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mercredi 29 juin 2005

Une sacrée injustice

Benoît XVI a un sens très sûr du marketing. En offrant aux fidèles la canonisation turbo de Jean-Paul II, il espère qu'un peu de la gloire du Pape polonais rejaillira sur lui. L'ex-cardinal Ratzinger en a bien besoin car, jusqu'à présent, ses faits, gestes et dires n'attirent guère l'attention. Certes, Karol Wojtyla mérite de devenir saint. Mais quelle injustice pour le petit peuple du Salvador qui attend depuis si longtemps la canonisation de son archevêque martyr, assassiné en 1980, alors qu'il célébrait la messe, par un tueur à la solde des militaires et des propriétaires terriens. Menacé de mort par les fascistes salvadoriens, Mgr Oscar Romero refusait de se taire devant l'injustice sociale et la répression barbare subies par les paysans de son pays. Il a payé de sa vie sa fidélité à l'option préférentielle pour les pauvres, doctrine officielle de l'Eglise. Or l'ouverture du procès en béatification de Mgr Romero aura attendu 13 années ! Et il aura encore fallu 12 autres années pour que sa cause saute l'obstacle de la Congrégation de la doctrine de la foi, dont le préfet n'était autre que le futur Benoît XVI. Le prélat d'Amérique centrale était trop progressiste à son goût. Par contre, l'opération "saint Jean-Paul II" a été rondement menée : des banderoles "Saint tout de suite !" déployées aux obsèques de Jean-Paul II par les Focolari, un mouvement proche de la curie romaine, à la décision de Benoît XVI de ne pas respecter la règle des cinq ans pour ouvrir le procès en béatification. Et voilà Karol Wojtyla dans l'antichambre de la sainteté, moins de trois mois après son décès…

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mardi 28 juin 2005

Tristes sires

François Hollande voulait jeter un pavé dans la mare en déclinant l'invitation à Matignon. Le premier secrétaire du PS n'aura fait que quelques ronds dans l'eau en dénonçant la banalisation du FN, également reçu lundi par Dominique de Villepin. Car sa posture morale n'a inspiré aucune autre formation politique… Il faut dire que tout le monde a compris, depuis les années 80, que l'extrême droite ne se combat pas efficacement par l'ostracisme, mais en répondant concrètement aux préoccupations de ses électeurs. Hollande est bien placé pour le savoir, lui qui était déjà premier secrétaire du PS en 2002, quand son candidat présidentiel a réussi la prouesse historique de se laisser devancer par Jean-Marie Le Pen au premier tour. Cela dit, il est évident que Villepin, candidat non déclaré à la candidature 2007, faisait un calcul politique en ouvrant sa porte au FN… pour plaire à ses électeurs. Il n'entend pas laisser le monopole de la séduction populiste à son rival, Nicolas Sarkozy, qui a récemment promis de "débarrasser la France des voyous", de "nettoyer au Karcher" les banlieues violentes et de "punir" les juges laxistes avec les récidivistes. Mais n'oublions pas non plus que le thème du rendez-vous de Matignon était l'avenir de l'Union européenne après le référendum du 29 mai. A cette occasion, Villepin pouvait-il recevoir les partis représentés à l'Assemblée nationale sans convier ceux qui, comme le FN, comptent des élus au Parlement européen ? En tout cas, l'incident Hollande, sujet de tous les commentaires lundi, aura démontré que l'avenir de l'Europe constitue le cadet des soucis des hommes politiques français…

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lundi 27 juin 2005

Nouveaux horizons

Mine de rien, nous voilà à J-81 au calendrier Villepin du retour de la confiance en France. Monsieur Cent-Jours a déjà dépensé un cinquième de son crédit-temps… Mais laissons lui le temps des vacances. A la rentrée, on verra bien si le poète éternellement bronzé de la France politique ressemble à quelqu'un qui a travaillé pour nous. Monsieur le premier ministre, bon courage ! et à J-15 (le 1er septembre, pour le reste du monde)… Mais tous les Français seront-ils au rendez-vous ? Rien n'est moins sûr. Car certains pourraient être tentés par le vent du large, après s'être fait remonter les bretelles pour le "non" à la Constitution par les autres Européens, sur les plages, dans les clubs de vacances et les campings de France et d'ailleurs. "Moi, je me tire d'ici !", entend-on d'ailleurs de plus en plus autour de soi. On hausserait les épaules si le Figaro Magazine du week-end n'avait pas consacré un dossier au "Boom discret des Français à l'étranger". D'après cette enquête, en dix ans, le nombre de compatriotes qui s'exilent a crû de 40%. Et cela s'accélère... Oups ! Ils auraient créé entre 100.000 et 250.000 entreprises à l'étranger. Re-oups ! Et je vous donne en mille les deux premières destinations de ces aventuriers : les Etats-Unis (282.000 expatriés) et la Grande-Bretagne (201.500). Ajoutez les 138.000 qui ont choisi le Canada, pour l'essentiel le Québec, cette Amérique qui parle français. Conclusion : les Français dynamiques votent avec leurs pieds pour le modèle anglo-saxon tant décrié dans l'Hexagone. Cherchez l'erreur…

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vendredi 24 juin 2005

Le moderne et le ringard

En réponse au vibrant credo de Tony Blair pour un renouveau européen, un discours chaudement applaudi jeudi par les eurodéputés de Bruxelles, Jacques Chirac a appelé à la rescousse la statue du Commandeur, le général de Gaulle. Quand le premier ministre britannique parle des défis de l'avenir, le président français invoque les épreuves du passé. Tout un symbole. Recevant à l'Elysée des anciens combattants de la France libre et de la Résistance, Chirac a remémoré l'esprit de l'Appel du 18 juin… avec cinq jours de retard. A une semaine du début de la présidence britannique de l'Union, le 1er juillet, Blair a défendu et illustré sa conviction qu'il est possible de marier les idéaux européens avec le monde moderne. Pour lui, face aux défis et aux opportunités de la mondialisation, l'Europe politique et sociale ne se construira que si elle fonctionne économiquement pour offrir croissance et emplois à ses citoyens. Comme le réussit actuellement la Grande-Bretagne. Tandis que Blair se présentait en leader d'une Jeune Europe, Chirac préférait endosser les habits de "l'homme qui a dit Non". Une manière pour lui de tenter de se poser a posteriori en chef des "nonistes" français. Arc-bouté sur son pré carré, le président fait ainsi l'aveu implicite qu'il espère durer en France plutôt que convaincre en Europe. Chirac fait mine d'oublier que le premier ministre britannique de 1939-1945, Winston Churchill, joua un rôle autrement décisif que de Gaulle dans la libération du Vieux Continent. Gageons que Blair inspirera également plus les Européens d'aujourd'hui qu'un gaulliste de circonstances proche de la sortie…

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jeudi 23 juin 2005

Nettoyer, travailler, etc.

Confrontés à un défi, les Américains ont tendance, dit-on, à essayer toutes les mauvaises solutions avant d'appliquer la bonne. Les Français, eux, essaient une piètre solution et… n'en démordent plus ! A l'indispensable condition qu'elle leur plaise intellectuellement. Ainsi, dans la République du Verbe, le "modèle français" fait des merveilles. Car, comme l'enfer, il est pavé de bonnes intentions. Mais, dans la réalité mondiale du XXIe siècle, il est devenu un contre-modèle. Parce qu'il endette les générations futures, sans être performant économiquement ni protecteur socialement. Sur tous les fronts, que ce soit celui de la croissance, de l'emploi, des banlieues ou de l'immigration, il bat en retraite dans le désordre. En promettant de "nettoyer" une cité où un enfant de 11 ans peut être tué par une balle perdue et en appelant les Français à "travailler" pour ne plus plomber l'avenir, Nicolas Sarkozy et Thierry Breton n'ont rien dit d'autre. Mais les belles âmes s'indignent des propos supposés incorrects des ministres de l'intérieur et de l'économie. Faut-il préférer les hommes politiques qui continuent de jouer du pipeau sur le thème du "modèle français" ? Pour paraphraser l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing, il serait temps d'expliquer que devenir plus performants constitue la meilleure des protections sociales. Et que cela signifie remettre en cause quelques mauvaises habitudes acquises au nom de "l'exception française". Les électeurs se sont lâchés en 2002 et en 2005. Il est urgent que les hommes politiques se lâchent également, en paroles mais surtout en actes, pour rattraper le temps perdu…

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mercredi 22 juin 2005

Nombrilisme européen

"L'Europe n'est pas à genoux." George W. Bush aura été un peu étonné par ce propos mélancolique des messagers du Vieux continent qui lui rendaient visite à la Maison Blanche en début de semaine. Car les émissaires de l'Union européenne n'en menaient pas large, suite à l'échec du dernier sommet des Vingt-cinq. Le président américain a bien essayé de leur remonter le moral en affirmant qu'il avait besoin d'eux pour faire avancer les affaires du monde. Par exemple, à l'occasion de la conférence sur l'Irak organisée conjointement à Bruxelles, ce mercredi. Mais, côté européen, le cœur n'y était pas… Pourtant, Bush avait l'air sincère en déclarant à ses invités qu'il comptait sur une Europe forte. Même s'il ne faut pas lui demander de pleurer sur les malheurs de Jacques Chirac et de Gerhard Schröder qui lui avaient rendu la vie impossible sur le dossier irakien. Il doit d'ailleurs trouver ironique qu'ils soient politiquement hors service, alors que lui et Tony Blair, les vilains va-t-en-guerre, ont été confortablement réélus… Cette petite satisfaction mise à part, Bush ne peut qu'être perplexe, lui qui a entamé son second mandat en tendant la mains aux Européens. Ceux-ci le suppliaient de ne plus jouer en solo, et les voilà soudain accaparés par une crise existentielle. Le Texan de la Maison Blanche doit trouver passionnants les débats sur la directive Bolkestein ou le modèle social français. Mais il a la faiblesse d'esprit d'estimer plus important pour la famille occidentale, et surtout plus urgent, de se préoccuper de l'avenir de la Chine, de l'Iran, du Proche-Orient ou de l'Ukraine…

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mardi 21 juin 2005

Canicule sociale

Après le brouhaha politique des dernières semaines, bienvenue à la Fête de la musique qui adoucit les mœurs. Qui n'aspirait pas à des notes enfin plus subtiles que celles de la mélopée binaire "Oui ! Non ! Oui ! Non !..." entendue sur toutes les ondes pendant des mois ? Vite une pause musicale pour oublier un instant les débats sans fin sur les crises du modèle français et de l'Union européenne. Allons écouter les Brésiliens, invités de l'année… Célébrons la douce France des musiciens… Sortons guitares, violons et trompettes… Stop ! Non, mais, vous rêvez, là ! Pensiez-vous vraiment pouvoir oublier, le temps d'un 21 juin, que Galouzeau de Villepin se prenait pour Napoléon et la gôche-de-la-gôche pour l'avenir du genre humain ? Vous rêviez même d'une longue trêve estivale avant une rentrée 2005 qui n'annonce rien qui vaille ? A J-87 au calendrier Villepin du retour de la confiance en France, vous pensiez laisser encore un petit répit au Galouzeau ? Rien que ça ? Mais redescendez sur Terre ! Heureusement que les camarades de la CGT veillaient… Car, l'air de rien, vous vous apprêtiez à faire le jeu du grand capital ultralibéral et anglo-saxon ! Bouleversement climatique oblige, un automne social chaud se prépare dorénavant dès le premier jour de l'été. Ce 21 juin sera re-ven-di-ca-tif. Avec, comme d'hab, manif de République à la Bastille "pour l'emploi, les salaires, la protection sociale et les services publics". Non, pas "pour un été agréablement ensoleillé mais sans canicule"… Espèce de réac, va !

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lundi 20 juin 2005

Wait and see

Jacques Chirac a perdu une bonne occasion de se taire, pour lui retourner le fameux compliment qu'il avait adressé aux ex-pays communistes d'Europe lors de la crise irakienne. Quoi de plus ringard en effet que sa déclaration sur la politique agricole commune (PAC), qualifiée par lui de "moderne et d'avenir", après l'échec, ce samedi, du sommet européen de Bruxelles. Quelle manière pathétique de donner raison à Tony Blair quand ce dernier refuse de céder sur le "chèque britannique" sans remise en cause de cette PAC qui rapporte gros à la France, mais qui plombe le budget communautaire et handicape l'agriculture du tiers-monde. Le Conseil européen s'est donc terminé sur une double pause du processus de ratification de la Constitution et de la négociation du budget 2007-2013 de l'Union. Franchement, ce n'est pas très grave. Sur la Constitution, c'est la conséquence logique du "non" franco-néerlandais. Quant au budget, il reste un an pour le boucler. En fait, seuls trois hommes avaient un intérêt crucial à aboutir coûte que coûte : Chirac, pour faire mentir ceux qui l'accusent d'être le poids mort des Vingt-cinq, Gerhard Schröder, en campagne électorale défavorable en Allemagne, et le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui voulait pouvoir se targuer d'un succès avant de céder à Blair la présidence du Conseil. Pour sa part, le Britannique préférait une bonne crise à un mauvais compromis. Et il ne lui déplaît pas d'être montré du doigt par l'attelage franco-allemand moribond. Car, maintenant, tout le monde va l'écouter attentivement avancer ses idées pour un renouveau de l'Europe.

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vendredi 17 juin 2005

La gauche du coche

Mais que deviennent les néo-révolutionnaires de la gôche-de-la-gôche, vainqueurs autoproclamés du référendum du 29 mai dernier? Aux dernières nouvelles, quelques milliers ont été aperçus, ce jeudi en fin de journée, place de la République, à Paris. Il y avait le PCF et la LCR, mais aussi des mouvements de masse comme Cactus-La Gauche ou Résistances 7e Art… Un peu plus tôt dans la journée, quelques dizaines d'autres gôche-gôche avaient été repérés dans le quartier Schumann, à Bruxelles, non loin du Conseil européen où les 25 chefs d'Etat et de gouvernement allaient bientôt décider de reporter aux calendes grecques l'échéance finale du processus de ratification de la Constitution. A part cela ? Faute de mobiliser les foules, les penseurs du "non de gauche" français cogitent en chambre sur mille et un projets de lendemains qui chantent pour une Europe socialiste… pardon ! sociale… Quant au plan B, à la renégociation de la Constitution ou au développement d'un puissant mouvement gôche-gôche européen qui changerait le rapport de force idéologique après le "non" français, toutes choses promises jurées pendant la campagne référendaire ? Il n'y a plus personne au numéro que vous avez demandé… Mais l'Histoire ne fait-elle pas preuve d'humour avec ces néo-marxistes et trotskistes qui ont roulé dans la farine des générations de "compagnons de route", démocrates sincères… Car, en votant "non", ils sont, à leur tour, devenus les "idiots utiles" de Tony Blair, de Nicolas Sarkozy et de leurs amis libéraux qui vont profiter de l'aubaine pour mettre leur Nouvelle Europe sur les rails...

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jeudi 16 juin 2005

Stop, au nom de l'Europe !

Et si Tony Blair avait raison ? S'il était temps que les Vingt-cinq revisitent de fond en comble le budget européen ? Pour que les 450 millions d'habitants de l'Union voient clairement dans quelle direction veulent les emmener leurs dirigeants, et donc comment ils entendent dépenser l'argent à l'heure de la mondialisation. A Bruxelles, où s'ouvrent ce jeudi le premier sommet européen post-rejet de la Constitution en France et aux Pays-Bas, il serait temps de commencer à tourner la page de l'Europe de papa. Celle du rabais britannique et de la PAC française… Un énième compromis budgétaire d'épiciers, après une négociation nocturne laborieuse, n'enverrait aucun message à la hauteur du ras-le-bol populaire. Après tout, le budget dont on parle concerne la période 2007-2013. Il n'y a donc pas urgence à trancher. Surtout qu'il sera crucial pour le proche avenir économique et social européen face au dynamisme des Etats-Unis, de la Chine, de l'Inde... Un franc constat de désaccord provisoire, accompagné de la décision d'ouvrir une réflexion collective sans tabou nationaliste serait préférable. Les deux "non" référendaires déjà enregistrés et les autres qui s'annoncent, si le processus de ratification du traité constitutionnel se poursuivait, imposent une pause. Et elle devrait être mise à profit par les chefs d'Etat et de gouvernement pour redonner un sens nouveau à la construction européenne. Car ils ont promis à leurs peuples, lors du sommet de Lisbonne de mars 2000, que l'Union deviendrait l'économie la plus compétitive du monde d'ici 2010… Or elle n'en prend pas le chemin.

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