comme un rapport des renseignements généraux nous l'a récemment appris : 28.000 voitures ont été incendiées dans les quartiers dits sensibles du 1er janvier au 31 octobre 2005 !

Donc, les banlieues ont retrouvé leur "niveau habituel" de violences urbaines. Pourquoi ? Certainement en raison de la fermeté répressive du gouvernement (couvre-feux, arrestations, condamnations, expulsions annoncées). Mais aussi sans doute parce que la criminalité organisée aimerait pouvoir retourner au business as usual. Et puis les élus, les associations, les habitants des quartiers ont mis tout leur poids dans la balance pour que le calme revienne. Enfin, n'excluons pas que la racaille soit fatiguée après avoir incendié quelque 8.000 véhicules, mais aussi nombre de commerces, écoles, etc. Quinze jours de guérilla urbaine, ça use !

En tout cas, une fois l'état d'urgence passé, il est impératif que la sévérité reste de mise. Avec les voyous. Avec les parents des délinquants mineurs. Et avec les policiers. Tolérance zéro pour les délits comme pour les bavures. En ce sens, la suspension rapide, puis la mise en examen des policiers qui ont passé à tabac un jeune émeutier de La Courneuve, ont été exemplaires. Mais on aimerait être certain que la hiérarchie policière sera dorénavant aussi vigilante et expéditive quand les caméras ne tourneront pas et quand les cités ne feront plus la une de l'actualité.

Sévérité, mais aussi égalité. Et sévérité au service de l'égalité. La tolérance zéro doit régner face aux actes/propos racistes et aux discrimations qui gangrènent la société française actuelle. Toutes les lois nécessaires existent. Encore faut-il avoir la volonté politique de les afficher, de les promouvoir et de les appliquer. A tout le monde : aux forces de l'ordre, aux administrations, aux chefs d'entreprise, aux propriétaires, mais aussi aux jeunes beurs et blacks qui cultivent trop souvent le racisme anti-Français et anti-juif.

L'intégration de la jeunesse française d'origine étrangère constitue indiscutablement le principal chantier pour réconcilier les banlieues avec le reste de la société. Mais cela demandera de reconnaître que le "modèle français" actuel ne digère pas son immigration récente. Il va falloir oser en débattre franchement. Et ne pas écarter l'hypothèse que, dans les domaines de l'éducation et de l'emploi, des mesures de discrimination positive soient éventuellement nécessaires pendant dix ou vingt ans pour rattraper le temps perdu à célébrer une intégration à la française mythique.

Réussir à intégrer les enfants de l'immigration d'Afrique noire et du Maghreb - réussir à l'éduquer et à la former pour qu'elle soit compétitive - s'avère d'autant plus urgent et stratégique pour l'avenir que la France, à l'image de toute l'Europe, aura besoin, dans les prochaines années, de faire à nouveau appel à une importante main d'oeuvre étrangère. Et cela pour compenser le vieillissement de sa population et répondre à la formidable concurrence économique des jeunesses d'Asie et d'Amérique. Sur ce sujet, débattre ne doit plus non plus être tabou. Car il faut préparer une politique d'immigration contrôlée et sélective.

Pour le reste, inutile de s'entêter à prolonger indéfiniment la dispendieuse politique de la ville. C'est un échec cuisant. Les plans de Jean-Louis Borloo pour la cohésion sociale et la rénovation urbaine, ainsi que les dernières mesures annoncées par Dominique de Villepin mais encore à financer, suffiront amplement à creuser le déficit public ! Ce dont la jeunesse des banlieues a besoin, c'est de croissance et d'emplois (non subsidiés). Et elle continuera à être la première à souffrir tant que les Français se refuseront à transformer en profondeur leur modèle économique et social en panne pour monter dans le train de la mondialisation.

jeudi 10 novembre 2005

Plan B ? La baffe !

Après le Fafa qui jubile au printemps, c'est le Fafa qui déprime à l'automne. Laurent Fabius avait triomphé avec la victoire du "non" lors du référendum européen ; il prend un gamelle avec sa motion lors du vote interne des adhérents du PS à une semaine du congrès du Mans (18-20 novembre).

Pour décomplexer les électeurs français et les encourager à rejeter le projet de Constitution de l'Union européenne, l'ancien premier ministre de François Mitterrand leur avait promis juré que la Commission de Bruxelles avait un "plan B" dans ses tiroirs. Il n'y en avait évidemment pas et l'Europe est durablement en panne...

Mercredi, les adhérents socialistes lui ont présenté la facture de sa "trahison". Ils ne lui ont visiblement pas pardonné d'avoir tenu pour négligeable leur vote majoritaire pour le "oui" à la Constitution européenne.

Quelle est, cette fois, le plan B de Laurent Fabius ? Bartolone, Claude, son fidèle lieutenant, qui crie à la fraude... :-))) Pauvre Fafa qui se croit en Biélorussie ! Va-t-il appeler Bush et ses boys à la rescousse pour imposer la démocratie au PS ?

Il est un peu comme l'Europe, Fafa, en panne d'idées...

mercredi 09 novembre 2005

Soyons réalistes...

... demandons l'impossible ! proclamait la jeunesse de Mai 68. Voilà un slogan que les citoyens français devraient reprendre à leur compte aujourd'hui face à la crise des banlieues.

Et maintenant, que faire ? s'interroge en effet le pays. La stratégie de rétablissement de l'ordre de Nicolas Sarkozy et la proclamation de l'état d'urgence de Dominique de Villepin semblent commencer à porter leurs fruits. Lentement, les violences urbaines diminuent (bilan de la treizième nuit). Et l'espoir d'un retour au calme grandit.

Mais comment se comportera la classe politique française une fois l'orage - ou plutôt l'ouragan - éloigné ? Car, dans les quartiers défavorisés de France, derrière la racaille et les bandes, les délinquants et les mafias, il y a toute une jeunesse qui souffre silencieusement et attend patiemment, il y a une immense population, immigrée d'origine ou française de souche, en état de choc immédiat et de désespérance permanente.

Une fois l'urgence passée, la France des centres-villes et des campagnes, ses élus et ses médias en tête, détournera-t-elle une fois de plus la tête ? Laissera-t-elle à nouveau le champ libre à la criminalité organisée, à l'islamisme et à l'extrémisme ? Attendra-t-elle, la tête enfouie dans son confort telle l'autruche, l'insurrection urbaine suivante ou la prochaine rébellion électorale ? Ou va-t-on, enfin, réagir avant la grande catastrophe annoncée ?

Il serait urgent que les médias, qui se sont désintéressés collectivement des quartiers pauvres depuis une dizaine d'années, prennent conscience qu'ils doivent relayer la parole de leurs habitants et raconter la réalité de ce qu'ils vivent au reste de la France. Y compris - mais pas seulement - quand les cités brûlent. Les Français, qui en savent plus actuellement sur les états d'âme des Irakiens que sur celui des banlieusards, ont d'avantage besoin de reportages sérieux que d'images chocs ! Aucun progrès ne sera possible si l'opinion, excédée par les violences, n'est pas mieux informée.

Mais la balle est avant tout dans le camp des représentants de la Nation. Une fois n'est pas coutume, le débat sur la crise des banlieues qui s'est tenu mardi à l'Assemblée nationale permet d'espérer. Pour peu qu'il ne soit pas, une fois de plus, sans lendemains. La proposition d'un élu en particulier vaut la peine d'être relevée car elle constitue un préalable pour réinvestir financièrement dans les cités en ces temps de vaches maigres. C'est celle de Jean-Christophe Lagarde, député-maire UDF de Drancy (Seine-Saint-Denis). Il a proposé à tous les grands partis d'élaborer ensemble un pacte républicain pour les banlieues qui serait appliqué dans la durée "quelles que soient les alternances locales et nationales"... Du pur bons sens !

Apparemment, un plan tripartisan (UMP-UDF-PS) ne serait pas totalement irréalisable : Dominique de Villepin, premier ministre UMP, a reconnu que sa majorité avait eu tort de réduire notamment les subventions aux associations de quartier et il a décidé de les restaurer ; François Hollande, premier secrétaire du PS, a estimé qu'il fallait "cesser le petit jeu d'effacer ce qui a été engagé par les prédécesseurs" et que cela vaudrait pour la gauche quand elle reviendrait au pouvoir...

Un accord majorité-opposition pour le bien du pays ? Soyons réalistes, demandons (ce qui paraissait jusqu'à mardi) l'impossible !

mardi 08 novembre 2005

Bonaparte des banlieues

Après le décès de Jean-Jacques Le Chenadec, 61 ans, provoqué par le coup de poing d'un jeune voyou à Stains (Seine-Saint-Denis) et la pire nuit de violence depuis le début de la crise des banlieues, Dominique de Villepin a sagement décidé de donner la priorité, lundi soir au 20 heures de TF1, au rétablissement de l'ordre. C'est sur ce terrain qu'il était, dans un premier temps, attendu. Si le premier ministre a évoqué, à la fin de son intervention, des mesures en faveur des jeunes des quartiers défavorisés, il était clair qu'il avait décidé de les faire passer pour l'instant au second plan. (Les déclarations de Villepin).

L'homme qui voulait restaurer la confiance en cent jours - en référence à son héros, Napoléon - devra, finalement, rétablir l'ordre en moins de cent heures s'il ne veut pas perdre totalement le contrôle de la situation. Loi sur l'état d'urgence, couvre-feu, renfort des policiers et gendarmes réservistes, menace d'en appeler à l'armée si nécessaire : Galouzeau de Villepin a sorti l'artillerie verbale lourde. Sans apparemment effrayer d'emblée les "insurgés", au regard du bilan de la douzième nuit de troubles.

Mais attendons de voir les premiers résultats du branle-bas de combat des 24, voire 48 prochaines heures avant de juger. Conseil des ministres exceptionnel pour permettre aux préfets de recourir au couvre-feu, débat parlementaire spécial consacré aux violences urbaines : ce mardi, la République sonne le tocsin ! Croisons les doigts pour que la paix civile soit totalement rétablie pour le prochain week-end. Sinon, tous les dérapages sont à craindre...

lundi 07 novembre 2005

Sa Majesté à poil

Jacques Chirac, le roi de la "fracture sociale" et de la "sécurité", slogans de ses campagnes électorales de 1995 et 2002, est tout nu ! Pour la onzième nuit consécutive, la racaille a fait régner sa loi dans la France des quartiers défavorisés (et au-delà)...

Dimanche, Son Altesse avait daigné sortir enfin de son Palais de l'Elysée pour s'adresser à ses sujets traumatisés par la violence des jeunes gueux des cités. Il avait annoncé à ses concitoyens le rétablissement de la sécurité et de l'ordre public. Une "priorité", un "préalable", avait-il insisté, avant de bourse délier pour les banlieues en difficulté. (La déclaration de Jacques Chirac)

On comprend mieux pourquoi Chirac de Corrèze préférait se taire. Il savait qu'il n'avait plus guère d'autorité et qu'il ne serait pas écouté... La violence est encore montée d'un cran, dans la nuit de dimanche à lundi, avec, cette fois, des policiers blessés par balles (bilan de la 11e nuit de troubles). Mais, oubliant déjà son idée de "préalable", l'impuissant souverain envoie dès ce soir son Galouzeau de Villepin à la télévision pour jeter quelques millions supplémentaires dans le trou sans fond de la "politique de la ville". Histoire de dire qu'on s'intéresse...

Etrange rétablissement de l'ordre et de la sécurité quand, nuit après nuit, des agents de la force publique et des usagers des transports en commun sont blessés, des commerces et des équipements publics sont brûlés, des voitures privées s'envolent en fumée par centaines et des populations entières vivent dans la peur. Etrange République, "tout à fait déterminée par nature à être plus forte" (dixit Chirac), où quelques dizaines de jeunes individus plus ou moins mineurs sont appréhendés chaque nuit avec des pincettes pour être bien souvent relâchés rapidement. Finalement, seuls les CRS et les braves gens sont victimes des "bavures" des "pôvres jeunes" des banlieues...

Vous ne voudriez tout de même pas que le candidat au bilan (Chirac) et les candidats à sa succession (Villepin et Sarkozy) prennent le risque de faire bobo à un de ces sauvageons qui donnent si mauvaise conscience à la patrie des droits de l'Homme, son modèle républicain, son modèle social, son modèle d'intégration et tutti quanti (Ah ! j'oubliais : ...que le monde entier nous envie, of course) ? Imaginez un peu le scénario catastrophe si un de ces policiers si méchants avec les gentils jeunes des cités (paraît-il) donnait un coup de matraque déplacé à l'un d'entre eux... Surtout que la gauche attend la droite au tournant du premier martyr de la répression.

Eviter la "bavure" policière à tout prix (et la facture sera drôlement salée...) fait donc apparemment office de politique du maintien de l'ordre. A moins, comme l'espèrent les plus optimistes, que le gouvernement laisse s'installer le chaos pour choquer le bon peuple et pouvoir mieux réprimer quand celui-ci sera définitivement ulcéré. En attendant (le premier mort chez les policiers ou les honnêtes citoyens ?), l'extrême-droite et les islamistes vous disent merci !

Comme le déclarait il y a une semaine, dans son délicieux style politiquement correct, Azouz Begag, ministre délégué à la promotion de l'égalité des chances (sic) : "Il ne faut pas dire au jeunes qu'ils sont des racailles, il ne faut pas dire aux jeunes qu'on va leur rentrer dedans et qu'on va leur envoyer la police". Cet excellent sociologue, jusque-là ministre absentéiste du gouvernement Villepin, était sans doute en vacances sur la merveilleuse planète de Casimir et ses amis (cliquez ici pour la visiter)...

En tout cas, pour être tout à fait franc avec "les jeunes", il faudrait ajouter qu'on ne va pas leur changer la vie car l'opinion est excédée, les caisses de l'Etat sont vides et il n'est absolument pas question de faire les vilaines réformes libérales et anglo-saxonnes qui permettraient de débloquer la France en panne en relançant la croissance, en créant des emplois et en assainissant les finances publiques.

Bonne douzième nuit, les petits !

PS : Pour poursuivre le débat sur l'utilisation du terme "racaille" par Nicolas Sarkozy (lire mes billets Kaïra Forever 1 et 2), je vous conseille la lecture de la note de Daniel Schneidermann sur son blog, par laquelle on apprend que le ministre répondait en fait à une habitante d'Argenteuil lui demandant quand il les débarrasserait de la racaille. Oh ! La vilaine... Cliquez ici.

samedi 05 novembre 2005

Kaïra Forever (2)

Le cruel avec les écrits, c'est qu'ils restent ! Azouz Begag, ministre délégué à la promotion de l'égalité des chances, vient d'avoir l'occasion de le vérifier à ses dépens...

Il y a quelques jours, cet éminent sociologue avait pris la tête de ceux, nombreux, qui reprochaient à Nicolas Sarkozy d'avoir provoqué - ou attisé pour les plus modérés - la colère des jeunes des cités en utilisant le mot "racaille"...

"Il ne faut pas dire au jeunes qu'ils sont des racailles, il ne faut pas dire aux jeunes qu'on va leur rentrer dedans et qu'on va leur envoyer la police", déclarait Azouz Begag sur France 2.

Malheureusement pour le ministre délégué, il avait lui-même utilisé le terme de "racaille" dans une tribune publiée en 2002 par Le Monde, comme le rapporte l'édition datée 6-7 novembre du quotidien de l'après-midi. Il évoquait alors "ceux qu'on nomme les racailles ou "cailleras" (en verlan), groupe de jeunes dont tout le monde a peur, qui conduisent des scooters sans casques, roulent sur les trottoirs au mépris des piétons, ignorent royalement les feux de signalisation, comme ils récusent tout autre code de conduite sociale."

Si l'on comprend bien, quand Azouz Begag utilise le mot "racaille", c'est de la sociologie ; quand Nicolas Sarkozy l'emploie, c'est un appel à l'émeute...

vendredi 04 novembre 2005

La thèse du complot

"Ce à quoi nous avons assisté dans le département de la Seine-Saint-Denis cette nuit, n'avait rien de spontané, était parfaitement organisé. Nous sommes en train de rechercher par qui et comment." Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur, jeudi 3 novembre

"Il y a quelque chose de trop spontané, de trop organisé (...) il y a un certain nombre d'agitateurs, de provocateurs." Eric Raoult, député-maire UMP du Raincy (Seine-Saint-Denis), vendredi 4 novembre

Une semaine après le décès de deux jeunes à Clichy-sous-Bois et les premiers troubles dans cette commune de Seine-Saint-Denis, le gouvernement Villepin n'arrive pas à rétablir l'ordre. Au contraire : les violences urbaines s'étendent de commune en commune et de département en département dans l'ensemble de l'Île-de-France. Et voilà que Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur, et Eric Raoult, poids lourd francilien de l'UMP, réfutent l'idée de la propagation d'une colère spontanée chez les jeunes des cités de la région parisienne. Ils parlent d'un scénario "organisé"...

Est-ce une manière pour le premier flic de France et pour l'ancien ministre de la ville de tenter d'excuser leur incapacité et celle du gouvernement à éteindre l'incendie ? Ou ont-ils des informations précises qui leur permettent de tenir des propos aussi graves et préoccupants ? Il faut qu'ils en disent plus aux Français sur ces supposés comploteurs. Et, surtout, qu'ils les arrêtent sans tarder !

Difficile en effet d'imaginer qu'avec la double présence, dans les cités sensibles, des polices pour combattre le crime et des services de renseignements pour prévenir le terrorisme, l'Etat français ne soit pas en mesure de rapidement neutraliser - s'ils existent - ces inquiétants fauteurs de guérilla urbaine...

jeudi 03 novembre 2005

Kaïra Forever

Ainsi donc le petit Nicolas aurait mis le feu aux banlieues ? Le qualificatif "racaille" aurait été le mot de trop qui aurait fait déborder le vase de sa politique verbalement agressive et concrètement répressive ?

Si les circonstances n'étaient pas tragiques, on sourirait devant la touchante concordance de la gauche plurielle et de la droite chiraquienne pour transformer Nicolas Sarkozy en bouc émissaire de plus d'un quart de siècle d'échec de la "politique de la ville", comme on disait sous la présidence de François Mitterrand. Et est-ce vraiment une marque de respect pour les jeunes des banlieues que de tenter de leur faire croire que le ministre de l'intérieur les a tous traités de "racaille" ?

Selon la définition du Petit Larousse, le mot par lequel le scandale est arrivé désigne un "ensemble d'individus méprisables". N'est-ce pas une juste description des groupes de jeunes qui, la nuit dernière encore, ont attaqué les forces de l'ordre à coups de pierres, vandalisé un centre commercial, incendié un gymnase et des dizaines de voitures en Île-de-France ? Comment faudrait-il donc les qualifier ? De "jeunes gens psycho-affectivement perturbés manifestant des troubles variés du comportement" ?

Nicolas Sarkozy n'a par ailleurs fait que reprendre à son compte un mot utilisé au quotidien par les habitants des banlieues en particulier et par les jeunes Français en général pour désigner les voyoux auxquels ils sont trop souvent confrontés. Dans la vraie vie, "racaille" se décline en "caillera" (verlan), "kaillera", "caille" ou "kaille". Il existe une marque de vêtements Kaïra Forever et un logiciel de jeux vidéos Kaillera. Il y aurait même une "culture caillera" ! C'est dire l'offense faite par le ministre...

En réalité, le véritable mépris à l'égard des jeunes de banlieues consiste à toujours trouver des excuses à une minorité de sales gamins et de délinquants, alors que la grande majorité d'entre eux étudie et travaille dans des conditions ô combien précaires. Comment en est-on arrivé à considérer d'avance, comme dans le drame de Clichy-sous-Bois, que si un malheur s'abat sur des jeunes fuyant la police, c'est la faute de cette dernière ? Par quelle curieuse interprétation de la loi certains citoyens français ne devraient-ils pas obtempérer aux injonctions des forces de l'ordre ?

Le plus choquant n'est pas d'utiliser les expressions "on va nettoyer au Kärcher" ou "vous débarrasser de cette bande de racaille", comme l'a fait le ministre de l'intérieur lors de visites dans des quartiers difficiles. Non, le plus grave, en 2005, c'est que cela ne soit pas encore fait et que le même droit à la sécurité ne soit pas garanti à tous, y compris dans les banlieues pauvres.