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vendredi 05 décembre 2003

Notre ami le président

Jacques Chirac, on l’avait compris, n’entendait pas agacer le président Ben Ali en insistant trop sur les droits de l’Homme lors de sa visite d’Etat en Tunisie. Mais était-il obligé d’afficher de la distance à l’égard des femmes et des hommes victimes de ce qu’il faut bien appeler un dictateur ? C’est pourtant ce qu’il a fait à l’occasion de sa rencontre avec l’homme fort de Tunis. Evoquant le cas de l’avocate Radia Nasraoui en grève de la faim depuis le 15 octobre, le président Chirac a certes espéré que « cette affaire trouvera rapidement une issue ». Mais, en déclarant que « nous avons aussi en France des gens qui font la grève de la faim », il a minimisé le harcèlement dont elle est victime par les polices de son hôte en raison de son combat pour les droits de l’Homme. Puis il a curieusement hiérarchisé ceux-ci, en ajoutant que « le premier » d’entre eux, c’est « manger, être soigné, recevoir une éducation et avoir un habitat », domaines où « la Tunisie est très en avance ». Peut-on diviser les droits de l’Homme, par exemple dans le cas d’un pays arabe dont la croissance économique et la modernité, notamment pour la condition des femmes, paraissent un rempart contre le danger islamiste ? Jacques Chirac semble avoir été tenté de répondre par l'affirmative. Mais, devant l'indignation provoquée, il a rectifié le tir, assurant que « la France a une thèse depuis longtemps, c'est que les droits de l'Homme sont indivisibles et universels ». Cette piqûre de rappel n'était certainement pas superflue.

© La Croix

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