Vrai ou faux ?
Jacques Chirac a jeté ses dernières tripes dans la bataille pour tenter de sauver le projet de Constitution européenne. Nicolas Sarkozy a sorti les siennes pour ne pas perdre Cécilia, sa femme, que la rumeur parisienne disait partante. Jeudi soir, à la télévision, les Français fascinés ont vu deux hommes lutter désespérément. Sur le coup de 20 heures, quand la petite musique élyséenne a annoncé l'allocution présidentielle, ceux qui avaient écouté Sarkozy au journal de France 3 étaient encore sous le coup de l'émotion. Après l'intervention de Chirac, et sa dramatique supplique pour la France et l'Europe, le téléspectateur était doublement sonné. Mais on devinait que, pour les présentateurs des journaux de TF1 et France 2, l'actualité du jour, c'était moins le président que le couple Sarkozy et la déclaration d'amour déguisée de Nicolas à Cécilia. Ils se sont empressés de la rediffuser. Quel début de soirée… Et puis, lentement, l'odieux doute s'est frayé un chemin dans les esprits : étaient-ils vraiment sincères ces deux-là ? On voudrait le croire, par esprit romanesque, par égard pour l'Europe et pour Cécilia. Mais n'était-il pas d'abord question, une fois de plus, de lutte triviale pour le pouvoir ? Pour le garder ou le conquérir ? L'insupportable interrogation qui, face aux arguments contradictoires assénés par les pro et anti-Constitution, a dominé toute la campagne référendaire, s'imposait à nouveau aux honnêtes gens : vrai ou faux ? De la réponse que chaque électeur donnera sincèrement à cette question dépendra, dimanche, l'avenir de la construction européenne.
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